mardi, mars 06, 2018

La terre arrosée, un inconnu, sept florentins et un toscan sans précision

Pluie au petit matin et réveil tardif, temps menaçant ou lumière lasse très filtrée le matin et mal-être virulent de carcasse, pluie sempiternelle l'après-midi et rêvasserie improductive.
Au moment où je décidais que le charroi des draps et housses pouvait être remis à mardi, un tweet invitant à publier un livre aimé sans autre commentaire a franchi mon petit brouillard interne et j'ai attrapé, abandonné la nuit au moment de fermer les yeux, le discours aux animaux de Novarina, lisant avant de le ranger provisoirement, le paragraphe, plus immédiatement clair que ne l'est en général ce texte, qui suivait les derniers mots lus, et trouvant que cela m'allait assez
Qu'as tu fait en action, Jean Lampion ? Dis tout haut ce qui compte pour toien tout bas ! J'ai plus nu ni pu plus dire ni compter quoi que ce soit, autre que des riens sur des riens rajoutés et des sourderies géométriques d'arythmicie. Dans la nuit j'ai plus supporté d'entendre ma tête qui parlait. J'ai tous les cerveaux dans les trous qui poudroient, toutes les sentences du monde tombées partout et à foison, qui tombent selon. Mes opinions présentes, à peine passées, elles n'ont plus cours...
Et puis, comme n'arrivais pas à renouer avec la petite histoire ébauchée, comme étais dans un moment de flou, ai pris les photos restantes de ma visite au petit palais, en ai choisi quelques unes, et me suis un peu promenée, paresseusement, autour d'elles...
Je n'ai pas noté quel est l'auteur de ces panneaux, moine et évêque, se répondant, mais cette fermeté dans le modelé des visages me fait, du haut de mon ignorance et d'une lointaine parenté avec des peintres qui ne trouveront pas place aujourd'hui, penser à une région plus nord que le foyer toscan, et leur maîtrise, comme leur place dans le musée, dit gothique flamboyant... Dans le doute je le place en tête des florentins du 15ème siècle auquel j'ai décidé de me limiter aujourd'hui.
Florence atelier de Lorenzo Monaco début 15ème – Saint Laurent, Saint Ansano, Sainte Marguerite - le cartouche que j'avais photographié, comme quelques autres, est misogyne, et Sant'A,samo le doux patron de Sienne est si délicieux que seule sa belle plume verte permet de décider qu'il n'est pas Sainte Marguerite, sa présence, comme la suavité des couleurs rappelant que Lorenzo Monaco est vraisemblablement né à Sienne avant de venir, changeant son nom de Piero di Giovani en devenant moine, exercer à Florence dans un style gothique flamboyant, charnière entre trecento et quadrocento
un anonyme (pourtant un maître par la qualité) toscan de même époque, une déploration du Christ, le cadavre magnifié par la richesse du tissu sur lequel il repose, et couvé par la courbe que les femmes et disciples (Joseph d'Arimatie ? en riche notable bourgeois) tendent avec pitié au dessus de lui
négligeant pour le moment les bolonais, siennois et autres de la même époque, pour rester à Florence, entrant en plein dans le quatrocento (j'ai passablement élagué vers la fin malgré la qualité, la taille des oeuvres) un retable de Saint Jérome de Zanobi di Benedetto Strozzi (fut aussi fils de famille mais orphelin, enlumineur et assistant de Fra Angelico – 1412-1468 selon Wikipedia) monumental, sacrifiant le fond d'or à un semblant de nature, comme une tapisserie aux mille fleurs, mais gardant les tableaux latéraux, réduits maintenant à de grandes vignettes dans les pilastres bordant le grand panneau central
grand tableau d'autel également avec la vierge et l'enfant entre Jean Baptiste et Saint Jérome, (spectaculaire, frontalité assouplie, une ébauche de perspective dans la différence de taille entre les deux saints, mais personnages enserrés sous leurs arcades et dans le compartimentage de l'architecture du cadre qui font la jonction avec l'époque antérieure, comme les médaillons, le Jérome je pense, et le Dieu du sommet, comme les scènes de la vie de Saint Jérome de la prédelle) oeuvre de Francesco di Antonio (1394-vers1433)
En longeant les murs de la salle, les petits tableaux, retrouver Zanobi Strozzi avec des scènes de l'histoire de Suzanne dans lesquelles s'ébauche le paysage (comme dans les grandes enluminures des livres d'heure de l'époque)
et les différentes scènes de l'histoire de Céphale et Procris de Bernardo di Stefano Rosselli (1450-1526)
...Céphale dit ce que la pudeur lui permet, raconte tout,
sauf à quel prix il a reçu l'arme (un arc) Cela il le tait. Touché de la douleur
d'avoir perdu sa femme, il dit, au milieu des larmes :
«Cette arme, fils de déesse, qui pourrait le croire ?
me fait pleurer, elle me fera longtemps pleurer, si le destin
me donne de vivre longtemps ; cette arme nous a perdus, moi
et ma femme chérie... (Ovide chapitre VII, dans la traduction de Marie Cosnay – j'avoue que, si je l'avais su, ce dont ne suis pas certaine, j'avais oublié qui ils étaient et du coup ai lu toute leur histoire)
un autre grand panneau en majesté, fond or, adoration mais cet assouplissement, ces visages qui deviennent portraits avec Neri di Bicci (1419-1491)
caractéristiques qui se retrouvent sur ce panneau en hauteur (peut-être un volet) du même, représentant Sainte Catherine, Saint Antoine de Padoue et Saint Jean l'Evangéliste
mais comme, après la salle où se trouvaient ces oeuvres, s'ouvrait une salle où dans la pénombre était installée une petite exposition thématique sur Botticelli, je fais une césure, gardant pour plus tard, après avoir repris les autres écoles, les quelques images retenues de la pleine renaissance à partir de lui.


Le jour a passé, ai repris, à l'heure du tilleul, ma petite histoire, mais elle s'entêtait à suivre ma pente au conte fantaisiste, naïf, sans but, sans implication, et l'adulte consciente que me dois d'être la réprouvait.

4 commentaires:

casabotha a dit…

Il y a de belles peintures, notamment ce triptyque traversé-troué de rayons solaires.
"Rêvasserie improductive", un oxymore?
Vos journées valent la peine d'être dites, ce qui n'est pas le cas de toutes les nôtres.


Claudine a dit…

Regard qui vaut de l'or pour ces peintres

Dominique Hasselmann a dit…

Florence, Sienne... terres d'art.

On peine à imaginer, quand on a vu la beauté de ces villes et de ses œuvres, que l'Italie soit devenue, au lieu de la patrie de tant d'artistes, ce cloaque populiste où la politique n'est plus désormais que le bredouillement exacerbé des passions les plus funestes et les moins éduquées.

brigitte celerier a dit…

Christine trop gentil, en tout cas le regard de la lumière est bouffe-or

Dominique, pas certaine que la vie politique de leur temps ait-été très vertueuse, ouverte, harmonieuse