lundi, octobre 23, 2017

Pétrarque au lieu de la rencontre

jour de fraîcheur bleue, jour d'antre, lavage cheveux, web, Lutz Bassmann un gros peu, aspirateur, l'adieu à la Russie un très gros peu, le reste pour un peu de rapassage et d'histoire de Vichy...
Et puis départ joyeux, dans un petit vent qui amenait des nuages, vers le théâtre des Halles pour aller écouter Alain Timar, accompagné par la voix et la guitare de Vincenzo Lo Lacono, guitariste souvent rencontré dans Avignon (né en 1956 à Castell'Umberto, petit village de la vallée des Nebrodi en Sicile, n'avait pas quinze ans quand se voua à la musique... selon le Midi libre – bon musicien et homme sympathique d'après Brigetoun), lire Pétrarque dans ce qui reste du couvent où il rencontra Laure, le couvent des religieuses de Sainte-Claire.
Arrivées à Avignon vers 1239, leur établissement fut reconstruit au XIVe siècle, comme les autres couvents d'Avignon. Pétrarque a raconté que c'est dans leur chapelle qu'il vit pour la première fois Laure, en 1327. On se rappelle la note profondément émouvante qu'il a inséré au verso du feuillet de garde de son Virgile, aujourd'hui conservé à la Bibliothèque Ambrosienne à Milan... «Laure, remarquable par ses vertus propres, et toujours célébrée dans mes vers, est apparue pour la première fois à mes yeux, au temps de mon adolescence, en l'an de grâce 1327, le 6 avril, en l'église Sainte Claire d'Avignon. Et dans la même ville, au même mois d'avril, le 6 également, mais en l'année 1348, elle a été arrachée à la lumière du jour, alors que j'étais à Vérone, hélas ! ignorant ce coup du destin...» (Joseph Girard – Evocation du vieil Avignon – Editions de Minuit)
En fait, Timar, au service de Pétrarque et de son invité, à droite de la scène lisait un poème, une missive de Pétrarque (mais aussi quelques phrases de Montaigne et un poème de Dante) et Vincenzo Lo Lacono, au centre de la scène, enchaînait en le chantant ou en enchaînant en italien sur la dernière phrase, les derniers mots prononcés, en son parlé-chanté de troubadour
(mais je l'aimais mieux en vrai que sur cet enregistrement... d'autant que s'ajoutait le silence amical du public et de Timar)
Grand plaisir
et retour dans le frais de la nuit jeune.
Pour en revenir à Pétrarque, le premier poème de la soirée, LXI
Béni soit le jour, et le mois, et l'année, et la saison, et le temps, et l'heure, et l'instant, et le beau pays, et l'endroit où je fut rencontré des deux beaux yeux qui m'ont enchaîné ;
Et béni soit le doux premier tourment que j'éprouvai étant réuni avec Amour, et l'arc et les flèches qui m'ont percé, et les blessures qui vont jusqu'à mon coeur.
Bénies aussi les paroles sans nombre que j'ai proférées en invoquant le nom de ma dame, et les soupirs, les larmes et le désir qui m'ont affligé ;
Bénis soient tous les écrits où je lui acquiers de la gloire, et mon penser qui ne connaît qu'elle seule, si bien que nulle autre n'y a de part.
dans la traduction du comte Ferdinand L. de Gramont (seule que j'ai, éditée par Gallimard), qui ne semble pas être celle utilisée par Alain Timar (pas certaine)


6 commentaires:

ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ a dit…

Une petite histoire de Sainte-Claire.
Il y a quelques années, je vidais un grenier tout en haut de notre maison et sortais un carton à dessins qui contenait des gravures.
Parmi ces dernières j'étais émerveillé par un "chromo" (une ancienne chromolithographie) de grande taille aux riches couleurs et à la belle brillance, conservées par leur long séjour à l'abri de la lumière. Il représentait Sainte Claire.
N'étant pas attiré spécialement par les "bondieuseries", je me demandais qu'en faire, quand je pensais que les gens qui habitaient la porte à côté sur le même palier étaient des espagnols pieux.
J'allais donc frapper à leur porte avec mon chromo.
Madame m'ouvrit. Je lui montrait l'image. Elle ouvrit de grands yeux émerveillés. Je lui offrit, elle me remercia vivement. Nous rentrâmes chacun de notre côté. Je pensais que nous en resterions là.
Or, quelques minutes plus tard, elle vint frapper à son tour à la porte du grenier où nous étions toujours au travail, avec à la main un calendrier qu'elle me pointa du doigt : nous étions le jour de la Sainte Claire.

brigitte celerier a dit…

une sainte douée !

Dominique Hasselmann a dit…

Sans doute un grand plaisir que d'entendre cette évocation de Pétrarque (en)chantée...

J'ai toujours "L'Ascension du mont Ventoux" de ce cher auteur, je me souviens avoir même écrit <a href="http://www.larevuedesressources.org/l-ascension-du-mont-ventoux-de-petrarque-des-sentiers-qui-menent-quelque-part,664.html>un petit texte</a> sur celui-ci, il y a déjà quelques années...

brigitte celerier a dit…

je me souviens de votre billet (et j'ai l'ascension dans ma bibliothèque)

jeandler a dit…

Un saint lieu pour une rencontre avec plus de délicatesse qu'aujourd'hui.

brigitte celerier a dit…

oh les premiers regards doivent être souvent aussi délicats aujourd'hui