jeudi, février 22, 2018

De l'incapacité de penser profondément

En vaquant, lavant un pantalon, un chandail, du linge et Brigetoun, la coiffant, débarrassant le lit d'un drap très laid retrouvé au fond du coffre en rangeant et utilisé pour la seconde fois en vingt ans pour me punir et me désoler de ce choix bizaroïde dans la boutique soldant du linge qui n'existe plus rue Saint Martin entre le libraire et la rue des Lombards (ne sais ce que j'avais vu à Pompidou, et si cela m'avait influencée), je cherchais à renouer avec l'idée qui avait percé, timidement, en lisant avant de tomber dans le sommeil le texte de la dernière proposition de l'atelier de François Bon #3 le «comment j'ai fait» de Marguerite Duras http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4735 , ai bifurqué, s'est infiltré dans la nouvelle ébauche d'idée mon souci pour trois amis, virtuel, réel, ou aimé familier, leur ai parlé à sens unique, ai voulu revenir au comment j'ai fait, ai senti combien j'avais froid, ai vu que j'étais en retard, a passé un enfant, en portant les draps jusqu'au sac ai pensé qu'il était trop tard, sans doute, pour aller chez le teinturier-blanchisseur et que j'étais définitivement illégitime pour dire «comment j'ai fait» dans la mesure où c'était comment j'ai créé et ce que cela entraîne comme exigence, besoin et puis que besoin il y avait chez moi au fond mais qui ne saurait être regardé comme admirable, et que je ferais mieux de sortir dans l'après-midi, qu'il fallait que je fasse mes comptes parce que j'étais devant la petite liste de trois livres désirés – incursion d'une blogueuse devenue silencieuse et des satires d'Horace – et que je pourrais en profiter, mais qu'au fond, si il m'arrivait de faire, brimborions etc.... à vrai dire tout ceci se chevauchait et incorporait des bribes de ce qui sortait de la radio et le ternissement d'un bougeoir – me suis assise devant l'ordinateur et me suis plongée dans ce que trouvais avant de me mettre à la cuisine.
Après une sieste d'une heure ai mis liste dans la poche de ma parka, ai empoigné le sac de linge, posé dedans mon appareil, suis partie dans la lumière
ai rentré mes épaules pendant qu'une rafale pénétrait, glaciale, la parka, les deux chandails, le petit débardeur de soie et une partie de ma chair, ai fermé ma bouche pour ne pas avaler l'air qui voulait y entrer et relevé les coins de la dite bouche pour affirmer ma joyeuse détermination et continué
après avoir échangé draps sales contre draps propres et un pantalon dadame (un des deux qui ne sont pas en velours et ne viennent pas du rayon garçonnet de Monoprix) et par le Vieux Sextier et la place Pie ai rejoint «la mémoire du monde», ai commencé à circuler le long des tables et puis, comme ne voulais pas être tentée, ai simplement sorti ma liste... la Corderie de Christian Grossi n'était pas là, je l'ai commandée, la vie princière de Marc Pautrel est déjà en réimpression...
suis revenue, m'arrêtant en route pour le Canard et des cigarillos, avec un monument à poser là où pourrais le prendre, le reposer, pour des lectures fractionnées, le gros et beau bouquin qui contient la traduction par Marie Cosnay des Métamorphoses d'Ovide, et le feuilletant immédiatement, avec mon thé vert à l'orange (un délice vivifiant) je cueille le début du Livre II

Le palais du Soleil était tout en haut, sur les colonnes de l'air,
clair, d'un or qui palpite, d'un cuivre de feu.
L'ivoire brillant couvrait le faîte du toit,
les doubles portes irradiaient une lumière d'argent...

La nuit est là.. ai envie d'un vieux film léger, vais chercher, mais avant encore un peu d'Ovide...

8 commentaires:

Claudine a dit…

Il fait bien envie ce pavé

brigitte celerier a dit…

genre : livre de fond

Dominique Hasselmann a dit…

Cela semble logique : être avide d'Ovide.

Arlette A a dit…

A garder près de soi..
ADMIRATION renouvelée pour ton écriture. .un roman de brimborions , moi qui privilégie le style télégramme Bravo Amie cela fait du bien de te lire

brigitte celerier a dit…

Dominique oh ! (sourire) un peu comme une boite de délices à déguster lentement mais là, prête à servir

brigitte celerier a dit…

Arlette merci amie (peut être un peu en roue presque libre)

Laura-Solange a dit…

J'ai eu plus de chance que vous : ai trouvé hier Corderie de Christophe Grossi! et j'ai aussi à portée de main le beau livre traduit par Marie Cosnay....

brigitte celerier a dit…

je me console parce que j'aime bien (et ne vais pas assez, je passe par éditeurs ou occasions sur Amazon, budget de retraitée de plus en plus rétréci) que j'aime bien rendre visite à ce couple de libraires, et parce que j'ai deux lectures auxquelles je tiens et qui mérite lecture lente avec détours en cours - gardé de mon époque de travail obsédant l'habitude de garder les lectures importantes pour la nuit alors ça dure….