dimanche, décembre 20, 2015

Vendredi soir avec et à distance de trois vies intenses


Suis partie, me pressant, puis réalisant une fois encore que mon petit domaine, cette petite parte de l'intra muros, n'est pas si grande que cela et que, finalement, j'étais dramatiquement en avance 
(pas si dramatiquement, mais c'est un petit mantra mien qui accompagnait en ce cas le ralentissement extrême de mes enjambées), et donc freinant, prenant photos sur photos, persuadée que j'étais qu'elles étaient irrécupérablement mauvaises (en est resté encore un peu trop, ou j'ai été trop indulgente) vers le théâtre des Halles, cet endroit où les spectacles sont presque toujours de qualité, ou à tout le moins y tendant, cet endroit aussi, un des rares si ce n'est la seul, où l'attente – arriver en avance pour avoir une place, et en effet la salle était pleine – dans la chapelle Sainte Claire ou dans le hall, en compagnie de quelques oeuvres d'Alain Timar, est détendue, chaleureuse, vaguement communautaire et où ma solitude ne se sent pas en perdition.
Charles Gonzalès avait donné le 15 son spectacle à partir des lettres de Camille Claudel, le lendemain le volet sur Theresa d'Avila, jeudi Sarah Cane et nous nous sommes embarqués, en plus de trois heures et demi sans entracte dans son «Charles Gonzalès est... la trilogie)
Une vidéo dans laquelle Charles Gonzalès parle de son spectacle
Je ne l'avais pas vu cet été parce que trop de choses à voir, et puis j'avais mon habituelle petite réserve devant un spectacle trop consensuel, et une crainte que cela soit, de part le risque affiché, le côté performance, un peu trop facilement séduisant, intimidant la critique. Il m'en est d'ailleurs resté par moment une petite distance... que me reprochais en même temps dans mon désir d'adhérer totalement (en outre une sacrée petite sciatique est venue pimenter la dernière partie – moyennant quoi c'est à ce moment que ma réserve s'est enfin totalement effritée)
Pour la première partie, que je crois être aussi la plus longue, à partir des lettres de Camille Claudel (de lettres aussi de Rodin) j'ai trouvé une autre vidéo de présentation
première partie désignée dans le programme comme théâtre de l'émotion, où apparaît bien sûr le rapport avec Rodin, l'abandon, la rivalité et la subordination (j'ai, honte, toujours pensé que les artistes sont souvent des gens fascinants mais qui exigent, en tant que compagnons ou époux, d'une femme une grande capacité à la générosité et une grande force silencieuse), l'insidieuse plongée dans les enfers de soi jusqu'à n'être plus qu'un individu improbable, et surtout l'abandon familial (toujours eu du mal avec l'homme Claudel, pour sa pose de victime)
puis, juste en changeant quelques éléments de sa tenue, restant très évidemment homme, mais homme jouant un rôle de femme, et comme un onnagata faisant oublier son apparence physique, même sa voix, il passe à Teresa, mon admiration d'adolescente (non j'en suis revenue mais je lui garde petite tendresse), avec toute la fantaisie et l'indiscipline de sa jeunesse (simplement il me l'a un peu abîmée en la faisant un peu sotte, revendiquant son ignorance) pour le théâtre de la spiritualité, rendant la destruction du corps malmené par les incessants voyages, la discipline (il n'insiste pas sur la discipline au sens que lui donne Tartuffe et qu'elle pratiquait effectivement), la fierté aussi de ce qu'elle construit, avec l'aide de son époux divin selon elle – mais je peine un peu, dois pas en savoir assez, à la voir comme victime du machisme de l'église, il me semble que les freins réels qu'elle a rencontré n'ont été que des obstacles, même sa brève assignation à résidence par l'inquisition, qu'elle se faisait joie de surmonter, et elle a su se rendre intouchable en fait – rendant sa façon de mêler dans ses instructions mysticisme et trivialité des tâches de la vie courante - reprenant, au risque de perdre un peu l'attention du spectateur, en quelques mots les différentes étapes du Castillo interior qui s'y prêtent assez mal, et citant un très beau poème de Jean de la Croix avec son baroque flamboyant, les antithèses et le mysticisme, et un poème de Thérèse qu'il reprendra dans la troisième partie, comme il insère là, petites pierres un peu étranges quelques phrases sur sa laideur, sur je suis trop grosse qu'il rendra alors à Sarah Kane
pour la dernière de ces trois vies de femmes au puissant caractère, ces trois vies intenses à la fin tragique, ce qui est désigné comme théâtre de la cruauté
avec des passages de ses pièces (Anéantis, Purifiés et Manque), des références à Artaud, le poème de Thérèse, des passages, je pense, de lettres ou, à défaut, trouvant le ton qu'il faut pour dire sa recherche, le langage, le rythme, la musique, ses pertes de confiance, l'hostilité rencontrée. Ce que le programme formule ainsi l'histoire d'un désespoir abyssal débordant d'une telle pureté qu'il en devient une prière, et je crois, malgré ma jambe, la partie la plus brève parce que la plus concentrée, celle où, bien entendu, et malheureusement, les péripéties d'une longue vie (relativement) interviennent.
(les trois photos proviennent du site du théâtre)
Applaudissements, public qui s'écoule en échangeant et retour dans la nuit. 

6 commentaires:

Arlette Arnaud a dit…

Chance! aurais aimé car toujours vibré particulièrement devant Camille Claudel quoiqu'il en soit ,et de son entourage
Et Quel acteur!!

Dominique Hassselmann a dit…

Cela me fait penser que le musée Rodin a été réaménagé...

Vous avez du courage pour une telle pièce !

brigitte celerier a dit…

de la curiosité (à retardement il était là pendant tout le off, mais j'avais vraiment peur du genre oscarisable)
et un besoin de théâtre

brigitte celerier a dit…

Arlette j'ai maintenant parfois envie d'être à Toulon en te lisant

Gérard a dit…

L'acteur semble être conquis par le personnage

brigitte celerier a dit…

les, il lui en faut trois