samedi, août 01, 2020

La chaleur qui monte, retrouver les noms

M'en suis allée, matin, avant que les 30 degrés soient atteints et allègrement dépassés sous un ciel adouci de blanc

le long de la bande d'ombre, des plantes vaillantes ou résignées depuis longtemps de la rue Joseph Vernet

et suis revenue dans l'animation tranquille de la fin de matinée avec médicaments et nouvelles lunettes (avait marché hier en me levant après un assoupissement sur la paire « domicile » et elle n'avait pas aimé) et puis derrière les volets bleus entrebaillés ai somnolé, ai fait de courtes incursions sur le web ou pour lire, un par un, un peu au hasard certaines contributions à l'atelier d'été de François Bon https://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article521 et j'ai écrit sur un carnet ma réponse au #9, recopié ensuite sur un fichier, et retrouvé chaleur... fait pose échouée comme baleine, envoyé, arrosé, presque récupéré.

Forte de cet effort ou pour saluer le plaisir que cela m'a donné, je recopie, sous une image malheureusement pas assez peuplée (question d'horaire) ma contribution au #6 trouver le nom du chat https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4922

les eux de l'avenue

Parce que, sauf pour ceux comme moi qui depuis toujours dois faire effort pour retenir un nom et qui, quand je pense à quelqu'un pense à un nez ou une silhouette, des mains, un sourire, un lien avec d'autres qui portent un nom, mais ne cherche surtout pas celui qu'il porte, donc parce que généralement, un personnage, un qui n'est pas affligé de cette désinvolture, lorsqu'il pense à quelqu'un, l'évoque dans son monologue intérieur, emploie son nom, il y a eu l'arrivée dans le doux et le dur de Marthe. Dans ce rôle elle aurait pu s'appeler Gaby comme les deux qui faisaient équipe avec leur patronne, notre mère, dont elles partageaient le nom et qui avaient autorité sur nous et tendresse de notre part, mais avec le vieux la Marthe a complicité, habitude mais ni autorité ni tendresse, alors va pour Marthe et cela lui donne une petite touche d'effacement intelligent, la rapprochant de celle des deux sœurs que je préfère dans les évangiles (n'y pense que maintenant). Le vieux lui, et ses grommellements – la chair ça pèse – et ses douceurs, je vais l'appeler Auguste parce que cela le date, mais sans doute trop, et que cela lui va mal – ce qui à mes yeux donne à la chose une certaine authenticité – et Fustier parce qu'il a peut-être eu un ancêtre qui poussait le rabot par ici, en Provence.

Et donc Auguste Fustier je l'avais d'abord rencontré devant le bureau de tabac où il attendait, à distances raisonnables, que ce soit son tour d'entrer, avec Cuicui Colin, dont tout le monde a oublié le prénom depuis longtemps, avec les dames Rose Vachon et Cochonaillou et avec ce grand idiot d'Ali Demaison, et leur attente prudente se mêlait à la file impatiente devant l'étal de nourritures : Fabius Grossetête, sa fille Betty, Mélanie Innocent, son amie Marie Cousette, trois hommes sans nom, Eddy Dupont, Jean Mouton qui tient le rayon boucherie de Monoprix et les belles Dahlia et Iris de la Souche.

Sur le trottoir d'en face, un qui pourrait avoir un rôle, ce serait l'assis omniscient qui s'appelle Vincent – c'est évident et sa barbe, ses cheveux bouclés gris jaspé le confirment – Vincent Mokhani parce qu'une faute d'orthographe a été faite dans le nom de son grand-père et celui qui le quittait après avoir discuté un temps avec lui, qui portait veston de lin de bonne coupe froissée mais aussi un foulard de soie digne de son père, c'était Florian Patricien, avec lequel il avait échangé un sourire en voyant passer les belles et jeunes jambes nues de Mélaine et Aïcha, encadrant Florence devenue Asmaa. Et là maintenant, avec celle qui n'a pas de nom et qui vient de renoncer à traverser en voyant la file devant le tabac, ils jouent à baptiser les passants, et entre deux phrases pour ceux qui déposent dans le béret et saluent, ils voient se croiser Jen-Bernard Lefié, Bénédicte la goualeuse, Jeanne Fortecuisse, Mahmoud le sage sans nom, les gamins Franck, Freddy, Farouk et Fabian, les quatre fils de Maître Ferrand.

Et puis se sont quittés, après le passage faussement tumultueux de Jack Simpson, Ali le Kid, Benoît Castelglio, Umberto de Mantoue et Frankie Conté, et Vincent se déplace un peu vers l'ombre, attend encore un quart d'heure et puis se lève, met le béret dans son sac et s'en va, sa matinée est finie.

Codicille, me suis dit moi et les noms ça fait deux et suis vexante avec ma façon de les oublier, et puis en cours de bribes venues à droite ou à gauche dans mes petites pérégrinations, ai pensé « jubilatoire » pour in fine être passablement déçue, ma faculté d'imagination devient craintive ou ankylosée

4 commentaires:

arlette a dit…

Le jeu des surnoms surtout..si bien que le vrai nom est oublié joli texte amusant Bravo

Brigetoun a dit…

merci Arlette (ceci dit j'oublie les noms même quand un surnom ne vient pas brouiller)

Claudine a dit…

quel est le mien ? #jesors

Brigetoun a dit…

la mère itinérante ?