jeudi, octobre 08, 2015

Une promenade au Pont des deux-eaux ou idioties accumulées en mauvaise bonne-volonté

M'en suis allée un peu après sept heures du matin, en bonne volonté fermement décrétée, mauvaise humeur rampante et bougonnement contre l'horaire, vers la grande poste où je pensais prendre un bus pour le pont des deux-eaux, un rendez-vous à une heure inhumaine pour une petite vieille oisive ancrée dans ses mauvaises habitudes afin de réfléchir avec un médecin - ou plus exactement pour l'écouter mettre en mots raisonneurs sa décision – toujours intrigué par l'état de mes poumons...
Avignon était clair, vide et beau, à demi-éveillé, n'ai rencontré que deux marcheurs pressés et j'ai retrouvé inconsciemment le pas de parisienne qui sommeillait en moi.
J'ai mis moitié moins de temps que ne le fais maintenant pour couvrir la distance, et m'apercevoir que, dans ce sens, le bus pénétrait dans la ville, et passait au coin de la place de l'horloge près de chez moi.
Suis arrivée avec près de trois quart d'heures d'avance devant le petit centre commercial, les quelques volets ouverts, quelques voitures garées…
même la roue dormait.
Le ciel n'avait pas encore décidé de sa couleur pour le jour.
Un petit café regroupait cinq clients, dont deux veilleurs de nuit en fin de service. Sur un tabouret, face à une cloison gris triste, j'ai fait durer un tout petit café serré étonnamment buvable en écoutant leur joviale et creuse discussion d'habitués…
et puis, dans l'or qui accompagnait les premiers rayons, j'ai suivi le petit bout de rue sous les arbres, croisant les premiers travailleurs qui s'en allaient vers le coeur de la ville dont un vendeur de Monoprix qui m'a fait l'honneur d'un salut, jusqu'au Centre médical.
Et comme j'avais une demi-heure d'avance, me suis installée dans un coin de galerie ouverte, partageant mon attention entre le bonhomme qui baladait sa laveuse, les dernières pages des Conversations avec Primo Levi de Ferdinando Camon (retrouvé le plaisir intellectuel que ces échanges m'avaient donné dans leur version théâtrale cet été) et le mal-être qui m'est compagnon ces jours ci (sans rapport ni de nature ni d'emplacement en mon anatomie avec les interrogations du toubib)
A l'heure dite, me suis installée dans la salle d'attente, feuilletant des revues dont ne voyais que les images, seule puis avec une, deux, trois, etc... personnes enfermées dans leur mutisme, pendant que le mal-être prenait importance, devenait point douloureux, s'étendait... (il faut que je trouve toute seule le bon réglage depuis la mort du gastro au beau crâne)
Et après quarante minutes, considérant que ce rendez-vous n'était par urgent, vraiment vraiment pas urgent, et décidant vertueusement d'abréger l'attente du ou de la patiente me suivant sur la liste, me suis levée, ai fait part à la secrétaire de ce raisonnement, invoqué ma carcasse dolente, pris un rendez-vous en fin de matinée à la mi-novembre (ce pneumologue est très demandé) et m'en suis allée, le croisant dans l'escalier.
Un bus passait dans la rue quand suis sortie de la cour... m'en suis revenue dans un air quasi tendre et sous un ciel radieux jusqu'aux remparts,
et j'ai, douleur refusant de s'effacer, retrouvé les rues d'Avignon telles qu'elles vivent à une heure où d'ordinaire j'émerge de ma douche...
un petit tour sur internet, et une longue prostration, esprit vide, sur mon lit, yeux mi-clos... reprendre le jour en n'en gardant que le miel, repoussant une réunion qui m'ennuyait et les activités programmées, à mañana.. sauf le nettyage de la cour et l'indispensable.
Me restent la beauté des arbres hésitant à céder à l'automne, et la cordialité fatiguée de quelques visages. 

6 commentaires:

Arlette Arnaud a dit…

Comme un rendez- vous manqué ..

brigitte celerier a dit…

quand carcasse se lie à moi pour me faire faire des idioties..
m'en veux tout de même un rien.. mais c'est joli le petit matin

tanette2 a dit…

Ce rendez-vous raté (de peu...) t'a permis d'apprécier et de nous partager les premiers rayons, tu nous décris si bien ces premières heures du jour...

Dominique Hasselmann a dit…

Bientôt, des bus à foison avec des tarifs privilégiés...
Mais il eût été dommage de ne pas voir vos photos matinales !

brigitte celerier a dit…

ce qui serait bien ce serait des bus en soirée (pas forcément nuit mais jusqu'à 21 heures)

chri a dit…

Se lever si tôt pour prendre un rendez-vous... J'aime Thomas Vinau. Merci.