samedi, mai 27, 2017

L'été est là – et l'ami d'Issa

Lumière sur la cour, ai pris sac de draps, m'en suis allée tout doux dans la ville tiède, sous léger voile ou ciel granuleux
début de l'après-midi dans la cour, dans une chaleur plus supportable, entre lectures, soleil bu, et plaisir que me fait – n'ai que lui – la masse blanche de l'hortensia...
et puis regarder les bandes-annonces, les conférences de presse de Cannes, avoir des envies, des moins envies, des agacements... des emballements pour des films que n'irai pas voir et oublierai..
et reprendre un texte que les cosaques des frontières ont publié http://lescosaquesdesfrontieres.com
L'ami d'Issa
Au lycée Paul Eluard, Issa avait des camarades et quelques amis, et puis un inséparable, parce qu'ils venaient tous les deux de la Cité de la Rivière blanche, parce qu'ils étaient non seulement de même âge mais de même taille, parce que depuis leurs petites classes à la communale ils se suivaient, se bagarraient ensemble ou l'un contre l'autre, se consolaient, parce que les parents de Jean - c'était le nom de l'ami - accueillaient Issa à l'heure du goûter lorsque sa mère rentrait trop tard.
Ils étaient aussi grands, aussi longilignes, dégingandés l'un que l'autre, encore un peu encombrés de leurs corps, ils avaient mêmes visages longs, à l'ovale plus adouci pour Issa, et leurs peaux étaient du même brun, profond et chaud, un peu rougi sur les pommettes.
Mais Issa était tout en gestes, exubérants et harmonieux à la fois, un inventeur d'histoires, de mots et de surnoms plus ou moins cruels, dont ils se régalaient, et Jean l'admirait, lui servait de public aussi, le provoquait par son attente, l'assistait le cas échéant, et à deux reprises avait endossé les conséquences désagréables des initiatives de son camarade et maître.
En classe Issa fusait, posait questions, faisait remarques, puis se taisait lorsqu'il sentait que c'était trop et regardait alors les murs, la fenêtre, cherchait idée, et la perdait, comme ne gardait trop souvent qu'une écume de l'objet du cours. Jean, lui, souriait alors, comme on sourit aux frasques d'un gamin, et puis se concentrait, plus ou moins selon les matières, sur le professeur ou son livre. Et bien entendu, quand c'était possible, servait de recours à Issa mis en difficulté.
Il était calme, et un peu éteint dans les groupes, Jean, fort d'une force qu'il fallait mettre en mouvement, et tranquillement, entièrement, dans l'admiration de son ami. Au point de reprendre, sans même sans rendre compte le plus souvent, et parfois comme un hommage, les mots, les tournures de phrase, le dire qui le charmait chez Issa.
Tellement qu'il y avait gagné le surnom de «perroquet», ce qu'il acceptait en riant, ce qui, à la longue, en grandissant, a tout de même éveillé en lui un début d'agacement, en même temps qu'il prenait conscience peu à peu de lui-même, qu'il sentait, sous son admiration pour Issa et la lumière qu'il mettait dans leur vie, poindre dans son amitié un peu de tendre pitié pour sa légèreté.
Alors de ce surnom de perroquet s'est fait un masque, un rempart derrière lequel se cachait pour penser, regarder le monde, attendre longuement de se sentir capable de s'y jeter.

(en partant d'une oeuvre de Thomas Dreyfuss)


6 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Ite Issa est ! :-)

brigitte celerier a dit…

ouille

Godart a dit…

Très beau texte. Plaisir de le lire.

brigitte celerier a dit…

grand merci à vous
sais pas s'il est beau (crains que pas tant , sourire) mais en tout cas l'est dans un trou...
je décroche là,jour pour vaquer, boire soleil (plus faible dit-on) et lecture d'un ami
et basta pour internet

Claudine a dit…

beau texte
survivons à la canicule

brigitte celerier a dit…

n'en sommes pas encore là