jeudi, octobre 20, 2016

En continuant le parcours de l'art (prévenus...)


réveil égayé par quelques pas dans la cour, yeux levés vers la lumière et le bleu ardent , sur petits frissons nés d'un léger vent un peu aigre, d'un retour en mineur lancinant des bobos, de ma fureur contre moi même et la façon dont je m'étais laissée obnubiler par ma visite de l'après midi et les presque derniers échanges sur les textes qui doivent être regroupés dans un livre par la grâce de François Bon et l'activité de bénévoles jusqu'à ne pas regarder mon agenda ce qui m'aurait permis de constater que nous étions mardi, le premier mardi voué à un concert de musique de chambre et que j'ai manqué des musiques aimées ou à découvrir jouées par deux jeunes femmes que n'ai jamais entendue…
ai salué, encouragé le sans doute dernier bouton de rose (il y en a un autre mais bloqué à l'état post naissance, hésitant à se risquer dans une saison qui ne lui convient pas) et décidé malgré ce joli temps de rester, un peu maussade mais pas tant, un peu ébahie de petites douleurs, dans l'antre pour tenter un portrait pour les cosaques (du mal à maîtriser, choisir les mots qui venaient en pagaille, avec ou sans sens), achever ou presque le changement de garde-robe (me faudrait nouvelle paire de bottes et un veston, ai trouvé quatre chandails et un pantalon neuf, pour le reste mon passé un peu râpé fera l'affaire..), enregistrer sur l'album regroupant toutes les éditions de Parcours de l'art auxquelles j'ai assisté les photos prises hier et à élaborer ce second billet sur le cloître (le 1er étage, encore trop long vous prévient, et il y en aura un autre, navrée mais ça me sert de bloc note) – renonçant à aller voir les six autres expositions plus petites sauf peut-être vendredi et samedi une autre de groupe et une ou deux des expositions associées…
Ainsi donc, gravir les deux premières volées de l'escalier, au premier étage pénétrer dans la longue salle,
et sur le mur du petit côté, appuyé sur la cage d'escalier, trouver assez séduisantes les oeuvres de Florian Viel, la façon dont les plantes dessinées sur la paroi se marient à la mer, les poissons, les plantes exotiques - sans cesse, j'explore les pistes menant au monde tropical parfait, monde que les Occidentaux ont construit à partir des stéréotypes créés depuis les premiers récits des navigateurs.
mais mesurer la difficulté, la quasi impossibilité de faire voir sur une image fixe le jeu assez subtil des lignes gravées sur le verre surplombant d'un ou deux centimètres le tableau, qui se superposent à celles du dessin (comme un rappel lointain de sa sculpture pour fenêtre : store vénitien en bronze https://www.maif.fr/maif-pour-une-societe-collaborative/partenariats-et-mecenats/prix-maif-sculpture/edition-2015/laureat-2015.html  
et au centre de la première partie de la salle retrouver Thomas Bigot avec une de ses «structures»
réseau neuro sonore - plaques d'époxy cuivrées, divers composants électriques, micro contrôleurs, câbles, connecteurs, hauts parleurs (mais à la longue maudire légèrement le bruit de fond, le grésillement électrique, modulé, discret mais obsédant que l'oeuvre diffuse dans la salle)
Sur le mur entre la salle et le couloir, entre les arcades, beaucoup aimer, m'attarder parce que c'est une des oeuvres qui me séduit le plus, devant ce que propose Caroline Leite http://www.caroline-leite.com qui présentait aux Célestins de belles sculptures (comme des ruines de) sur béton – ici avec petites oeuvres, photographies sur béton, que j'ai beaucoup aimées et mal captées – ai jeté quatre photos - 
" Savoir regarder la ou il n'y a rien à voir. " Guetter le silence, âpre domaine. Débris et poussière ont-ils leurs propre langage ? Peut-on être un archéologue du présent ? Les pièces abandonnés nous chuchote-elles que les rue sont vides ?
L'artiste est-il un arpenteur du passage ? Où sont les êtres ? Chuchotement-muet : "dans leurs traces." Humanité nulle part, humanité partout. Vécu, passage, effacement, trou, débris, barre, brique, des îlots de l'oublie. Les nuits noires de Caroline Leite éclaire le jour. Témoignage de ceux qui ne peuvent témoigner, cailloux, poussière, fissure, lambeaux, cassure. Les pièces vides, les objets abandonnés, les allés désertes sont humains. Être seul, savoir s'habiter. Tomber en miette. Se désintégrer. Le temps n'a plus le temps. Béton localiser, rouille daté, paysage urbain contemporain. La décrépitude n'est pas laide. Elle est le miroir de ce qui s'abandonne, avec le temps. Andrea Siri
Dans la seconde partie de la salle, entre les dernières fenêtres sur la rue, sur le mur du fond et au sol, les carrés unis ou en camaïeu de Philippe Chitarrini http://philippe.chitarrini.over-blog.com
J’ai abandonné toute forme de figuration, si éloignée fut elle du modèle, pour me consacrer pleinement à un art abstrait épuré, radical, proche du minimalisme. ... Articulé à partir d’un vocabulaire formel réduit - figures géométriques basiques, lignes et aplats de couleurs étales - mon travail passe par l’impersonnalité de sa facture pour tenter de matérialiser sa propre présence au monde. Il ne renvoie qu’à lui-même. Ma démarche artistique est bâtie sur la création d’une réalité destinée à s’intégrer comme telle dans une autre réalité visuelle, celle-ci plus vaste et moins organisée…
Dans le couloir, ouvert sur la cour du cloître, en revenant vers l'escalier, sur le mur séparatif, le raffinement, la saveur de la pâte des grands aplats de Hiromi Shimizu 
"La sensation de partage à travers ma peinture constitue mon intérêt artistique. La littérature m’inspire beaucoup. En lisant, des images nous viennent. Cela nous procure une sensation de connaître cet univers, d’un déjà-vu. Dans mes recherches, je m’interroge s’il est possible de créer cette sensation avec l’image.
J’ai une prédilection pour le medium qui est la peinture à l’huile. Le travail des couleurs, de la composition et de la lumière m’intéresse particulièrement. Je souhaite représenter des sensations visuelles qu’on ne pourrait pas définir par des mots. En évoquant nos souvenirs, la surface de la peinture même nous invite à une nouvelle expérience physique." présentation de son exposition en septembre/octobre au Lycée Brochier à Marseille – Une envie de caresser ou de se perdre dans ses couleurs subtiles
Et sur le mur donnant sur le cloître, entre les hautes fenêtres et les visions de l'ombre sur les branches des platanes, les belles photos en noir et blanc présentées à la va comme je te pousse, punaisées, de Eri Tomonaga http://www.eritomonaga.com
Je cherche à mesurer les écarts qui se glissent dans les paysages d'un endroit à un autre et même d'une langue à une autre.. Je m'intéresse ainsi aux nombreuses nuances de sens et à tous les moyens de désigner une chose, qu'il s'agisse de l'image, du langage, du signe en me demandant si telle ligne transforme un lieu ou bien l'inverse.
un poème manuscrit que ne suis pas arrivée à capter, que je retrouve sur son site
Je tire un dialogue au clair
Je tire des mots qui m'attirent dans le dialogue
Je tire mon tiroir pour les stocker
Je tire les rideaux pour avoir une lumière
Je tire un trait pour tourner la page
Je tire un trait à la règle pour dessiner plus précisément
Je tire un fil pour dessiner dans l'espace
Je tire des sons du fil pour jouer de la musique (parlais distraitement en le lisant, et en montrant qu'il faisait triptyque avec une photo et une inscription au crayon sur le mur que ma mémoire de lièvre ne me rend pas, qui équivalait à je me tire, juste avant la fin du mur, au fond.
Pour ce soir rester devant la fenêtre, regarder un platane, avant de retrouver l'escalier, au moins en ce qui concerne le cloître…

et puis, dans l'antre, dans ce mercredi soir, me préparer et m'en aller,
en passant devant le Centre Européen de Poésie, fermé à cette heure, où a lieu dans le cadre du Parcours une exposition que n'aurai sans doute pas le temps d'aller voir, mais en cueillant au passage une impression d'une partie de l'oeuvre de Marie-Laure Sassou-Ladouce http://mlsasso-ladouce.ultra-book.com
- cette peinture n'est pas une retranscription parfaite de la realité, il n'y a pas de photographie, mais plutot une sensation, la derniere image en memoire imprimée sur la retine, un rêve un peu effacé. Un amalgame de souvenirs, un extrait de vie, de nature modifiée, où les couleurs et les variations de lumières règnent en maître. Les paysages solitaires, marins, urbains tendent parfois jusqu'à l'abstraction.
C'est epuré mais jamais minimal.
Et puis il y a les arbres, floutés dans une lumière crue, présences imposantes aux larges touches jetées -
vers le théâtre des Halles pour assister (dans une salle moyennement pleine, et un ambiance agréable), toujours dans le cadre du Parcours, à une conférence (qui s'est révélée riche, assez passionnante) de Line Herbert-Arnaud sur le thème cartes et frontières dans l'Art contemporain avec une introduction rapide sur Chirico et autres, en passant par le land-art pour arriver aux recherches actuelles sur la carte, le territoire, les réseaux (ai pensé à Mathilde Roux) et comme de bien entendu mes notes sont inexploitables.. me restent souvenirs, peut-être pistes, et quelques noms à partir desquels chercher compléments..
Retour, dans un vilain petit mistral, en avançant à aussi grands pas que le pouvais, par les petites rues.

8 commentaires:

Hue Lanlan a dit…

quelle magnifique exposition encore ! des couleurs et des formes pour la journée !

Claudine a dit…

On en veut encor*

brigitte celerier a dit…

merci d'être passée
mais ces billets (que vais continuer tant pis, c'est mon bloc note, même si photos sont mauvaises) sont un effet merveilleusement dissuasif sur les lecteurs (immédiatement division par deux)

annaj a dit…

En lisant, des images nous viennent. Cela nous procure une sensation de connaître cet univers, d’un déjà-vu.... je prends à mon compte

Arlette A a dit…

Parcours bien dit ,j'aime les aplats colorés et purs , cet enchainement ...un bon bloc- notes pour le lecteur aussi Merci
A suivre j'espère

jeandler a dit…

Raffinée, épurée; cela valait bien de revenir.
Merci pour ce bel et riche aperçu.

Godart a dit…

Vous nous aviez prévenu, mais vos lectrices et lecteurs ont un appétit d'ogre.

brigitte celerier a dit…

euh si j'en juge par la chute brusque des passages depuis deux jours et des reprises sur twitter y compris par deux de mes plus fidèles… ça se discute (et tant pis je continue)