mercredi, juillet 13, 2016

Avignon – festival – jour 7 – écouter le nom sur le bout de la langue et galoper entre des belges

matin à l'heure des yeux embrumés du second soleil un ciel délicat sur Brigetoun et sa tartine..

bagarre canalisations, victoire mais au lieu d'attaquer le tout petit tas de repassage m'en suis allée sous un temps devenu gris, vaguement menaçant et fort frais (enfin par comparaison, mais suffisant pour que mon chemisier en coton épais me semble légèrement insuffisant), arrivant à Calvet juste au moment d'ouverture des portes
pour chercher une place non bâchée, pendant que le public arrivait lentement, pour regarder le ciel, y trouver un peu d'espoir,
et puis écouter Marie Vialle lire (et jouer de sa voix pour illustrer l'art des chantres) la fête des chants du maris de Pascal Quignard, en caressant des yeux les racines fabuleuses du platane proche (que longue soit sa survie)
avant d'enchaîner, entrecoupant le récit par de brefs airs de son violoncelle, avec le nom sur le bout de la langue – plaisir grand et tranquille dans le petit troupeau réuni dans le jardin, mais aussi frissons…
retour vers l'antre, la cuisine, en pensant qu'à toute chose malheur est bon et que la clim d'Aubanel, dont j'ai de très très mauvais souvenirs, perdra beaucoup de sa virulence par ce temps.
Sieste, maison, et repartir dans un air qui s'est nettement adouci, sous un ciel qui s'est allégé, vers le lycée Aubanel et son gymnase ;
pour assister à Tristesses d'Anne-Cécile Vandalem (co-production du Théâtre National de Belgique, le Volcan, théâtre d'Annecy, Amiens etc...), et vérifier si j'ai eu raison dans mon choix (un jeune brésilien rencontré l'autre soir, comprenant le français mieux qu'il ne le maniait, tentait de trouver les mots pour dire son enthousiasme).
Comme d'habitude, ai choisi deux des photos de Christophe Raynaud de Lage sur le site du festival, mais plutôt que le début du texte informatif qui l'accompagne, je reprends celui du site de la compagnie Das Fraülen, compagnie d'Anne-Cécile Vandalem
En découdre avec ce qui nous désespère quotidiennement, dans ce monde-ci.
2016, l’Europe subit une montée puissante des partis d’extrême droite. Parmi eux, le Parti du Réveil Populaire, dirigé par Martha Heiger (rôle interprété par Anne-Cécile Vandalem), est en train de prendre le contrôle d’une partie des pays du nord. Sur l’île de Tristesses, un suicide a eu lieu; le corps de la mère de Martha Heiger est retrouvé pendu au drapeau du Danemark. À l’occasion des funérailles, la venue de la dirigeante est annoncée. Deux adolescentes vont alors entreprendre de saisir cette occasion pour écarter celle qui menace leur avenir. Mais le jour des funérailles, la situation bascule…
TRISTESSES est un spectacle de théâtre musical dont le sujet principal est la relation qu’entretient le pouvoir à la tristesse. Empruntant les codes du polar et de la comédie politique, Anne-Cécile Vandalem dissèque avec humour une des plus redoutables armes politiques contemporaines : l’attristement des peuples. Au moyen d’un dispositif à la frontière du cinéma, elle met en lumière le pouvoir des médias et le mode opératoire d’une censure qui agit au grand jour ou dans l’ombre, insidieusement
une ambiance, un décor simple de village nordique tel que l'imagine, la vidéo mais uniquement pour ce qui se passe dans les maisons, un mélange de tragique et de cocasserie, des fous rires et l'horreur de la violence, violence quotidienne dans les familles, autour d'un jeu, violence envers les plus faibles, violence des faibles sur les faibles, violence et tricherie politique et les diatribes sur les valeurs et le risque de l'envahissement, qui se traduit par la ruine programmée et la privatisation de la seule richesse de l'île, et toujours ces moments de rire en les voyant, dans leurs rapports de minuscule village déglingué, les surprises d'un thriller, une belle distribution.. oui, cela marche, et les deux heures passent
(d'autant plus vite que voulais partir un peu avant, ayant mal calculé mon programme.. et n'ai pu que grossièrement m'éclipser pendant les saluts)
une vidéo trouvée ce soir (me méfie de celles sur le site du festival qui déplaisent à blogger, mais celle-ci est reprise sur YouTube)
et puis cette surprise en sortant : les 2 heures de durée prévue, qui rendaient difficile l'arrivée à temps, pour le spectacle suivant étaient en fait deux heures vingt
donc, tentation de renoncement refoulée, départ non pas en courant, n'aurais pu, mais à pas très pressés disons, en culbutant les groupes, en fonçant, tenant sur l'élan, vers le Lycée Saint Joseph, le jardin de la Vierge, et trois courtes formes proposés par des belges. J'ai mis un quart d'heure et n'en revient pas encore, mes jambes non plus d'ailleurs, ils étaient un peu en retard, j'ai eu droit de rentrer et de me tenir debout sur le côté.
Axe (photo DR) une coproduction du Théâtre de Liège et du Théâtre Varia de Bruxelles - Conception et interprétation Thierry Hellin et Agnès Limbos
Un couple de ploutocrates décadents, accroché à ses privilèges comme la misère sur le monde, s'épuise à se maintenir debout alors que tout se décompose autour de lui. Comme la cire ou le glaçon qui, s'ils fondent, ne reprennent plus jamais leur forme initiale, le retour en arrière est impossible. Ils ont poussé le bouchon un peu loin, l'angoisse les envahit. L'axe qui les a maintenus droits, fiers et arrogants depuis des lustres ressemble de plus en plus à un carrefour giratoire. La désorientation leur fait perdre le langage. De durs, ils deviennent flasques...
et c'est exactement ça, résolument farcesque, cela déclenche des rires, mais en voyant cela juste après Tristesse, sans avoir le temps de sortir de l'élan de ce dernier spectacle, on mesure sa force politique.
en second Heimaten d'Antoine Lambin avec le Théâtre National de Bruxelles (avec un retard, un affairement, la vidéo ne marchant pas)
Antoine Laubin invite Axel Cornil, Thomas Depryck et Jean-Marie Piemme à questionner le terme Heimaten, pluriel de Heimat, qui signifie « patrie » ou « pays d'origine » en allemand. Les quatre auteurs belges explorent les sens de l'expression et saisissent l'occasion de confronter leurs parcours, en convoquant au plateau des ressortissants de plusieurs pays. À Avignon, deux acteurs belges jouent et dialoguent en duplex avec deux acteurs allemands. Quels liens entretenons-nous avec nos origines ? Dans quelle mesure nos langues et nos lieux nous déterminent-ils ?
Une belle façon de questionner pour montrer l'absurdité (mais la force instinctive) des appartenances, pour qu'apparaisse le non-sens des exclusions... rien de bien surprenant (du moins je l'espère, avec de plus en plus de doute)
une jolie idée, le bruxellois et la wallonne sont interpelés par deux acteurs allemands (en direct ou plus vraisemblablement par l'intermédiaire d'une vidéo) actuellement à Marseille pour un spectacle.
Mais sur ma fatigue grande passait le froid qui frisait en vagues vertes la vigne des murs et, même si j'en avais envie
suis partie sans voir les deux acrobates du spectacle suivant (la photo de Jean Lambert me tentait bien pourtant) Bastien Dausse et François Lemoine (Bruxelles)
et suis rentrée, sur les nerfs, expérimentant le sens du mot épuisement...

11 commentaires:

Arlette A a dit…

Tu as " fait fort !! dans cette comédie humaine entre rires absurdités et tristesses
Bravo à toi

Caroline Gérard a dit…

Je ne sais toujours pas comment tu fais pour voir tant de spectacles. On serait épuisé à moins.

brigitte celerier a dit…

et grand merci à toi pour ton passage
la pièce me méfiais un peu du très bon bouche à oreilles, bien aimé sur le moment et s'améliore avec temps
quand au trajet étais très très fière de moi (pas si court et huit noeuds de foule à franchir, un petit exploit à ma mesure)

Dominique Hasselmann a dit…

Pascal Quignard, toujours là...

Quant aux Belges, on dirait qu'ils ont trouvé un moyen rafraîchissant de se loger !

Arlette A a dit…

Re Viens de m'apercevoir que ce jour est particulier pour toi!! Chut ! Belle journée pour cette année de plus Belle et Vaillante

brigitte celerier a dit…

Caroline suis pleine de complexes en écoutant les gens parler de tout ce qu'ils ont vu (en attendant j'étais à côté du très sympathique et assez passionnant responsable des écritures nouvelles à Présence Pasteur et j'ai observé que, chut, il avait lui aussi des petites absences de fatigue :-)

Dominique, oui et Quignard est un petit fil qui passe, outre son spectacle à travers des lectures et concerts (vais avoir droit à un en principe) cette année - quant aux belges faut reconnaître qu'ont un esprit joyeusement révolté quand le veulent

Godart a dit…

J'apprécie particulièrement vos changements de tenues qui pimentent votre récit. Vous nous faites vivre le festival d'Avignon de l'intérieur et c'est unique.

annaj a dit…

mais ménagez-vous...;-))
j'aime vous suivre dans ces pérégrinations artistiques et le regard !

brigitte celerier a dit…

merci Anna c'est trop gentil !
mais en fait je me ménage déjà beaucoup et vis un peu à côté du festival

Claudine a dit…

admirative...

brigitte celerier a dit…

Arlette merci pour ton commentaire (qui était resté coincé dans les spams sais pas pourquoi) et le chut :-)