jeudi, décembre 03, 2015

encore une fois le marché


Suis sortie, ai assisté brièvement (ne me suis pas attardée, je venais de prendre mon élan) à un colloque entre un homme et un arbre ou une étoile, je ne sais pas) et j'ai continué vers les halles, parce que n'avais plus de bintjes, 

et comme je n'en suis pas resté à elles, comme mes deux bras étaient tirés vers le sol en revenant, comme j'ai toujours sentiment ambigu avec l'obligation de grossir, ai cherché la compagnie de gros mangeurs, chez Brillat Savarin ils étaient un peu trop doctes, mais les ai rencontré - et j'ai trouvé parfois du charme à leurs rondeurs - en me replongeant dans les corpulents de Régine Detambel publié chez publie.net http://librairie.publie.net/fr/ebook/9782814501324
On mangera avec les doigts des cakes au lard fumé et aux olives. Les trois plateaux de maquereaux au vin blanc seront torchés dans l’heure. On y comptera seulement des mouches vertes que les extras chasseront à coups de torchons.

Une jolie fille avachie, dont l’énorme cul adoucit les formes vives d’un monde absurdement agressif, une gosse tout encombrée de sa propre poitrine et massivement fragile avec le léger dôme de sa tête sous le maigre couvert des cheveux décolorés. Une formation blonde sur une assise trapue, le cube sous la coupole. Moins une fille qu’une meule. Moins un corps qu’un amoncellement de fruits tous bons à manger.
Qu’on apprécie l’escalade : après le chocolat, Bénédicte s’offre un paquet de galettes bretonnes. Pénétrée par le calme de la pâte sablée, infiniment compacte, la plus lourde, la plus corporelle de toutes les gâteries, de nouveau tranquille, passive et sans élan, ne mâchant qu’à peine, laissant le trop-plein de salive humecter le biscuit, elle laisse descendre tout ce qu’elle porte à la bouche, par désœuvrement, par lassitude. La pesanteur terrestre guide elle-même sa bouchée de la langue à l’antre de l’estomac.
Déboulant depuis le nord-est, le vent achève le travail que Maurice avait étourdiment commencé et la robe d’Élodie revole. La grossette laisse faire. Des cuisses grasses aussi chargées d’une belle matière blanche, soyeuse et brillante que deux quenouilles débordantes. Des cuisses à filer pendant des mois avant que leur fuseau ne commence seulement à s’affiner. Elle refuse de lâcher son assiette. Elle hésite entre mayonnaise et aïoli. …


10 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Il semble que la grosseur revienne à la mode (voir certaines pubs à la télé), ce qui est paradoxal dans un monde qui vire au végétarien et au végétalien.

Les patates ne sont pas "douces" pour tout le monde !

Arlette Arnaud a dit…

Me sens " gavée dès potron -minet ...

brigitte celerier a dit…

Dominique, nous vivons un temps sans mesure - entre obèses et anorexiques (enfin heureusement ce n'est pas tout à fait vrai, mais ce sont ceux dont on parle)

brigitte celerier a dit…

Arlette, moi aussi ce matin
vais prendre un café pour réveiller l'appétit

jeandler a dit…

Comme une mise en bouche
Brillat-Savarin
Escoffier
Taillevent
Le Ménagier de Paris
La varenne
Pierre de Lune
Carême
Alexandre Dumas...
et j'en passe
étoilés ou non
des lettres.

brigitte celerier a dit…

avec prédilection pour le Ménagier et Dumas

OX Jerry a dit…

Bonjour Brigitte, un bon marché avec des produits divers et variés ! Le poisson me parait tout à fait exquis ! Bonne semaine !! et bon appétit !

Gérard a dit…

...les bintjes ? préférence pour celles de Noirmoutier

Anonyme a dit…


On nourrit le corps et l'esprit en parcourant votre blog !
Et sans prendre un gramme en + !
Bonne soirée Brigetoun et merci pour tout ce que vous partagez avec nous :-)
Je ne commente pas souvent, mais je vous lis toujours avec grand plaisir !

Flore

brigitte celerier a dit…

moins bien pour les purées et écrasés et beaucoup, beaucoup plus chères