jeudi, mars 26, 2020

Journal du C puissance 3 - 10

Des rues sans humains
où le printemps s'emballe
où jouent les ombres
rue Joseph Vernet, appuyée sur ma canne avec une gaillardise qui lui a fait plaisir, ai salué de trottoir à trottoir avec l'amitié chaleureuse de survivants mon vieil ami RPR (il n'a pas accepté les évolutions suivantes) tel un notable de crèche provençale, malgré la difficulté de son Sonotone légèrement défaillant, 
rue du portail Bienson, rue Felix Gras, rue Basile, rue Bouquerie et rue Pourquery Boisserin il n'y avait personne, rue de la République n'y avait que peu de confinés/évadés, munis de masques de toutes formes, toutes couleurs, usés ou non, sauf deux des amis aux mains tendues – avons échangé sans trop nous approcher, si ce n'est au moment crucial, sourires et nouvelles –, ainsi que moi et un de mes contemporains et qui attendions notre tour devant le marchand de journaux et avons été bousculés par une belle petite – un peu trop vieille pour ce qualificatif à vrai dire – en robe blanche et masque assorti, qui nous a précédé pour, pendant un temps interminable, choisir des jeux pendant que nous fusillions son dos de nos regards... à la pharmacie il n'y avait que moi, du paracétamol et de l'alcool (mais si j'en ai acheté, j'ai eu la flemme de désinfecter ce que je touche depuis des années), une petit cloison de plexi pour rasséréner la jeune pharmacienne mais ni masque ni gel – tant pis –
et place de l'horloge n'ai rencontré qu'un chien auquel j'ai menti en lui disant que je n'avais pas peur (un défaut que je masque, et qui me vient d'une morsure dans l'enfance)
des nouvelles rassurantes des médecins de la famille – j'espère que c'est vrai – des nouvelles étonnamment bonnes de Rosmerta où la crise a semble-t-il transformé les tensions en entraide, où la discipline sanitaire nécessaire semble en gros respectée, où la nourriture est presque abondante et où, grâce aux nouveaux enseignants, dont c'est le métier, qui se sont porté volontaires, chaque jeune a un correspondant – bon moi je perds le contact ce qui n'est pas grave et je ne peux que donner mon admiration aux cinq ou six bénévoles qui se relaient et portent tout sur leurs épaules, leur moral etc...
toujours bloquée devant les trois premières phrases du #8 de l'atelier du tiers.livre (crois que vais broncher devant l'obstacle et passer au suivant.
Lis des billets profonds, admire... conteste certains points en silence, fuis les controverses sur lesquelles ne saurais avoir un avis qui compte, occupe un petit point dans le torrent du web, dépense de l'énergie (électricité) pour mettre en ligne mes brimborions, mes petits riens (qui s'étirent en outre aujourd'hui) mais ce n'est pas pour moi le moment de fermer mon journal, même si c'est futile, surtout parce que c'est futile, au ras des réactions primaires, sans pensée et encore moins philosophie, et puis, comme dit Florence Noël https://pantarei168.wordpress.com/2020/03/25/chronique-des-jours-lents-j-8/ La raison voudrait que je ne continue pas ce Xe journal de confinement. Sauf que ce n’est pas un journal, c’est ma folie à moi, mon plaisir personnel « car je dis que les bonbons, valent mieux que la raison ».

6 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Internet va finir par être cadenassé si l'inflation des "journaux de confinement" continue...
On va, en haut lieu, estimer que ce n'est pas "indispensable" à la vie de la (start-up) Nation.

Samizdat à préparer, comme je le dis depuis longtemps.

Idem, les smartphones vont être rendus, pourquoi pas, obligatoires pour les quelque encore démunis : l'Europe réclame nos données personnelles pour mieux suivre l'évolution de la pandémie !

Orwell n'avait pas tout vu !

Bon courage à vous et cave canem !

Brigetoun a dit…

pour les smartphones : fière d'y avoir été et d'y rester rebelle
mais "en même temps" ça me coupe du fil de nouvelles de la famille et m'empêche de faire travailler les enfants de -Rosmerta

Godart a dit…

Amusante et crispante l'anecdote sur la petite personne en blanc vous passant devant sans vergogne et ensuite prenant tout son temps. Heureusement que les fusils dans le dos ne sont pas mortels, combien de nous avons vécu cette situation où la parole est inutile.

Claudine a dit…

ce journal, et un autre plus au Nord, m'est indispensable, bouffée d'oxygène et de soleil, nom d'une canne !

Brigetoun a dit…

Godart il nous restait l'humour (ceci dit en rentrant là n'ai pensé qu'une demi heure après à me laver les mains et désinfecter une partie de ce que je ramenais..

Claudine, on fait ce qu'on peut (sourire)

Arlette A a dit…

Souvent rassurant de trouver des échos à mes révoltes ou admirations Merci d'exprimer ainsi ces brindilles glanées