jeudi, juillet 14, 2016

Avignon – festival – jour 8 – Adel Abdessemed et Alors que j'attendais

petit déjeuner en triste humeur comme chaque 13 juillet – gratitude sincère, sourire et grincements de dents en recevant des voeux de joyeuse journée pour cette date qui, pour une vieille femme solitaire n'est joyeuse que si oubliée

se rendormir, un appel famiglia, aller jeter poubelles près des remparts, rassérénée, et s'en aller dans la ville, toute drette
choisir, par curiosité, parce que j'aime souvent les dessins, les tableaux d'Adel Abdessemed et ses points de vue sur notre monde (et parce que je ne me refuse jamais une occasion d'entrer dans l'église des Célestins) d'aller, sourire et regard plus ou moins distrait, vers les Corps Saints – où l'on démontait le décor de «Caen Amour» -, un café parce que j'avais cinq minutes d'avance
et l'exposition de dix bas-reliefs réalisés en 2013 et 2014
plaisir toujours de cette église où les siècles, les styles sont venus se mélanger,
plaisir plus ou moins réel des bas-reliefs (pas ce que je préfère à quelques exceptions près) et de leur présentation soigneusement brute, sans éclairage (ce qui ne facilite pas les photos mais tant pis) et avec la coquetterie de grandes étiquettes manuscrites (et puis coquetterie aussi de ces caisses exposées dans un coin en un beau volume odorant) – plaisir des matériaux et coquetterie intellectuelle aussi des titres qui n'ont qu'un rapport lointain et ironique avec les sujets (qui peuvent être les migrants sur leurs bateaux, la mort de Ceausescu, le klux klux klan, les icebergs qui fondent.. ou les filles de l'artiste) – n'ai pas tout noté, ou ce qu'ai noté correspond à des photos loupées et jetées – restent
sel noir (une barque perdue) - sel de Siwa et acier (relativement petit et mon préféré)
the travelling players – marbre de Carrare
l'âge d'or – cuivre plaqué or
bas-relief – plâtre métal
Mississippi – plâtre
diptyque (enfin, une moitié) – marbre noir de Belgique
et puis, comme ne pouvais sortir les mains vides de la librairie installée dans le choeur, comme les livres qu'ai décidé de m'offrir auprès d'Amazon ne sont pas encore arrivés (délai trop court) ai tourné un peu et trouvé une édition de poche (grande poche compte tenu de l'épaisseur) du Discours des animaux de Novarina, perdu depuis longtemps (déménagement)
retour vers l'antre, température supportable un gros quart d'heure dans la cour (net rafraîchissement) – sieste, appels familiaux et jolie nouvelle, lecture 
et départ vers cinq heures vers la poste, un bus, et l'attente devant le gymnase Giéra

pour alors que j'attendais spectacle venu de Syrie, avec toutes les difficultés que l'on imagine pour faire du théâtre à Damas actuellement (et qui entame une tournée en Europe) Il devient difficile de se réunir pour travailler. Il n'y a pas d'électricité.. Et à cause de la nature des textes que je monte, je ne suis plus en sécurité. Une partie des gens avec qui je travaille ne peuvent plus revenir en Syrie où ils risquent à tout moment d'être arrêtés, interrogés et traduits en justice dit Omar Abussada qui a décidé de rester en Syrie (son dramaturge habituel, l'auteur du texte, Mohammad Al Attar, lui, a dû s'exiler et l'exil fait partie des thèmes récurrents du spectacle)
photos de Christophe Raynaud de Lage comme d'ordinaire, venues du site du festival comme cette présentation
Disparu puis brutalement battu après avoir traversé un des nombreux check points qui fractionnent Damas en Syrie, Taim est admis à l'hôpital sans connaissance. Les médecins en informent la famille et l'accident la met face à des confrontations douloureuses et des révélations ensevelies. Après avoir surmonté la mort tragique du père et le scandale qu'elle a révélée, la famille parait incapable d'affronter le coma du fils sans accomplir de profondes mutations. De son sommeil profond, le jeune homme observe ses proches lui rendre visite et, mêlant sa voix à la leur, raconte la vie qui a changé de cours, le quotidien bouleversé de cette famille et les changements qui affectent la capitale syrienne devenue étrange et cruelle.. Avec l'auteur Mohammad Al Attar, le metteur en scène a imaginé cette fable qui tisse ensemble différents niveaux de conscience. Métaphore à peine voilée de l'état dans lequel se trouve son pays, « ni vivant ni mort, cette zone grise entre espoir et désespoir » mais aussi de ses rêves de théâtre politique « dont les valeurs n'ont pas réussi à s'incarner quand c'était encore possible ». Un théâtre de résistance qui réinterroge ses capacités fictionnelles sans renoncer jamais à raconter l'Histoire.
Alors bien sûr, on pense que zut, on ne peut que dire du bien d'un spectacle pareil, mais  que, voilà, faut faire comprendre que c'est mieux que cela (à part peut-être le moment où le DJ, l'autre garçon racontant depuis son coma – plusieurs histoires pour évoquer la raison de ce coma – ce qu'est ce pays, cette guerre, évoque sa fréquentation des différentes armées passant des syriens libres à la succursale d’Al-Qaïda pour finir avec Daesch nous présente l'attrait puis le refus de chacune en un raccourci un peu scolaire, mais pas inutile) c'est plein de l'humour des jeunes gens, même désespérés, c'est la vie ordinaire d'une famille éclatée, les rapports mère/fille, la culpabilité éprouvée par chacun, la religion dans laquelle s'enfonce la mère, le besoin de liberté que les enfants ont hérité de ce qu'elle était, et la guerre, bien sûr, la guerre. C'est vif, sensible, ingénieux..
un bel article de Lorenzo Clavarini Azzi qui dit mieux que ne saurais le faire et que je viens de dénicher http://culturebox.francetvinfo.fr/avignon/le-festival-d-avignon/la-syrie-dans-le-coma-dans-une-piece-a-avignon-l-attente-la-parole-l-espoir-243065
Retour en car (si longtemps pour charger une grande partie des spectateurs que j'aurais eu le temps de faire le trajet à pieds, mais sagement je ménage carcasse, et puis il y avait un soupçon de mistral bien frais fortement dissuasif)
Ce même soupçon de mistral qui m'a fait abandonner le jardin de Calvet où j'avais, comme l'avions évoqué, retrouvé mon voisin d'Aubanel (qui s'est trouvé un rang derrière moi à Giéra et m'a tapé sur l'épaule pour reprendre notre conversation pendant que le public entrait) pour écouter la seconde soirée consacrée par France Culture à Bolaño (laquelle sera diffusée en septembre prochain) 
abandonner, donc, à la fin de la première lecture derniers crépuscules sur la terre... 
me plaisais bien là.. mais j'avais un désir encore plus grand d'un chandail et de bêtise.


7 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

La belle expo dans l'église a dû vous reposer un moment des acteurs qui s'exposent ailleurs...

brigitte celerier a dit…

c'était surtout le public rare qui était reposant… les acteurs sont discrets à Avignon, ils sont trop nombreux (me souviens d'une - sais plus qui mais pas genre Jeanne Moreau - qui avait voulu jouer les stars et des critiques - ceci dit les acteurs très connus logent souvent à l'écart de la folie de la ville)

jeandler a dit…

Aller "drette" dans ses bottes.
Au plaisir de la suivre.

brigitte celerier a dit…

merci, et se reposer avec plantes et fleurs sur la page Facebook de l'ami Pierre Landré

Godart a dit…

La sieste, pivot central de la journée en Avignon mettant cul par-dessus tête les repères midi- minuit.

brigitte celerier a dit…

ç vrai dire ça a toujours été plus ou moins mon rythme - ne dine jamais avant minuit (à Paris c'était généralement entre une heure et deux heures du matin
et si je m'offre de longues siestes (quand saute au moins une petite je ne tiens pas le rythme et là suis en train de renoncer pendant que le déjeuner cuit au premier projet de l'après-midi) et à Paris quand n'avais pas un rendez-vous boulot entre midi et deux heures je sautais le déjeuner et m'allongeait en chien de fusil sur le lino du bureau)...

Arlette A a dit…

Oups !! j(avais laissé un com depuis mon smartphone ... il a dû s'envoler pas grave