jeudi, juin 01, 2017

Pensées amicales (qui s'autorisent à l'être) par temps gris


devant mes yeux brouillés de sommeil, par la fenêtre de ma chambre, la cour humide qui évoque une pluie récente, et un frisson de mes épaules, une pensée aussi pour les chandails mis sous housse mardi...
douche chaude, deux tartines de confiture pour entretenir ma graisse chaude, et le ciel qui semble soulever légèrement ses sourcils...
m'en suis allée acheter médicaments (sauf ce qu'avons oublié en parlant de tout et de rien avec petit toubib... lui téléphoner mais pas urgent) et le Canard, saluée en sortant dans la rue par l'un des trous bleus qui s'invitait dans le brouillamini blanc (ce fut au fil des heures une succession de lumière tamisée, ondée, amélioration)
sur le chemin du retour une trouée de lumière sur l'explosion des lauriers..
vaquer un peu et avant de rire avec le Canard, rire coléreux de ce que be pouvons éviter, replier provisoirement (ne l'ai pas complètement lu hier) le dernier numéro du Ravi mais auparavant, comme il ne l'a pas lu et ne pourra peut-être pas se procurer ce numéro (devrait s'abonner, sourire, suis quasiment tenue de dire cela, ils sont toujours sur la corde raide), je recopie la notice que j'y ai découvert avec plaisir concernant le dernier livre de Thomas Vinau le camp des autres paru chez Alma
Thomas Vinau, talentueux écrivain ayant posé ses bagages à Pertuis (84), a choisi son camp : celui de la forêt «devenue le refuge de ceux qui se refusaient à l'homme et de tous ceux que l'homme refusait. Elle est l'autre camp. Le camp des autres.»
Son 4ème roman met en scène, au début du siècle dernier, la légendaire «Caravane de Pépère» traquée par les non moins célèbres Brigades du Tigre. Mais pour une fois il ne conte pas les exploits de la police de Clémenceau mais imagine la rencontre d'un enfant en fuite avec Jean-le-Blanc, contrebandier aussi marginal que savant, puis avec la bande de Capello : déserteurs, bohémiens, voleurs et autres graines d'anarchistes.
La longue et éclectique dédicace, à la fin d'un récit aussi concis que flamboyant, est éclairante. L'auteur y remercie pêle-mêle Jules Valès, Jean Giono, Jack London, Jim Harrison, le Sergio Leone de Il était une fois la révolution, Charles Laughton pour La nuit du chasseur, Tony Gatlif pour Gadjo dilo, Kusturica, Genet, Bukowski ou même l'association la Voix des Roms... Il y a du fond, comme rarement, dans cette fiction. Mais il y a aussi la forme ; et quelle forme ! Thomas Vinau sait à la fois magistralement mener un récit, plus trépidant qu'un épisode de Game of Thrones, et faire flamber les mots.
Gageons que le Camp des autres réchauffera tous les lecteurs.
M.G. (le Ravi a un regard militant sur les livres ou les films)
et puis, à l'heure du thé, comme j'avais entendu, matin, avec un petit choc, que Jean Rouch aurait eu, ce 31 mai, cent ans, comme ont repassé en moi l'image de ses arrivées au cinéma Garance, qui n'existe plus, au rez-de-chaussée de Pompidou (et je me levais sans un mot pour lui laisser la première place à gauche du premier rang, que je ne considérais comme mienne que quand il n'était pas là, pour m'installer au milieu), et le souvenir de toutes les fois où j'étais, dans la salle du Musée de l'homme, petit élément de son auditoire, auditoire intéressé et respectueux mais avec une touche plus intime, plus sympathique que d'ordinaire devant un être de cette envergure, j'ai sorti d'un rayon l'un des DVD que je possède, à vrai dire en l'occurrence un coffret réunissant la plupart de ses premiers films, je me suis fait un petit festival avec un lion nommé l'Américain de 1972, Moi un noir de 1959, la Pyramide humaine de 1961, Jean Rouch raconte à Pierre André Boutang et bien sûr (enfin bien sûr, pas tant, et il y avait si longtemps que ne l'avais pas visionné que le choc était presque intact) les Maîtres fous de 56
avant, avec la caméra silencieuse et la possibilité des plans séquences, les tambours d'avant / Toutou et Bitti de 72
entrer dans un film c'est plonger dans la réalité, y être à la fois présent et invisible comme ce soir... 

4 commentaires:

Marie-christine Grimard a dit…

Bel hommage d'anniversaire !

brigitte celerier a dit…

de beaux souvenirs

Dominique Hasselmann a dit…

Jean Rouch, ethnologue avant la lettre, la caméra au lieu de l'appareil photo et les stylos de Lévi Strauss...
Images toujours frappantes comme sur un djembé.

brigitte celerier a dit…

et un joli mélange de ton très conférencier et de simplicité