samedi, juillet 08, 2017

Festival – jour 2 – frustration devant danse de la vie ordinaire - et une souffleuse en fin de journée

matin, réveil en mélange de plaisir de ma journée de la veille et découragement devant la tenue de paumée... et puis broutilles, lavage cheveux, repassage, déjeuner un peu trop, vraie sieste et humeur quasi guillerette (sauf prise de conscience de la journée d'enfer, ou presque, que me suis préparée pour samedi, et recherche de solutions)
et puis vers dix sept heures, remplacer short et voeux tee-shirt par jean et chemise et partir au long de la rue Joseph Vernet en me frayant passage dans le mur de chaleur, 
en saluant Keith Harin dans le jardin de Lambert (une des expositions à voir en août ou septembre), en trouvant ombre sans beaucoup plus de fraîcheur boulevard Raspail, jusqu'au Lycée Mistral et son gymnase..
un moment d'attente dans le bruit des cigales, une rencontre agréable,
pénétrer, brumisateur en main pour franchir choc de cette clim que je redoute (d'autant qu'à cause du plan terroriste ou plutôt anti.. qui veut que les places sont numérotées ici aussi je me trouve dans le vers le haut des gradins et pas très loin du centre - au lieu de ma place habituelle à côté de la sortie) 
mais attente au coeur, pour assister à Scena Madre d'Ambra Senatore (derrière ce beau nom une chorégraphe italienne que ne connaissais pas, shame, patronne du Centre chorégraphique de Nantes, depuis un an et demi) Dans son travail, le quotidien - observé à la loupe - travaille et se décale jusqu'à ce que le geste se «fictionalise» et la dramaturgie de la danse se «théâtralise»
je reprends une des photos de Bastien Capela (il y a aussi sur le site du festival une vidéo avec une dame, enfin avec Ambra Senatore parlant avec force expressions, un beau visage mobile, mais sans qu'on l'entende, pendant que des gens s'agitent et qu'on entend des voix venues d'on ne sait où) qui est plus que je n'en ai vu
et, paresseusement quelques phrases de la présentation du spectacle sur la même page http://www.festival-avignon.com/fr/spectacles/2017/scena-madre
Suites de scènes de la vie. Successions de quotidiennetés et d'insolites. Sur un plateau presque vide, une rue apparaît, puis un naufrage, puis une cafèt' d'entreprise ou encore... La chorégraphe italienne Ambra Senatore cultive la surprise et nous parle des décalages et de l'humour qui prennent le pas sur le réel mais aussi du mouvement qui se poétise quand le langage peine à dire... Strates de sens, couches de dialogues et accumulations de gestes se superposent pour finir par un éclatement. Il s'agit d'une succession de trop pleins et de silences qui naissent tous d'une même matrice : la scène-mère...
Tout ceci, et ce que la chorégraphe dit sur le programme de salle était fort intéressant me semblait-il, devait l'être d'après la réaction du public, mais la frustration n'en étzit que plus grande, parce que si j'ai perçu à partir de la moitié, quand mon humeur était bien rogue, après des aperçus sur des corps entre les deux nuques et le chignon qui occupaient à peu près tout mon champ visuel sans pouvoir avoir la moindre idée des mouvements des danseurs, de leur nombre sur scène, de leurs interactions et de la chorégraphie des déplacements.. si donc j'ai fini par percevoir avec la musique, des bribes de phrases, répétitives qui disaient banalité branchée de bon ton (un rien rebatu que le traitement, qui continuait à m'échapper, sauvait) l'exaspération jointe au malaise mal réprimé de la clim (migraine) me donnait furieuse envie de sortir... ce que me suis résignée à faire, avec le plus de discrétion possible, dans un trou et passage au noir, qui s'est révélé être la fin (petite absurdité qui m'a déridée)... Je ne saurais donc parler de ce spectacle avec objectivité.
Retour à pas de plus en plus grands et fermes pour évacuer ma rogne. Arroser, faire cuire patates, rédiger et mettre en place ceci, me rafraîchir, endosser une tunique un peu plus raffinée que le coutil bleu pour le sourire, et repartir
en flânant presque pour être une demi-heure à l'avance comme recommandé,vers un spectacle qui me semblait désirable, dans le cloître de... (et là ma foi j'ai fait se télescoper le Cloître des Carmes et une conversation de l'après-midi au sujet des Célestins, vers lesquels suis partie tranquillement)
Passées les tables et l'animation de la place des Corps Saints, n'ai pas vu l'ombre d'un spectateur, ai plongé la main dans mon sac et en même temps pensé = -o courge, c'étaient les Carmes – bon affolement, maîtrisé et tous records battus, 
suis arrivée à dix heures moins dix, avec sans doute bouille de travers – et en fait à cause des retardataires le spectacle a commencé à dix heures 20 – l'heureuse surprise de découvrir que j'étais au premier rang, devant les arcades voilées de toile grège, entre les contreforts, un plancher irrégulier, entre les lattes duquel poussaient des herbes filles, que le vent qui nous visitait à ce moment, bruissait, mais nous touchait à peine, faisait danser mollement.
C'était Sopro ou souffle un spectacle de Tiago Rodriguez dont suis bien trop lasse (et puis pas envie de faire le détail au risque de détruire, parce que j'ai senti quelques passages un peu long) pour dire simplement qu'il avait la grâce, que c'était souvent drôle, souvent profond, intelligent, que les acteurs étaient beaux et très bons, que des fragments de pièces s'invitaient et intervenaient peut être dans la vie de la directrice , des acteurs... que la souffleuse pouvait être l'une des trois actrices qui prenaient en charge une de ses facettes, mais pouvait également devenir Ismène ou la petite fille qu'elle avait été (la souffleuse) et que le portugais est une si belle langue que, ne le comprenant pas, on trouve encore plus miraculeux les mots de la traduction qui s'affiche.
Pour éclairer un peu la chose, je reprends une partie du texte
Quand le théâtre serait en ruines, quand ne resterait rien des murs, des bureaux, des coulisses, des machines, du décor, quelqu'un subsisterait : le poumon du lieu mais aussi du geste théâtral, le souffleur. Les voix, les sons, les musiques qui d'habitude habillent la scène sont maintenant en retrait et la respiration du théâtre entier, ce que personne n'entend, pour une fois, est devant. Gardienne de la mémoire et de la continuation, une femme a passé toute sa vie dans ce bâtiment où chaque jour on a joué, où on s'est réuni. Ce soir, elle souffle ses histoires, des vraies, des fausses, toutes écloses au théâtre. Elle est à vue, en scène. Tiago Rodrigues sort de sa boîte, de sa «maison», ce métier en voie d'extinction et convainc celle qui n'a toujours eu que le bout des doigts sur scène de venir «souffler» une époque disparue... On en vient à avant ; avant que le texte existe, avant que la voix porte, dans un jeu d'avant-jeu où le théâtre prend sa grande inspiration.
Il y a aussi une vidéo, de la création hors Avignon sur http://www.festival-avignon.com/fr/spectacles/2017/sopro
Saluts, et une Brigetoun toute joyeuse et requinquée revenant vers l'antre à travers la ville s'attardant dans la chaleur de l'été
Demain une journée qui me fait un peu peur, pas certains de ne pas offrir mon billet pour le spectacle Py à la Fabrica si quelqu'un assistant au premier spectacle le désire...

4 commentaires:

jeandler a dit…

Des hauts et des bas et déjà la tête tourne. Courage, ça ne fait que débuter !

Dominique Hasselmann a dit…

Le théâtre demande du souffle (mais il me semble que cette fonction a quasi disparu, non ?)... vous avez pu rattraper votre confusion entre deux cloîtres, il y en a trop à Avignon !

Quitter une pièce en cours de route, pourquoi pas ? On n'est pas là pour se faire suer (bon courage pour la chaleur !)...

brigitte celerier a dit…

mon problème n'est pas tellement la chaleur que le passage brusque de la chaleur au froid rigoureux et la crispation d'angoisse de carcasse quand je sais qu'en cas de brusque besoin de m'échapper (depuis opération d'il y a onze ans) je dérangerais quinze personnes... plus la non tenue en compte de mes forces plus toutes jeunes pour un marathon de vingt deux heures comme celui prévu aujourd'hui, bon je go (et vais peut être donner un billet pour le plus gros)

mémoire du silence a dit…

Deux mots me viennent en vous lisant :
Ténacité et Liberté

Belle journée à vous
et beau festival