jeudi, septembre 24, 2020

le fait que

Le fait que ce matin me suis enfin décidée à réunir les bribes écrites ou pensées pour le #14 « faire parlers les morts » de l'atelier du tiers.livre http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3575, l'ai envoyé, il a été (merci) publié

le fait que mon petit chemin/portage de l'après-midi fut délicieux



l'arrière saison 

ses tendresses exquises

sourire des yeux



le fait que j'ai lu les contributions reçues pour le #14 https://www.tierslivre.net/revue/spip.php?rubrique18, une partie de mon retard antérieur, le fait que je recopie ici mon petit texte pour le #13 « le fait que »http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4936

En attendant le soir

Le fait que le gosse est entré chez lui comme ça, le fait que l'Aurélienne n'avait pas dû fermer en partant, le fait qu'elle est plus toute jeune, Aurélienne, et qu'elle a certainement été étourdie toute sa vie avec sa manie de vouloir être partout, le fait qu'il y a sa tourte aussi, le fait que sans la voiture du gosse la jeune femme – le fait qu'elle est pas bien belle mais que ça n'a pas d'importance, ou peut-être que si, que c'est bien – ne serait pas venue, le fait qu'elle est dorée, à peine un peu brulée d'un côté, la tourte, sait pas ce qu'elle contient mais le fait qu'il s'en doute parce que c'est généralement un mélange des fruits qu'elle a sous la main et que ce n'est pas toujours bon, le fait que sous tout cela, son immédiat, son présent, se réveille et rode la sacrée douleur d'antan, le fait qu'il aime ce mot antan comme un bonbon dégusté pour oublier, le fait que le gars le milord morveux était un vrai con, qui l'a amoché pour le plaisir, le fait que tout le mal qu'on fait vient des jugements portés et puis de la recherche du plaisir de manier le monde selon nos jugements, le fait que d'ailleurs les imbéciles qui jugent peuvent pas le manier le monde, savent pas, sont pas de force, le fait que sont pires de ne pas savoir, le fait que pas mieux sans doute de rire un peu à l'intérieur en regardant les gens qui passent les filles qui se veulent belles et puis les grosses cuisses dans les shorts courts, le fait que partager le regard d'un autre et savoir qu'on s'amuse ensemble de ceux qui passent ce n'est pas bien mais ça fait un peu de chaleur gaie, le fait que ce n'est pas bien mais que c'est peut-être un peu meilleur de n'être pas bien, qu'il suffit que ce ne soit pas méchant, le fait qu'on peut rire des autres parce qu'ils sont un peu nous, qu'on les regarde comme si c'était un peu nous, le fait que pourtant Mahmoud donne sa musique ne peut la vendre, le fait qu'il n'est pas considéré, le fait qu'il ne le veut pas peut-être, le fait que ça ne lui irait pas au teint comme dit l'Aurélienne, le fait que c'est bien quand ils jouent ensemble et tant mieux s'il y en a d'autres pour les écouter comme la petite ce soir, le fait qu'elle est gentille et jolie la petite mais bon le fait que son père... le fait qu'il a au moins un rival Mahmoud, le fait qu'il le sait peut-être, le fait qu'elle riait de près avec ce garçon en passant devant l'endroit où il était assis l'autre jour, et qu'ils étaient beaux, le fait que la croute là ça lui donne faim, le fait que l'attente ça donne du goût mais tout de même, le fait que sa main ça tire un peu, le fait que ça l'agace, juste un peu, le fait que tout l'agace, le fait que "arrête"... le fait que dormir, le fait que non, les lacets avec cette main... et puis la lumière dorée qui passe par les fenestrons, le fait que c'est l'heure du potager, sortir, tourner le coin de son cube, longer le bout de jardin de la jeune femme et du niot, les locataires – 'il y a sans doute un homme aussi, le fait qu'ils ne doivent pas avoir mêmes horaires, ne se voient pas – , le fait que lui son loyer c'est la gentillesse du propriétaire pour l'Aurélienne et sa sœur Marthe et puis l'aide pour le potager, le fait que l'a exigé avec son air bougon le bonhomme, ou le Monsieur, arroser, désherber un peu, sans doute pour la forme parce que pas certain que ce soit utile, le fait qu'il aime jardiner le bonhomme et que c'est un régal de regarder la façon dont ça pousse tout cela, la variété, et l'ordre aussi, le fait qu'il n'y connait rien, lui, mais que ça change du bout de terrain là-bas au village, le fait que plus de nouvelles de l'ami d'avant qui lui avait trouvé cette maison vide au village, ou à côté du village où il a été bien même si ça n'a pas duré, le fait que plus de nouvelles de tous les amis d'avant, ni de sa voisine au village, le fait que pas facile de tourner le robinet, faudrait une pince et sa main elle n'a rien d'une pince, le fait que ça lui donne envie de rire juste avant de l'énerver, le fait qu'elle a dit "il y en a pour quelques jours" la femme et puis qu'elle reviendrait changer le pansement, le fait que l'est pas belle mais qu'elle a des mains douces et un joli sourire, le fait qu'il aime l'eau qui donne vie au tuyau, le fait que le soleil descend sur les rangées de salades, le fait qu'elles montent un peu trop, le fait que les feuilles sur le mur brillent dans le jour rasant, le fait que ça va être l'heure de Mahmoud, le fait que l'amitié et puis que tout le mauvais du monde on oublie, on n'y peut rien. 

Codicille : Cet été, pour la première fois je crois, dès que j'ouvre un fichier pour l'atelier c'est le même petit groupe de silhouettes qui s'impose et m'oriente, et surtout le même gars, et il a un monde nettement plus limité, un arrière plan plus brumeux que la femme dans sa cuisine qui va de « le fait que » en « le fait que » pendant je ne sais plus combien de pages, le Vincent, surtout quand il ne veut pas penser, qu'il ne peut pas faire autrement que penser et, à force de ne pas vouloir qu'il pense, même un petit peu, comme tous, sans le vouloir, et de ne pas y arriver je devenais toujours plus brouillonne. Alors j'en reste là.


6 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Ça le fait, avec les photos... :-)

Brigetoun a dit…

merci (mais zut parce que les photos n'ont rien à voir avec...)

mémoire du silence a dit…

Oh ! Que j'aime tout cela.

Brigetoun a dit…

merci

Claudine a dit…

belle phrase, sacrée démarche de la pensée (si je dis "péripapéticienne" c'est pas une insulte hein !)

Brigetoun a dit…

non et ne le suis pas assez depuis le Corona pour suivre consignes docteur "jambes"