vendredi, avril 28, 2017

Air gris et froid, et papillons sombres

Matin dans les rues le ciel était plaque d'un blanc grisé et nous avancions épaules rentrées, corps en retrait, dans un froid d'automne cruel...
les arbres en leur abondance d'été frissonnaient doucement
et j'ai vite expédié les deux petites courses oubliées hier, sourire crispé et curiosité en berne
et ma foi pour ne pas laisser pour un (ou peut-être deux) jour Paumée en cet état, j'ai recours une fois de plus aux cosaques des frontières et à une petite histoire qu'ils avaient abritée http://lescosaquesdesfrontieres.com
Papillons
Mathilde était triste.
Mathilde avait été grondée.
Mathilde n'avait pas compris.
La grand-mère avait dit qu'elle était méchante.
Mathilde s'était dit que oui elle devait être méchante, et elle en était triste.
La grand-mère avait dit qu'elle avait été méchante avec sa cousine.
Mathilde avait eu envie de crier.
Parce que ce n'était même pas vrai.
Parce que c'était toujours comme ça.
Parce que la cousine était là et lui faisait des grimaces derrière sa grand-mère.
Mais Mathilde n'avait rien dit.
Parce que la cousine n'avait pas de maman, et puis elle était pas jolie, et puis elle était un peu malade, une peste mais un peu malade.
Alors Mathilde était sortie en reniflant, juste un peu.
Mathilde était allée en traînant des pieds et en reniflant jusqu'au fond du jardin.
Derrière la haie, le pré était plein de soleil.
Mathilde avait fermé les yeux pour que le soleil brûle ses paupières pendant qu'elle pleurait.
Et quand elle les avait rouvert une bande de papillons s'était envolée.
Des papillons noirs.
Des papillons noirs qui dansaient au dessus des grandes herbes dorées.
Et c'était si joli que Mathilde avait souri.
Et puis elle s'est allongée dans le pré sous le soleil.
Elle s'est endormie en suçant une tige d'herbe dorée.

Dessin d'Amélie Joos

10 commentaires:

Arlette A a dit…

Si triste de s'entendre dire méchante Merci ne me souvenais pas de ce texte j'aime beaucoup le dessin

Claudine a dit…

Vous autres gens d'écriture pansez les plaies des souvenirs cuisants

brigitte celerier a dit…

j"aime beaucoup ce que fait Amélie Joos

brigitte celerier a dit…

Claudine je ne crois pas être gens d'écriture mais comme tous j'ai des souvenirs cuisants

jeandler a dit…

J'espère que ces papillons sombres ne vont pas muter en vampires noirs.

brigitte celerier a dit…

ils dansent trop joliment (les papillons)

Godart a dit…

Mathilde est sauvée par la légèreté propre aux enfants ( et de son altruisme naissant ). L'injustice involontaire de sa grand-mère est une expérience nécessaire à vivre. Raison de plus pour dénoncer cette abomination qu'est la maltraitance, ce qui, bien sûr, n'est pas le cas dans cette jolie petite histoire.

Dominique Hasselmann a dit…

toujours le plaisir de la relecture...

cjeanney a dit…

oh, je suis rassurée, ils sont beaux ces papillons :-))) (j'en avais anticipés d'autres plus terribles en lisant le titre)
(ceux-là consolent des injustices:-))

brigitte celerier a dit…

Dominique merci !
Christine, les désespoirs de l'enfance sont forts et passagers, ceux de l'adolescence le plus souvent également, et ma foi ensuite...