mercredi, avril 15, 2020

Journal du C force 3 – 30 -- deux beaux livres et deux arbres

Sérénité retrouvée dans le bleu du ciel et Raison revenue en la petite vieille
Écouté, au plaisir, de la voix Claude Enuset qui aujourd'hui avait choisi un homme qui dort de Perec, livre que j'aime tout particulièrement moi aussi – pour sa sensibilité attentive, pour ce qu'il dit qui me touche – mais que n'ai pas relu depuis au moins un an https://youtu.be/wNhhq_sebrM, et le second passage choisi qui parle, entre autres, d'un arbre faisait écho au très beau livre de Jacques Ancet Image et récit de l'arbre et des saisons https://www.publie.net/livre/image-et-recit-de-larbre-et-des-saisons-jacques-ancet/, avec lequel j'entre pacifiée et émerveillée dans la nuit ces jours ci, qui alterne, noue, la description sans cesse reprise, avec ses variations légères ou marquées, d'un paysage avec arbre, les infimes détails, mouvements, modifications selon heures, saisons, avec une précision poétique, une sensibilité exacerbée, et puis, en italique, la description d'une chambre, celle depuis laquelle on pourrait voir le paysage ou par la fenêtre de laquelle le paysage pourrait contempler la vie d'un homme qui écrit, d'un couple et d'un bébé, d'un couple amoureux, puis d'un homme en son hiver, puis je verrai bien... puisque j'en étais restée là cette nuit (et tant pis si l'arbre velu rencontré dans l'après-midi n'est pas de même race et ne vit pas la même saison que celui du texte, n'est pas sis en même paysage, n'a donc pas d'autre parenté avec lui que d'être arbre)
Et le regard.. se met à épeler tronc, branches, feuilles, lumière, ciel, s'ouvrant au temps alors même qu'il l'articule, recommençant, obstinément, désespérément, l'infini récit de l'arbre et des saisons. Et, d'abord, celui des couleurs revenues : l'infime rousseur du feuillage pourtant apparemment intact, disséminée en taches minuscules, presque invisibles parmi les poires et les feuilles, la toison soyeuse, verte et lumineuse du pré, l'ovale rouge de la roue du tracteur, là-bas, comme un signe immobile, les murs beiges, le toit gris de la ferme, la rouille de son grand arbre en cascade ascendante vers les pentes de la montagne, pierre soudaine sur la brume bleutée. Celui des formes, ensuite, qui bientôt impose sa rigueur, la lente procession des lignes, leur confluence, leur entrelacement, leur réseau serré dont émerge la figure des choses que l'on reconnaît, éprouve, caresse avec jubilation. Enfin celui des infinis détails qui font leur épaisseur vivante, et la vision s'enfonce, erre de feuille en feuille, glisse une fois encore le long de la cendre lumineuse des branches....

7 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Comme si, soudain, le ministère de la Culture avait lancé une campagne nationale de lecture obligatoire (tout en supprimant les festivals trop concurrentiels)...

Une initiative dont on se souviendra ! :-)

Brigetoun a dit…

je n'ai pas besoin de lui pour cela, juste un peu d'oublier... et s'ils nous obligeaient à la lecture pourrions nous encore le faire ?

Arlette A a dit…

Mais oui ..il suffit de quelques sollicitations quand tout s'arrête en tentations extérieures..enfin le souhaite jai qq exemples

Brigetoun a dit…

et d'être disponible pour les sollicitations

Claudine a dit…

les artistes ont décrit les heures et les jours et les saisons et on refait le chemin et il n'y a rien à ajouter

Godart a dit…

Belle écriture sensuelle.

Brigetoun a dit…

Claudine mais nous les redonne avec plus ou moins de force

Godart il faut en un peu plus de 80 pages revenir sans cesse sur les mêmes éléments, certains fragments de phrase pour sentir les légères modifications comme quand on rencontre chaque jour un arbre familier