lundi, novembre 16, 2015

Ô nous les ingénus

Ô nous les ingénus qui avions eu le temps d'oublier la peur
ô nous les ingénus qui la voyions sur nos écrans (ou l'imaginions quand pas)
je me souviens de Beyrouth dans les années 70 et jeudi
je me souviens de Madrid, et d'Utoeya
je me souviens bien entendu de New York
je me souviens de Tombouctou
j'imagine Cortès, j'imagine Bonot, j'imagine une rue quelque part, une voiture, un pousse-pousse, des linges et du sang
je me souviens de notre enfance, de JM que mon oncle et parrain avait envoyée d'Alger à Toulon parce qu'elle n'en pouvait plus, s'aplatissant dans la voiture à chaque détonation d'un pot d'échappement
je me souviens d'avoir lu, d'avoir appris tant de peurs depuis que des hommes vivent en paix fragile
je me souviens de toutes les terreurs que nous pensons, à distance, justifiées
je me souviens que notre chair est fragile, que notre douceur de vivre est îlot
je sais, depuis que le monde est, les groupes serrés autour des feux, les villages assaillis, les rues ensanglantées, les rezzous, les guerres civiles, les invasions et les gangs
et je sais que nous oublions toujours, parce que vivons
et je sais que nous oublierons
comme avons oublié la rue de Rennes, le métro Saint Michel
les images venues de tous les points du monde.
Je sais que chaque mort, parmi la foule des morts de mort violente à travers monde et temps, proche, aimée, étrangère, est unique et que les humains ne peuvent que la saluer de leurs larmes
Et je sais que l'homme peut être cruel, fanatique, inconscient
Et je sais que l'homme est bonté, est innocent, est espoir toujours renaissant
Ô nous les ingénus réveillés n'oublions pas que seule compte la fraternité humaine à préserver, à pleurer, à renouer

9 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Belles stances du souvenir de ces événements...

brigitte celerier a dit…

Dominique, rejoindre la fraternité des morts de tous temps et en tous lieux

Elise a dit…

je m'en vais me mettre en route forte de vos mots et de votre tendresse

Arlette Arnaud a dit…

Echos douloureux que l'on croit avoir oublié Merci à toi
, Chacun s'exprime à sa mesure par cette "fraternité des mots "afin de briser la chape de plomb qui nous étouffe

Denis Couet a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
brigitte celerier a dit…

oh oui ! merci

Anonyme a dit…

Paumée, non, magnifique !

Gérard a dit…

au fil du temps ..estompe pas oubli

Anonyme a dit…

Très beau. Résonances qui touchent cœur et mémoire. Merci