samedi, avril 16, 2016

Miettes d'une journée

Matin les dalles,
l'éblouissement, l'air doux,
poids de la charge
épaule levée pour plonger la main dans le sac, la ramener vide, appareil oublié, re-équilibrer charge – deux manteaux, draps, une jupe -, continuer.. et trouver dans la réserve une photo ancienne identique à celle qu'aurais prise
puisque l'ordinaire des jours est répétition,
même quand on est vieux et libre de son temps, quand est fini l'heureux temps du travail, des yeux sur la montre qu'on ne regarde même pas puisque l'habitude permet de sentir à une petite angoisse, aux visages rencontrés, si on a pris un léger retard sur l'ordinaire – et cette impression grisante de vide, de quasi vacance quand ce décalage est si grand qu'on est sorti de l'ordinaire – au temps des marches de métro dégringolées, du choix instinctif de ce qu'on croit la meilleure place sur le quai pour que s'ouvre devant soi les portes du métro, les portes du wagon où il sera possible d'insérer notre chair, de l'énervement quand l'allure du fleuve de corps, manteaux, sacs et serviettes, où l'on marche se heurte à un caillot de marcheurs rêveurs... des plaisanteries toujours différentes puisque l'actualité varie, toujours semblables puisque nous ne varions guère, autour du comptoir à l'heure du café-sas avant le bureau ou le chantier ou la boutique.

Et, un peu parce que l'habitude vient, ou parce que ma curiosité frémit encore un peu, ou parce que je m'y sens poussée par un reste de conscience, m'en suis allée rejoindre les premiers participants de la nuit debout, dans la belle lumière de la fin d'après-midi.
En marge du groupe qui s'est un peu étoffé peu à peu (mais sommes restés beaucoup moins nombreux que sur la photo en bandeau du groupe Facebook https://www.facebook.com/nuitdeboutavignon/?fref=ts), ai écouté , un peu participé, ai eu des moments de découragement intense en entendant des emballements pour utopie sans grande envergure, des désaccords, des accords, réels, très réels, mitigés ou distraits, ai tenté encore de me persuader que tout cela n'était pas futile, ai avec sympathie pensé parfois que cela ne l'était pas.
Quand les dernières traces de rose près du petit palais se sont effacées mes dernières forces les ont accompagnées, et frissonnante et furieuse ai levé le camp et suis descendue ranger la petite vieille.

9 commentaires:

anna a dit…

brigetoun citoyenne: admiration .

brigitte celerier a dit…

non je n'ai pas lu
non je ne reviendrai pas sur mon idée du réveil : aujourd'hui je m'abstiens (au moins aujourd'hui ..)

Françoise Dumon a dit…

Le problème est bien de tenir.

Arlette A a dit…

Bravo !! Jeune Fille

brigitte celerier a dit…

pas trop bravo, mes agacements sont tout de même très grands

pascale a dit…

Juste être là, même agacé, même silencieux,pour retrouver de la voix...et ne pas vomir.

Luc Comeau-Montasse a dit…

C'est peut-être à ses agacements
que l'on devine la présence du vrai, du porté par l'un ou l'autre
la pensée molle s'insinue, elle, si discrètement

Merci pour cette présence

Gérard a dit…

retrouvée..la dalle n'était pas cassée.

brigitte celerier a dit…

des heures entre temps