mardi, décembre 22, 2015

Sans santon, avec un général et un philosophe, un peu


J'avais beau être certaine de ne pas être cap, ai lu hier après-midi l'énoncé du premier exercice de l'atelier d'hiver de François Bon http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4288 et me suis endormie avec un paysage aimé et célèbre dans le crâne, ai cueilli des mots sous la douche et les ai mis plus ou moins en ordre en croquant dans un toast à la confiture d'ananas et puis si partie, très tardivement, dans les rues gorgées d'humidité, parce que j'arrivais au bout de mes médicaments.
J'ai réalisé brusquement qu'il me fallait auparavant une nouvelle ordonnance (et en rentrant j'ai appris que je devrai plaider pour un dépannage puisque petit toubib prend des vacances bien méritées jusqu'à lundi), et comme Saint Agricol, inexplicablement toujours fermée, et la crèche de Toulon qui s'affichait sur Facebook le matin me rappelaient que nous approchions du 24 décembre, ai eu envie de profiter de cette sortie pour passer au palais du Roure où sont exposées une crèche et la table traditionnelle du gros-souper,
mais me suis heurtée à une porte vitrée dans la cour, à une vitre à travers laquelle se distinguait très mal une partie du décor, ai renoncé, salué la collection de cloches
et suis montée jusqu'à la porte principale de Saint Agricol pour vérifier qu'elle était bien fermée.. et rentrer dans l'antre.
Lavage de cheveux, plaisir de trouver les deux livres que j'ai décidé de m'offrir comme cadeau, et, sans attendre me suis promenée, un moment,
dans l'anthologie du Général Instin http://www.lenouvelattila.fr/general-instin/, dans le plaisir de retrouver ou découvrir, ai grappillé un peu au hasard, parce que tombais sur des noms (parmi la centaine), quelques textes, comme des hors d'oeuvre avant de plonger dans la variété grande des images, textes, thèmes, tons...
un jour l'instin perdit H etc
il devint général errant fantôme avatar toujours mort et toujours ressuscitant
on le vit sur les bords de la marne se défaire de ses vêtements et médailles et se jeter nu à l'eau dans les chevelures vertes d'un saule pleureur en baignade lui aussi...
(le 19 et le cheval de St Malo – Maryse Hache)
Ce qui vient, en fait, à notre esprit, à l'instant même où nous évoquons le fantôme – H – c'est cette curieuse coïncidence du signe perdu : H-Instin hier, Instin aujourd'hui, Histoire hier, Istoire aujourd'hui, autrement dit : image ! Nous avons évoqué et nous évoquerons dans des épisodes ultérieurs la conspiration des H aspirés, la conjuration des H muets, liant le phénomène – faudrait-il désormais écrire, fénomène ? - au déclin en nous de la capacité d'écrire, justement, l'Histoire...
(Ce qu'il advint du H du Général Instin et pourquoi sa disparition était, ma foi, le grand signe des temps – Camille de Tolédo)
Sur une tombe, il n'y a rien. Ou presque rien. Une mousse, un lichen.
Ça commence comme ça, toujours, depuis toujours :par une mousse, par un lichen.
Puis un orpin.
(végétal Instin – Benoît Vincent)
Parfois me vient aux dents une joie. Une joie furieuse qui m'oblige à ouvrir la bouche, et même pas pour faire des mots.
D'Instin on dit : c'est l'inspiration. Mais non mais non. C'est beaucoup moins, beaucoup plus que ça. C'est l'envie d'en découdre et qu'en même temps tout soit impeccablement rangé sous les képis. Une sorte de sentiment de n'être d'aucun côté de la guerre mais d'en avoir concentré la puissance.
Le général me frôle.
(seule la tête – Cécile Portier)
Puis le temps passe dans le centre commercial, et c'est un phénomène qui ne va pas de soi. Le général se lève, les yeux baissés pour regarder ses pieds qu'il trouve énormes, grossiers, presque de trop. Comment peut-on avec des pieds pareils faire ses achats ? diriger des hommes ? courir sous les rafales ? défiler sur la place d'armes ? enjamber les haies d'honneur ?..
(polygone – Patrick Chatelier)
Un soldat inconnu, mais de toutes les guerres, peut toutes les contenir. Un fantôme unissant les spectres derrière lui et formé de volutes froissées qu'il rassemble, d'ectoplasmes pluriels sans âge. Le spectateur énigmatique, l'observateur dont la bouche scellée murmure ce dont tu n'avais pas conscience. Une forme vide que tu peux remplir à foison..
(soldat inconnu – Christine Jeanney)
et puis j'ai abandonné pour reprendre, dans la nuit tombée, la lecture d'une thèse - lecture un peu ardue mais pas au point de renoncer (enfin si, c'est ce que j'ai fait au bout d'environ 100 pages) - nature humaine et anarchie, la pensée de Pierre Kropotkine par Renaud Garcia https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00776417/document, trouvée parce qu'une vidéo
m'avait amenée à la visionner celle de l'entretien dont elle était issue http://www.hors-serie.net/Aux-Sources/2015-11-07/Deconstruction-et-Politique-id120 (avec cette idée de l'obstacle que pose entre certains militants d'extrème gauche et les citoyens qu'ils veulent convaincre ou pensent vouloir convaincre, leur jargon, leur position surplombante) et de là à une petite recherche sur internet. 

7 commentaires:

Dominique Hassselmann a dit…

Toujours suivre son instinct...
Décidément, Saint-Agricol vous en veut !

brigitte celerier a dit…

en tout cas il ne veut pas de moi (ou de mes horaires ?)
ce qui, de la part d'une cathédrale par intérim (jusqu'à la fin de la restauration de Notre Dame des Doms) est un rien abusif

Arlette Arnaud a dit…

De François Bon...aux autres lectures!! Merci du partage ?le livre est "une rencontre avec un autre esprit "selon Proust et c'est merveille

brigitte celerier a dit…

même quand on se trompe dans la rencontre, c'est elle qui compte

Michel Benoit a dit…

L'exposition de la crèche et de la table calendale n'est ouverte que l'après-midi (et le Roure est fermé le dimanche et le lundi).
Mais l'exposition sur le pont de bois, à droite dans la salle Marcel Bosqui, est ouverte matin et après-midi.

brigitte celerier a dit…

merci pour le tuyau - je pensais bien que j'aurais dû consulter les horaires

Gérard a dit…

" Sur une tombe, il n'y a rien. Ou presque rien" normal c'est un fantôme ! !