lundi, mars 05, 2018

L'irrécupérable, et quelques italiens d'avant 1430

Brigetoun est une des pires gourdes quand il s'agit de tâches ménagères, et je n'ai toujours pas appris à presque soixante seize ans à changer avec la prestesse et l'aisance de tout être humain normalement civilisé une housse de couette… J'étais, ce matin, spécialement en forme et l'opération consistant à passer du lit défait par la nuit
à un lit paré de neuf, après dépose, et mise en place de deux draps, d'un boutis, et, par dessus – je sais, c'est pas comme ça, mais pour moi si, les couettes ne sont arrivées que tardivement dans ma vie et je tiens au drap bordé pour m'endormir en sécurité – de deux couettes vêtues de nouvelles enveloppes, m'a pris près de trois quart d'heures, avec grognements, méditation, crises de fou-rire etc... avant d'en venir à la douche et au lavage de cheveux.
Comme me suis attaquée au repassage de six chandails, trois pantalons, une chemise de nuit et divers affûtiaux, au passage de l'aspirateur réglé au maximum de sa puissance de succion pour en faire exercice sportif, avec massage maladroit et prolongé de mes reins... comme j'ai après une courte sieste entrepris de bricoler une petite «vidéo», si on peut appeler ça ainsi, pour http://brigetoun.wordpress.com, qu'il m'est venu l'idée d'une petite histoire, entamée et abandonnée au bout de quinze lignes,
c'est un peu avant six heures que j'ai entrepris d'enregistrer, identifier, avec quelques recherches minimales qui m'amusaient ou me semblaient nécessaires, les images prises dimanches une fois passée dans les salles de peinture, 
accueillie par un Christ de l'école des Berlinghieri – 13ème siècle, Lucques – qui garde le souvenir des byzantins (aimerais tant voir la pala de San Francesco de Pescia, oeuvre de l'un des fils Bonaventura après avoir lu cette description : au centre Saint François debout, les yeux brillants, d'une maigreur extraordinaire, de chaque côté trois épisodes de la vie du saint (comme il se doit pour une pala) oeuvre... d'une incontestable originalité... une des premières traductions plastiques de la sensibilité franciscaine. (mon vieux dictionnaire de la peinture italienne, édité par Fernand Hazan)
L'image suivante, en entrant dans le 14ème siècle, était celle de cette vierge à l'enfant de Paolo Veneziano – Venise (connu de 1324 à 1358) et je décide – cela sera encore trop long - de me limiter aux peintres morts avant 1430, parce que cela correspond à peu près au renouvellement de génération tel que l'indiquent la succession des salles du musée.
Je vais également je crois en rester aux images et à la mention relevée sur le cartel, mais fais une première entorse pour ce petit calvaire de l'atelier des Lorenzetti, parce qu'à tort ou à raison j'ai pour lui une petite tendresse provoquée par sa légèreté un peu gauche et pas uniquement parce que c'est Sienne et que ce nom me rappelle les oeuvres des deux frères devant lesquelles ai médité à Sienne, Pietro - mort en 1348 - avec le christ ressuscité, grand, frontal, grave et souple à la fois, visage doux et linceul rejeté sur le bras comme une serviette de bain, la pala del carmine, d'autres qu'ai oubliés et Ambrogio, le petit frère, pour les fresques du bon et du mauvais gouvernement du palais ducal mais aussi des vierges et puis ce petit paysage avec château et lac dont j'ai gardé une reproduction (m'a servi pour un ce serait)
un sage, bien entendu, Saint Thomas d'Aquin de Jacopo del Casentino (Florence) – je me suis limitée aux oeuvres que les reflets n'attaquaient pas trop sévèrement, avec quelques exceptions, ou en gardant juste des détails à peu près exempts.
le calvaire avec six saints de Giovanni Bonsi (florentin encore, connu de 1351 à 1371, belle maîtrise pour son jeune âge si les dates sont exactes- wikipedia lui le fait vivre, dans la version allemande de 1348 à 1376 et la BNF de 1351 à 1375) quant à moi j'aime ces visages longs, un peu hallucinés des femmes, et le rouge du manteau de la Madeleine aux cheveux d'or roux.
une vierge à l'enfant de mon bien-aimé Taddéo Gaddi (Florence 1327 – 1355) avec la robustesse terrienne, la presque géométrie qu'il donne à ses personnages (tristesse l y a de cela moult années, lors de mon dernier passage à Florence, de ne plus pouvoir m'asseoir tranquillement, comme dix ans auparavant, dans sa chapelle à Santa Crocce, la foule étant canalisée par un chemin entre guirlandes et devant impérativement circuler)
ce tout petit détail comme une petite gourmandise abricotée que me laisse la lumière qui me bouffait la grande composition (vierge d'humilité, annonciation, nativité et crucifixion) de Puccio di Simone (Florence puis, en 1353, les Marches)
et là tant pis pour les fenêtres qui avalent les quatre prophètes je garde parce que c'est Sienne et c'est Avignon et que Simone Martini est chez lui ici.
la saveur douce-amère, la tête courbée, le large poitrail, la stylisation, l'or pâle, les deux anges-moustiques du Christ de pitié de Giovanni Baronzio da Rimini (connu à partir de 1343, mort avant 1362)
aimés pour leur allure, pour la Madeleine, belle ragazza blonde vêtue de rouge appliquée au sauvage Jean Baptiste, et pour le souvenir de l'intéressante exposition qui rapprochait ce panneau d'Angello Puccinelli (Lucques – fin du 14ème siècle) de son vis-à-vis Sainte Catherine et une évêque, exposé à Newark dans le Delaware, détaché comme lui du même triptyque https://brigetoun.blogspot.fr/2012/03/du-bois-de-la-toile-quelques-clous-des.html
et puis les siennois, avec le Saint Pierre à la gentillesse inquiète serrant, dans une lumière fruitée, ses clés sur son coeur de Taddeo di Nartolo (vers 1362 - 1422)
le tendrement velu Saint Jean Baptiste de Paolo du Giovanni Fei (1369-1411 on mort sur le 15ème), la douceur des tons, la fourrure du torse, la douceur siennoise, la tentative de raffinement du fond
la sagesse bourrue (un type que l'on retrouve de peintre en peintre, de tableau en tableau) du saint évêque d'Andrea di Bartolo (Sienne toujours 1387-1428-
désolée d'être aussi longue, mais pardonnez moi, paumée est aussi mon pense-bête.. je continue avec ce détail aux tons dignes d'un siennois d'un Saint Barthélémy de Cecco di Pietro (Pise, fin du 14ème siècle)
un sombre et sévère mais glorieux (le peintre étant l'un des plus connus de son époque à Sienne) Saint Jean l'évangéliste de Bartolo di Fredi dit Battilori (1330 - 1410)
Au centre d'une salle, nous dominant et légèrement penché pour me voir le grand crucifix gris verdâtre de futur cadavre sur un ciel d'or où volent de petits anges de Lorenzo di Bicci (Florence 1370 – 1427)
dans la même salle, un détail d'un petit panneau allongé attribué à Mariotto di Nardo (Florence) , avec la saveur que donnent ces peintres aux vies de saints (ici Saint Laurent)
un tendrement sage évangéliste et un évêque un peu trop douçâtre de visage dont je n'ai pas noté l'auteur
le seul détail que les reflets aient respectés de la série de scènes de la vie du Christ de Mariotto di Nardo de nouveau
un autre calvaire que j'aime pour l'échange du regard entre le crucifié et sa mère, pour l'ange qui vole pour recueillir le sang de la blessure par la lance, pour l'équilibre de l'image, oeuvre d'Agnolo Gaddi (Florence vers 1350 – 1396, le fils de Taddeo)
une douce vierge de Gherardo Starnina (Maître du Bambino Vispo – Florence mort en 1408 que je garde dans le trecento) tournée vers un autre tondo d'où l'ange lui annonce qu'elle sera mère
sautant un grand retable, sautant deux saints dont je n'ai pas noté l'auteur, parce qu'ils appartiennent, surement pour le retable, indubitablement je pense pour les saints, au 15ème siècle, et pour en finir, le haut (avac le grouillement de la troupe d'anges en vol) et le bas (la vierge pâmée et le soldat au centre tête levée vers le mort) - je ne voulais pas d'une grande photo prise de loin qui avalerait la saveur, à mes yeux, des détails et j'ai négligé, n'en gardant que des traces, le registre central - la très chargée mais très charpentée crucifixion du Maître du crucifix de Pesaro puisque ce vénitien a été actif à la fin du 14ème siècle.

Vous supplie de m'excuser si êtes descendus jusqu'ici.

14 commentaires:

casabotha a dit…

Vous avez le sommeil agité et la journée vagabonde en dorures.

Claudine a dit…

Précieux pense-bête

Dominique Hasselmann a dit…

Changer une couette peut être un... calvaire si on n'a pas trouvé la méthode "miracle" figurant sur Internet !

Et alors, ça ne prend pas plus de temps que de regarder une vidéo pas trop longue...

brigitte celerier a dit…

merci Claudine… mais crois que vais scinder en petits bouts la suite du pense-bête

brigitte celerier a dit…

Dominique, faut que je cherche alors
maintenant ce ne serait plus drôle sans doute (sourire)

jeandler a dit…

Dans certaines salles il serait opportun de fermer les rideaux pour éviter les reflets sur les œuvres... On se demande si les metteurs en scène ont fait la visite !

Arlette A a dit…

Ravissement de retrouver ces ors et beaux visages tu les animes bellement..
Couettes ..nennije n' aime pas du tout , juste accepte un édredon

brigitte celerier a dit…

il y aurait les reflets des lumières… et puis on se priverait des vues sur le Rhône, l'emplacement est assez splendide

brigitte celerier a dit…

Arlette je les utilise en édredons (et du coup, je l'avoue, je ne change pas la housse toutes les semaines)

Christine Zottele a dit…

commencer par le changement hilarant de housse de couette et finir par le grouillement d'anges dans le ciel, vous seule en êtes capable et pour notre plus grand plaisir! Merci Brigitte!

brigitte celerier a dit…

Christine, la vie comme elle va

époké a dit…

Peintures somptueuses!

brigitte celerier a dit…

il s'agissait pour les commanditaires et souvent les peintres de célébrer la gloire de Dieu (et pour les commanditaires, fréquemment, en passant, leur propre gloire)

tanette2 a dit…

Tu n'es pas la seule à avoir des problèmes pour changer une housse de couette, mais tu as de la chance que cet exercice te donne le fou rire, moi il me fait plutôt grincer des dents ...., je vais suivre le conseil de Dominique et chercher la méthode miracle sur internet.
Merci pour ces magnifiques peintures.