mardi, juin 26, 2018

Matin d'été et orient proche

matin dans l'été
quand la chaleur est tendre
le monde ébloui
petite bagare avec un nouveau tapis pour souris, quand la souris, le tapis et moi avons des choix de direction totalement différents
la chaleur dans la cour, contre le mur sur lequel rebondissent les rayons, me renvoie à intervales réguliers vers la cuisine, les bras sous le robinet, un jet de brumisateur, un verre de sirop d'anis... quand le soleil ne daigne plus descendre jusqu'à moi, m'installe devant ma machine et reviens sur la fin de ma visite à la Vieille Charité avec, sur le flanc droit, en revenant vers le portail d'accès, la salle dédiée à l'Orient rêvé
Orient rêvé puisque Picasso n'aimait pas voyager, mais Orient (pas l'extrême,mais celui qui parfois, de l'autre côté de la Méditerrannée peut-être aussi occidental géographiquement que la France ou l'Espagne) proche à travers ses traces dans la civilisation, la cuisine espagnole, l'orient des orientalistes et celui de Matisse (mais sans la liaison entre odalisques et cadre, papier peint etc... de ce dernier)
Salle ouvrant avec un Thot ptolémaïque en bois doré, argent et grenat
et, sur le mur à droite de la porte, une série de photos anciennes de femmes algériennes et kabyles (avec aussi, comme dans toutes les salles quelques unes des cartes postales de sa collection)
Thot auquel fait écho (suis désolée de la photo qui ne lui rend pas vraiment honneur et qui ne montre pas les pattes-dents-de-fourchette, en fait les avais prises en gros plan, sans soin, donc floues) la grue qui marie élégamment une pelle, des fourchettes, des objets métalliques, un robinet de gaz, une tige d'osier et pas mal de plâtre (11951-1953)
Près de l'entrée dans la salle aussi, pour montrer que son goût pour l'orient des odalisques était ancien (en fait dès l'enfance il a peint quelques petites aquarelles orientalistes conservées à Barcelone) une odalisque au cerf de 1908 (crayon et encre sur papier) et – mais je ne m'y suis pas arrêtée, attirée par ce qui suivait -, la très belle femme au tambourin de 1925 de la collection Walter http://www.musee-orangerie.fr/fr/oeuvre/femme-au-tambourin et l'odalisque et le Clown une lithographie claire, charmeuse, de mars 1954 et
Et les conservateurs ayant une notion extensive de l'Orient (sourire) on trouve aussi la grande huile sur toile de l'enlèvement des Sabines (8 novembre 1961)
avant pour mon plus grand plaisir deux des variations (huiles sur toile) des Femmes d'Alger d'après Delacroix et surtout neuf ou dix études devant lesquelles rester pour le plaisir, la jouissance, de ce trait.
Avant une petite et très aigüe espagnole en tôle découpée, pliée et peinte de 1961 et l'amoureuse femme nue au bonnet turc de décembre 1955 du Centre Pompidou https://www.centrepompidou.fr/cpv/resource/cxxzR9/rAKaRg
et, plus simplement méditerranéens, le grand et beau dessin (crayon de couleur, encre et lavis sur vélin ivoire – 3 juin 1969) femme et jeune garçons nus
et l'homme debout de septembre 69
Après un salut respectueux à Djamila Boupacha (le livre de Gisèle Halimi et Beauvoir illustré par Picasso) 
suis sortie, sur cet œil Oudjat de la Base Egypte, dans la grande cour
pour gagner la chapelle où l'exposition s'achève avec (mais non photographiable) la version en bronze des baigneurs à la Garoupe https://picasso-sculptures.fr/2017/03/15/pepe-karmel-la-materialite-du-signe/ regardés avec respect, un peu rapidement, parce que j'étais prise d'une envie de grands pas, parce qu'aussi je partageais la chapelle avec une jeune gardienne à laquelle un jeune gardien venait faire sa cour...
Il me reste un certain nombre d'images de mon errance (à vrai dire j'ai plus marché que pris de photos) et de Picasso et le théâtre, évoqué par une belle salle (un monde chamarré et serré, pressé comme dans le métro, dans la pénombre comme une coquille de merveille pour foire de belle qualité) au Fort Saint Jean, pour un autre jour, demain peut-être.
J'en reste à Djamila Boupacha https://fr.wikipedia.org/wiki/Djamila_Boupacha et à un extrait de l'œuvre que lui a dédiée Luigi Nono

9 commentaires:

casabotha a dit…

Le sirop d'anis, oui, il est beau ce Thot, Picasso évidemment, le ciel foisonnant, la première pierre posée pour la piscine a Brégançon

brigitte celerier a dit…

pauvre Picasso… je pense qu'il n'aurait pas eu ce mauvais goût

Grimard Marie Christine a dit…

Je savoure la chaleur tendre et les odalisques lascives de Picasso...
Merci Brigitte de nous entraîner dans vos balades !

Claudine a dit…

mon préféré : la femme et le jeune garçon nus !!! toutes ces techniques en un tableau <3

brigitte celerier a dit…

par l'homme prodigieux

Dominique Hasselmann a dit…

La grue... hisse les souvenirs des œuvres de ce peintre et le rapprochement avec Djamila Boupacha est beau (Picasso a toujours été un peintre pour lequel la politique n'était pas séparable de l'art), bien jolie visite !!!

brigitte celerier a dit…

un temps où les intellectuels ne s'éparpillaient pas sur chaque indignation qu'on leur présentait pour les provoquer est occuper, et savaient s'unir pour donner de l'importance à une cause (regardez la liste de noms sur le livre réuni par Simone de Beauvoir et Gisèle Halimi… et donc elles ont sollicité Picasso pour ce qu'il savait faire de mieux - quoique j'ai rencontré aussi un peu de sa poésie, et elle est aussi goûteuse et forte)

jeandler a dit…

Un tapis d'orient
la souris trotte
menue dans le noir

Arlette A a dit…

Oui ..au delà de l'entendement de nos jours ce rappel précieux que tu présentes sans animosité avec belle intelligence Merci à toi