vendredi, juillet 01, 2016

Rien, alors quatorze fois

réveillée un peu noiseuse, un peu découragée, ou décontenancée devant tout ou rien, un peu mal ajustée à carcasse, ai tenté des petites choses pour les cosaques, suis partie un peu n'importe comment, ai freiné, ai décidé d'en garder trois, ai pas vraiment aimé ce que disaient, tant pis avais aimé les écrire... me suis prise, un temps, pour une maîtresse de maison ou femme de ménage (plus ardu), le jour est passé en bleu et couvert...
Paumée, pour te nourrir d'autre chose, recopie ma contribution à l'atelier d'été de François Bon, le numéro 3, 14 fois vers le même objet http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4338
(8 contributions en fin de matinée ce jeudi, fortement conseillées)
C'est une coupelle assez profonde, au bord supérieur festonné, au marli ondulant comme une corolle de petites vagues, en faïence émaillée, d'un blanc sans violence - la terre invisible, même en transparence, s'affirme cependant et son existence adoucit la perception que l'on a de l'émail - le bord est orné d'une guirlande dans l'esprit des grotesques, vert amande, et un oiseau, jaune et bleu, classiquement, selon la convention majoritairement respectée, ailes déployées, se penche au centre vers le petit monticule herbu sur lequel il s'est posé.

L'ondulation sage qui gagne la courbe large montant du fond vers le bord festonné, comme les plis non repassés d'une jupe se mouvant doucement en accompagnant un pas retenu.

L'épaisseur modérée de la matière, comme le souvenir de la coulée épaisse de terre humide.

Sous la coupelle, une signature, une graphie nerveuse, comme le dessin des ailes, ou des herbes qui semblent bouger dans le vent, ce vent qui a emporté un petit signe bleu sombre jusque sur le marli, signe qui est, je le suppose, ou je le sais d'instinct, un insecte.. Jallier, ou Dallier peut-être, je lis mal ces lettres tracées en noir mat, pinceau moyen, par contre, parce que je le sais ou parce qu'il n'y a pas cette majuscule initiale qui sollicite la fantaisie de la main du scripteur, c'est sans effort que je lis ensuite : à Moustiers.

L'oiseau est jaune et bleu, et je me demande - aurais dû, au lieu d'en rester à mon constat empirique, faire une recherche ou tout bonnement lire un texte quelconque sur les faïences, à la fin du 17ème siècle, au début du 18ème, quand les bleus et blancs, avec parfois un peu de pourpre, comme les belles faïences de Rouen, de Nevers ou les premières de Marseille, ont été relayés par des décors polychromes, une polychromie d'ailleurs limitée, quatre couleurs au maximum sur chaque objet – ce qui fait que d'une fabrique à l'autre, et cela vaut aussi pour les porcelaines, à part les plus raffinées auxquelles ont contribué des peintres animaliers – il est presque toujours fait appel à ces deux couleurs pour représenter les oiseaux.

Une coupelle, un vide-poche, un grand cendrier à l'origine, un souvenir rescapé, il y en eu quatre, des dix ou quinze jours de vacances dans un studio loué, début septembre – l'ai fait quatre ans de suite, avec invitation rituelle des toulonnais à une bouillabaisse préparée par mon poissonnier – au bout du port de Bandol, et de la visite, le premier jour, à une boutique de souvenirs, un peu en retrait, un peu hors du courant touristique, pour l'achat d'un cendrier de faïence, Moustiers dans trois des cas... personnaliser un peu les lieux, agréables et neutres,.. et un petit lien que je ravive parfois, quand j'en ai besoin, avec les petits matins sur le port, les longs crépuscules, les bruits d’accastillage, et de merveilleuses heures d'un vide parfait.

Le plaisir aigu du trait, la nervosité heureuse de la main, donnent à l'oiseau, pourtant occupé calmement à chercher au sol un ver, une nourriture quelconque, la légèreté, le dynamisme joyeux d'une entrée de violons.

Il n'y a aucune lourdeur dans le corps de l'oiseau, qui n'est qu'une courbe élancée, contrebalancée par celles des ailes, une toute petite tête aigüe au bout du léger renflement d'un cou allongé.

Aucun des autres oiseaux peints sur des assiettes, tasses, coupes, petits brocs de faïence, restes d'une collection constituée peu à peu, longtemps il y a, sur une suggestion que j'avais faite à ceux qui se sentaient, se voulaient obligés à un cadeau aux dates consacrées, n'a cet aspect aigu.

Tout dans le dessin est ramené au plaisir du tracé, à la finesse, les pattes sont des brindilles comme le bec, et la branche qui ancre, borne, l'ensemble et vient se balancer au dessus de l'oiseau n'est qu'un long rameau aux feuilles fines et mouvantes, la seule fleur n'est qu'un contour ébauché, une évocation rapide, comme une obligation bâclée.

Un oiseau, sur un dôme d'herbes mouvantes, se courbe violemment vers le sol, bec dardé, sous la danse d'équilibre des ailes, et tout autour de lui est mouvement vif comme un allegro.

Le motif occupe presque toute la surface, déborde de la partie creuse, et pourtant laisse toute son importance aux ondulations d'un blanc amati qui rejoint la guirlande du bord supérieur.

Un petit objet qui est là, peut se faire oublier, pose juste une petite touche plaisante à la limite de l'oeil, un petit objet utile qui se fait compagnon, qui peut, si on le désire, teinter de plaisir le regard qui se pose sur lui, entre méditation et absence.

Un dessin, l'harmonie de trois couleurs sans violence et du blanc, le plaisir du trait, la rapidité nerveuse de la main, un motif familier et toujours différent, une énergie joyeuse, qui ne s'attarde pas, des pizzicati, des reprises, réponses dans la petite musique muette de cet oiseau, et au verso la même danse dans les quatre mots tracés du même élan, avec un pinceau un peu plus épais.

8 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Merci, même si déjà lu sur le support d'origine...

brigitte celerier a dit…

merci - reconnais bien là votre inaltérable fidélité

GERARD Françoise a dit…

J'aime le plaisir aigu du trait, la rapidité de la main... la finesse du style de l'artiste qui trouve son équivalent chez l'auteure de ce texte.

jeandler a dit…

Un très beau site Moustiers.
Gorges du Verdon.
L'oiseau bleu est un thème favori.

brigitte celerier a dit…

et moi j'ai aimé ta contribution (lue soigneusement après avoir envoyée la mienne, mais repérée du coin de l'oeil et qui a fait partie de ma motivation)

Claudine a dit…

dessiner certaines porcelaines avec ce luxe de détails, le rêve.........

brigitte celerier a dit…

des artisans qui en font, pas à la chaine, mais en nombre, pendant des années

Arlette A a dit…

Que de choses sont contées avec brio sur le bord d'une coupelle
Bravo