samedi, juin 18, 2016

la perplexe

lumière, sans grande chaleur, avec passages de nuages de plus ou moins grande importance au fil du jour
lumière sur mes pas ce matin réveillant les dalles et rongeant le blanc des marches usées
gros nuages et ombres ou fulgurance du soleil dans ma cour, suis entrée, suis sortie, pas lents, lecture, méditation ou absence, esprit se désagrégeant comme vapeur – besoin en ce moment de resserrer les boulons du corps, du crâne, du moral de la petite vieille qui n'a pas perdu complètement la tête légèrement baissée, le regard vague sur les mains, de la petite fille cherchant en vain à comprendre le monde et les adultes (maintenant les gens décidés, actifs) qui est plus ou moins présente dans l'autobiographie par les noms en réponse à la deuxième proposition (avec Novarina) de l'atelier d'été de François Bon http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4336 (dix huit contributions la dernière fois que je suis passée, cet après-midi.. devriez prendre temps d'y pêcher celle ou celles qui vous plaisent)
Ai poussé en ma mère entre la rue Gustave Fabre ou la rue du Lion d'Or - mémoires sont mortes - à Narbonne et un quelque part qu'existe plus derrière le port à Ajaccio, en des temps de guerre, et puis j'ai titubé mes premiers pas sur les dalles du palais décrépit d'amis derrière l'ancienne anse du Cardo, dans la Terra vecchia, à Bastia, ou bien le jardin d'Erbalunga, il y a eu le cousin Then avec son grand burnous de lieutenant des goumiers, il y a eu un bateau, une fausse attaque de sous-marin et le port d'Alger. Des adultes et des enfants, beaucoup, et la rue Coligny avec les balcons sur le parc que l'on disait de Galland, mais lui et le fennec en son coeur les connaitrai surtout plus tard, la cour aux azulejos de La Pérouse près du cap Matifou, les cousins, mon jumeau que j'ai enfermé dans une malle pour avoir la paix, l'embouchure du Hamiz près de la ferme et les coquelicots dans les roseaux, et puis surtout les Pins Maritimes, les uniformes, un homme en jupe écossaise, un évêque de passage dont je ne veux pas embrasser la bague et mon ami et idole Mamadou, immense, qui me portait, me chatouillait les pieds pour me faire sourire, m'a envoyée une robe de Ceylan. Paris, la rue du Printemps, la suie partout des trains du Pont Cardinet, et les petites redingotes, la grande maison à Sully et la belle mariée ma tante, son appartement de la rue du Ranelagh. Alger, de nouveau, le jardin à l'abandon dans la même rue que ma première école, le cours Milly, je redescend du grand au petit jardin d'enfant, Jacqueline qui nous bat quand les parents ne sont pas là, ou qui l'a fait une fois, mais je ne l'ai pas dit, notre grande chambre parce que maintenant il y en a trois autres après moi. Toulon, le Cap Brun, chemin du Petit Bois, je crois, où sommes hébergés chez une vieille femme avec plein de chats, un immense tableau penché au dessus de mon lit, des ruines en ciment dans le jardin avec des bouts de fer qui sortent. La voiture qui traverse Brest, des ruines, le moulin de Trébabu, et la ferme à côté où on allait acheter le beurre salé et choisir le moule décoré dans lequel emporter la ration de la semaine, et puis en arrivant au Conquet, la maison, La Roseraie où il n'y avait pas de rosiers mais un hortensia devant, comme partout, et derrière, dans le jardin qui descendait vers la rivière, au bout du port, des salades et patates bordées de goémons et la cabane en planche pour faire pipi, le couvent, les chaussons dans les sabots, nos sarraux en vichy, Monsieur le Recteur, c'est le nom des curés là bas, et les histoires de korrigans, soeur Marie Rose et le piano où je joue la valse rose, Da Lebie ou Madame Lebris qui règne en riant dans la cuisine, les noyés d'Ouesant que vais voir en cachette avec Jaquot, les pupilles de Bertheaume qui saluent en passant devant la maison, le Docteur qui devait s'appeler Mercier ou Perrier, sais plus, qui nous soignait et nous invitait à goûter avec sa fille, et les Blancs Sablons. Toulon, le groupe d'immeuble rue Mireille, près de la Rode et de la rivière des Amoureux, qui en fait s'appelait l'Eygoutier et qui était de vase, de débris et d'un peu d'eau, le bâtiment J pour les officiers subalternes, les autres pour les ouvriers de l'arsenal, Jean et sa charrette avec les pains de glace sous des serpillères, l'école primaire Sainte Marguerite dans une petite rue au début de la route du Cap Brun, la dégringolade sur le chemin de retour du raidillon caillouteux appelé avenue Médicis, la villa Ouf que nous avons failli louer, le dentiste ami des parents, moins de moi, et son voilier amarré au ponton du club nautique de la Marine, au bout du quai, là où on a construit la Préfecture Maritime, les deux médecins qui venaient à la maison que j'ai choisi d'oublier. Un an à Alger, répartis entre les oncles, moi à Icosium entre Bab-el-Oued et l'amirauté où nous allons nous baigner et où est né mon grand père, le club nautique fondé je crois par lui et le Bleuet le dernier de ses bateaux, l'école de la rue Dupont, qui ne s'appelle certainement plus ainsi, ma grande amie Aïcha qui habitait une cabane, et bien sûr la rue Coligny, La Pérouse. Récupérer les parents et Toulon de nouveau, Max le coiffeur, rue Jean Jaurès au dessus de la place d'Arme, Phyllis le professeur de danse en bas du Cours Lafayette, la construction des immeubles sur le port, la 6ème au collège, qui n'avait d'autre nom que Collège de jeunes filles, boulevard du Général Leclerc, avant de rejoindre mes soeurs et d'apprendre la curiosité et l'athéisme, au Cours Saint Dominique, près du Chemin de la Calade, tenu, logiquement, par des dominicaines, et d'y grandir entre joies et bagarres, la mer dans les yeux dans l'appartement, boulevard Jules Michelet, au dessus des plages qui n'existaient pas encore du Mourillon, la maison de mon amie Caroline, les Héliades, avenue Jean Sorel, qui était celle où ma mère s'est fiancée, les surprises parties dans les villas du boulevard du Littoral dit Littoral Frédéric Mistral, le boulevard Grignan, la rue Lamalgue ou à la Mitre, avec les jardins dégringolant vers la mer et les gloriettes au dessus du chemin des douaniers, surnommé aujourd'hui quai Belle Rive mais qui reste je crois de terre, de lentisques et de pipis de chiens, au dessus des rochers.

7 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Je l'avais lue... les souvenirs tourbillonnent...

brigitte celerier a dit…

vous avez été plus concis et c'est toujours préférable

Arlette A a dit…

M'en souviens aussi ...les années d'adolescences sont gravées à jamais et je marche tous les jours dans tes pas ... mais bétonné, fermé le sentier ne sent plus le pipi de chat... suis au dessus

brigitte celerier a dit…

dans une des villas à petite gloriette sur le quai Belle Rive ?

jeandler a dit…

Perplexe sans complexe sans oublier les pipis de chiens au'dessus des lentisques.

Godart a dit…

Bel exercice de style, dans le respect des consignes. Texte dru, compact, un peu à l'image de la terre Corse.

Claudine a dit…

Emouvants bagages