lundi, février 08, 2016

Dimanche mouillé, donc ce serait

Dimanche mouillé.
Pluie sur cour, sur le cadeau
des branches chauves.
Fin d'un an d'hésitation,
les vieux boutons se font fleurs.

Et Brigetoun entre lectures sans grand plaisir, cantates ou rythm and blues pour l'énergie, petites tâches, dernière tentative pour répondre à la proposition du Tiers livre, http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4293 (par plus forts, plus courageux que moi, de belles contributions) offre à paumée, parce que c'est dimanche, et parce que le dernier ce serait était publié ce matin par les cosaques des frontières, ou leur grand maître, http://lescosaquesdesfrontieres.com, la copie du précédent
Ce serait – 48 – autrefois ?
Ce serait dans une rue, face à une étroite porte-fenêtre éclairée sur une intimité, face à de grandes portes réduites à laisser passer des automobiles après les charrettes et les calèches d'antan, face à quelques fragments brillants d'objets métalliques non identifiés, face au maquillage contemporain d'un monde ancien, la présence soudaine, devant un grand miroir solennel et parmi des tentures de boutis, d'un arbre aux petits fruits métalliques, de quelques bougeoirs de cuivre plus ou moins civilisés, cadre accompagnant un groupe à la fois familier et étrange.
Il y avait se tenant droits, les bras le long du corps, face à la rue, des corps d'un noir plus ou moins mat, selon la nature du bois d'où étaient issus, deux policiers ou militaires en uniformes beige sombre, une belle jeune femme en chemisier blanc, un fonctionnaire civil à la peau d'ambre sombre, et quelques personnages simplement nus.
Il y avait des êtres qui se croyaient blancs, rendus à leur vérité par le regard qui les avait fait naître, à leur peau rosâtre virant au rouge sombre sous le soleil, une silhouette qui se dissimulait, un petit charmeur en short et chemise blanche, cheveux soigneusement lissés, se permettant, lui, un geste en portant la main à son coeur, une belle fermement dressée, les mains dans les poches, sa toute petite fille en sage robe verte, et, carré dans son fauteuil, casque en tête et mains fermement posées sur ses genoux, un chef de poste.
Dans la spectatrice, arrêtée face à leur petit groupe venu d'un temps pas si ancien, tout l'imaginaire colonial est passé au galop, la faisant grimacer intérieurement, pour déboucher sur des poèmes de colère et d'amour de la terre, sur des romans joyeusement picaresques, sur Labou Tansi, Kourouma et Jean Rouch, avant qu'elle reprenne son cheminement, après avoir salué dévotieusement la grande tête, dieu ou masque, qui les dominaient.
Quelques jours plus tard les a retrouvés, mais comme tous êtres humains ils avaient bougé. Les deux petits blancs-rouges s'en étaient allés vers des demeures, comme la jeune femme au chemisier blanc, l'un des policiers s'était absenté, tous les autres s'étaient déplacés, s'étaient installés dans un espace proche de leur ancien et riche décor, sur un sol carrelé sans grand charme, devant un fouillis indistinct.
L'un des petits corps noirs s'était retourné et faisait face aux adultes, les observant, le fonctionnaire civil se mettait en marche pour une destination imprécise, et le chef de poste tentait de faire oublier son solennel fauteuil. Avaient perdu leur dieu.
Et puis, il y avait deux nouvelles présences, un élégant au buste mince, aux très longues mains aristocratiques et, sous un grand chapeau, au long visage méditatif et sage, et surtout, sur le côté, un corps allongé, abandonné, que tous évitaient soigneusement de regarder. 

8 commentaires:

Arlette A a dit…

Le mystère dévoilé des reflets et vitrines , monde étrange que tes contes ...raconte
Tu es merveille à toi toute seule Merci pour ce matin chagrin

brigitte celerier a dit…

pas certaine du tout que tu ai raison, là
mais merci ! me remonte le moral

jeandler a dit…

Nos rêves ne sont qu'un reflet de nos jours.

Dominique Hasselmann a dit…

Revisiter, comme repasser deux fois devant la même vitrine et découvrir des détails cachés lors du premier regard...

brigitte celerier a dit…

en fait l'antiquaire est parti, comme tous peu à peu, dans un village, là où est l'argent… garde ce local comme entrepôt qui se vide peu à peu

époké a dit…

Tres beau !petit erreur de frappe pour Kourouma.

brigitte celerier a dit…

ouille, merci, lui rends son u

Raymonde Wicky a dit…

Merci, Brigitte, tant pour les photos, que pour le texte. Qui me rappellent u texte de Pierre Centlivres, en accès libre dans la - regrettée - revue "Terrain", à propos des statues-colons (et de Julius Lips) http://terrain.revues.org/3172