vendredi, décembre 15, 2017

des lumières et Daeninckx

En début de soirée m'en suis allée, de lumières en presque lumière,
vers le Chêne noir
pour un «cabaret littéraire» avec Didier Daeninckx animé par Gérard Audax
En attendant de voir comment le public se distribuait autour des tables, en attendant qu'il se fasse servir (liquide et pour certains solide), en attendant mon café et de choisir ma table me suis, avec ma retenue actuelle, et parce que j'en avais entendu parler ou lu un passage ces jours-ci, offert son petit livre sur Saint-Alban (parce que Saint Alban, aussi) Bonnafé, Eluard et Denise Glaser, Caché dans la maison des fous.
Comme bel hors-d'oeuvre il y a eu la lecture par Aurélie Audax, à laquelle je venais d'acheter mon petit souvenir, d'une nouvelle inédite, commençant par le souvenir des camps pour les roms pendant la guerre (mais jusqu'en 1946) et de l'oncle du narrateur, un peu fou, ou plus étrange et audacieux, jouant avec obstination jusqu'à gagner une très grosse somme à je ne sais plus quel jeu de grattage et l'investissant dans un geste superbe : un 31 décembre des remorques entrant dans Paris, se répartissant, et à minuit l'ouverture des portes desdites remorques d'où sortent de milliers de poules et poulets pendant que l'oncle avec un porte-voix crie aux passants et fêtards «voilà on vous les rends toutes les poules volées».. enfin c'est beaucoup mieux que ça bien entendu.
Et puis pendant plus de deux heures écouter Daenickx, relancé, interrogé par Gérard Audax... et juste quelques mots qui ne peuvent rendre tout ce qu'il a évoqué, avec humour, colère sourde et souvenir des luttes, des admirations et compagnonnages, le premier livre, Charonne et Papon, la Corvée de bois, toute cette époque que les plus jeunes ne peuvent connaître, que j'ai vécue, en marge (j'étais en chemin, tout près, en émancipation - amour intact - de ma famille et mon milieu), que j'ai côtoyé de plus ou moins loin ou que j'aurais aimé connaître, les ouvriers du livre, la banlieue nord, la famille paternelle proche de l'anarchie de banlieue et la famille maternelle communiste, les rencontres, le Masque après la mort de Pigasse, la Série noir et ses fondateurs, Détective dans les années 30, Pasqua, Prague, les chars, et le trou dans lequel se sont senti tomber des militants, Manoukian, l'écriture avec au détour d'une phrase sur la position de l'écrivain, vu de l'enfer si me souviens bien, François Bon, la littérature jeunesse et sa mue, Manchette, Steinbeck, Dos Passos et Echenoz, les dirigeants communistes en banlieue et leur double langage en 1981, la Nouvelle Calédonie et les cases-bibliothèques, tant et tant d'autres choses... un livre prévu pour l'année prochaine réunissant en mille pages des nouvelles déjà publiées, alliant récit policier et histoire, dans l'ordre chronologique des faits, dressant ainsi une histoire de France depuis les années 1890.
Et puis après la lecture d'une autre nouvelle par la jeune femme, en clôture, un échange entre les deux hommes, à partir justement de Caché dans la maison des fous, et l'histoire de Saint Alban, avec une allusion à l'actuel retour en arrière, là j'ai aimé, reconnu, découvert mais rien noté... et puis ma pagailleuse évocation est bien assez longue.
Je me suis extirpé deux ou trois phrases pour le remercier, au passage, d'avoir réveillé ces années anciennes (60-70 et puis la suite), le public s'est fait servir de nouveau, des groupes se sont formés, discutant, ai fait – première fois que ça m'arrive – dédicacer mon livre (son écriture est plus belle que mes gribouillis bien cachés sur les dernières pages – en marge de «du même auteur» - d'où j'ai essayé de tirer ce qui précède, sauf que ne pouvais me relire) ai échangé quelques mots avec un groupe de fumeurs

et puis m'en suis revenue bien sagement.

11 commentaires:

Denis Couet a dit…

Grande émotion, la lecture de « Caché dans la maison des fous ». Haut lieu, grande époque, superbes personnages qui manquent de nos jours, pas seulement en psychiatrie.

brigitte celerier a dit…

lu cette nuit, sauf les dix dernières pages gardées pour aujourd'hui

jeandler a dit…

C'était cela nos plus belles années !

brigitte celerier a dit…

ce n'était pourtant pas temps si calme

Arlette A a dit…

Suis ignorante...mais cela fut beaux échanges pour toi

brigitte celerier a dit…

suis très ignorante mais ce fut un très bon moment (et l'impression par moment d'avoir à nouveau seize-dix sept ans à Montparnasse, l'Observatoire et boulevard Saint Michel, quand mes petites colères sont devenues une colère)

Françoise Dumon a dit…

Pour l'avoir aussi rencontré il y a quelques mois, j'approuve, un homme passionné et passionnant, que l'on resterait à écouter des heures et des heures. Pas seulement à cause des connivences d'époque.

Dominique Hasselmann a dit…

Merci, Brigitte, pour ce passage auprès de Didier Daeninck.
Je me suis souvenu de l'avoir rencontré et interviewé à Montreuil (pour remue.net) il y a de cela quelques années.
Il devient rare de rencontrer des écrivains engagés... autrement que dans le formalisme ou le classicisme revisité.

brigitte celerier a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
brigitte celerier a dit…

si engagé que cela semble naturel, comme une partie de sa personnalité, nécessaire

Anonyme a dit…

Encore pris du retard chez vous Brigetoun :-) mais l'évocation du livre "Caché dans la maison des fous" me fait réagir. Je me le suis procuré en apprenant lors du décès de Denise GLASER, qu'elle y avait été accueillie et St ALBAN se trouve en Lozère comme vous le savez :-)) En tout cas ce devait être un délicieux moment que la lecture faite par l'écrivain lui même ! Merci à vous pour tout ces partages, ça fait se sentir moins "bête" lol

Flore ^_^