dimanche, juillet 30, 2017

Avignon – festival – jour 24 – un raté, un Palomar en papier et une noce,

Un certain nombre de théâtres du off ont fermé le 26, davantage le 28 et ceux qui restent ouverts ne le sont pas pour tous les spectacles, mais ça ne facilité guère le choix (toujours autant de désirs de spectacles, et en plus parfois désir à refouler pour être remplacé par un autre puisqu'il est devenu sans objet. 
Après avoir abandonné un premier choix parce que carcasse pas encore au point, suis partie, parce que le dossier concernant la pièce me tentait, parce que voulais passer chez Benedetto (même si le seul texte de lui programmé ne se joue plus) vers le théâtre des Carmes, et Que faire ? de Michel Bellier http://www.creadiffusion.net/wp-content/uploads/Dossier-Que-faire.pdf seulement, comme nous n'étions que trois ou quatre, ils attendaient avant de décider de jouer que le public s'étoffe un peu... les ai compris, mais j'ai abandonné, fouillé ma mémoire 
et me suis précipitée, à côté vers le tout petit théâtre de l'Isle qui allait donner, avec quelques minutes de retard (lui c'était plein, ce qui compte tenu de la taille du théâtre est assez vite le cas... ) Palomar (le titre m'avait frappé, n'en savais pas davantage)
En fait un joli spectacle (plus que joli même si le troisième texte, le plus philosophique, passe curieusement assez mal, malgré la sobriété à ce moment des plaques dessinées) un castelet, des plaques dessinées et découpées qui glissent les unes sur les autres, et une voix qui lit, avec la sobriété nécessaire, le texte de Calvino
Trois petites formes intimistes de théâtre de papier d’après le livre «Palomar» de Italo Calvino
Compagnie pensée visible - Interpretation, manipulation et construction : Alessandra Solimene et Raquel Silva.
«Un homme se met en marche pour atteindre, pas a pas la sagesse. Il n’est pas encore arrivé»
C’est avec ces quelques mots qu’Italo Calvino résume les aventures et mésaventures de Monsieur Palomar, l’extravagant protagoniste de son recueil. Dans ces trois adaptations en théâtre de papier du Sein nu, du Gorille albinos et de L’Univers comme miroir, la finesse des images réalisées par Alessandra Solimene s’associe à l’exquise prose de l’écrivain italien.
Avec en ouverture la lecture d'un passage de si par une nuit d'hiver un voyageur et en clôture quelques lignés tirées de Cosmicomics
.
mais comme c'est beaucoup plus court (un peu moins d'une heure contre une heure quarante) je me trouvais avec un battement beaucoup plus long que prévu avant le spectacle retenu depuis longtemps au théâtre du Roi René (à dix neuf heures quarante cinq)... 
alors j'ai marché, j'ai regardé, je me suis plantée en rêvant ou tentant de penser au milieu de la rue, j'ai demandé pardon, j'ai continué,
et suis allée finalement m'asseoir dans le calme du jardin qui prolonge celui du théâtre des Halles (des applaudissements sortaient du chapiteau de l'autre côté de l a barrière) pour lire tranquillement, en finir avec les textes de Théophile de Viau regroupés par Pauvert, ce petit livre qui aura fait, quelques pages par quelques pages, bon nombre de queues pendant le festival..
et puis ai regagné, rencontrant deux des dernière parades qui se croisaient, vers le théâtre du roi René, un café bouillant
une longue attente, et, dans la magnifique et décrépite salle dite de la reine la noce de Jean-Luc Lagarce
sur programme (ne la connaissais pas)
Ils forment cinq entités abstraites, puis une sorte de meute. Cinq être rejetés, à la frontière de la Noce, cet événement indistinct, rite social, sorte de fête funèbre dont on ne sait rien, ou presque, une seule chose mais fondamentale : ces cinq là n’y sont pas invités.
Ce qui est convoqué alors par l’auteur ce sont des identités disparates, dont une narratrice. Autour d’elle, l’enfant, le Monsieur, l’Homme, la Femme, la Dame, comme paumés sur un champ de mines, exclus du regroupement social. Ils vont s’approcher, se rebeller contre cet état de fait, cette injustice, peut-être formeront-ils alors une meute, pour pouvoir entrer, pénétrer le sacrosaint espace de la fête sociétale. Ils vont ruser, se rapprocher, intégrer la fête coûte que coûte, piller.
Cela va dégénérer, se casser la gueule de partout, parce que ces cinq là, une fois dedans, n’y éprouvent pas la satisfaction fantasmée. Ils s’y lâcheront comme on lâche les chiens, parce que c’est ce que tout un chacun devient vite dans ces circonstances, plongé dans la foule, rapetissé à force d’être en groupe, chacun rabaissé au dénominateur commun du plus dangereux et du plus bête. C’est ce qu’ils sont ces cinq là, des animaux sociaux, des chiens comme tout le monde.
Pour une toute petite idée de la chose
une très belle interprétation, une mise en scène efficace de Pierre Notte, un petit regret, c'est que parfois cela dérive un peu trop vers le Buñuel de Viridiana, avec un contraste peut être un peu trop marqué avec la langue soigneusement correcte, appliquée même, que Lagarce prête à ses personnages (enfin suis sans doute fatiguée)
et sagement, malgré des envies mais qui auraient nécessité marche en rond, plus ou moins, ou retour et départ éclair, suis rentrée dans l'antre.


7 commentaires:

Arlette A a dit…

Même si le festival s'épuise. .tu es toujours en désirs Bravo

Dominique Hasselmann a dit…

Comme Avignon, Uzès se vide aussi, en attendant l'arrivée des successeurs d'août.

Il est bien que la CGY se remette au théâtre : il y a du pain sur les planches !

brigitte celerier a dit…

Arlette, plutôt en sentiment de culpabilité...

Dominique la Bourse du travail a toujours été participante au off (ai même souvenir très ancien d'avoir été accessoire d'une troupe en résidence (les accompagnant dans les fermes à la recherche ravitaillement)
et puis en lien avec les syndicats je crois il y a le théâtre de la rotonde je crois... et un mini contre-festival pas si contre à la Barthelasse

brigitte celerier a dit…

j'oubliais les spectacles de la Maison IV du chiffre et ceux de l'ancienne caserne de pompiers, pas syndicalistes mais engagés

jeandler a dit…

Le monde comme un chenil... Rien d'étonnant que les chiens aboient quand passe la caravane. Belle métaphore à poils longs ou courts ?

Godart a dit…

Déjà un parfum de festival buissonnier.

Hue Lanlan a dit…

et le plaisir toujours de suivre le festival au fil des jours à travers vos pages avec presque l'illusion d'y être ;-)