mardi, octobre 12, 2021

Education nationale... et fin de mon Porto

Comme mon rendez-vous était à 13 heures et comme voulais passer à la poste avant (mais celle de la place Pie est en travaux) et compte tenu de la susceptibilité de carcasse qui n'aurait pas toléré un repas à la fois tôt et pressé, m'en suis allée place Pie

dans un restaurant-brasserie, pas dans les meilleurs mais clair, calme, et qui sert des ravioles très correctes, en manger un plat dans une tranquillité délicieuse et salutaire


décider à Rosmerta d'essayer d'inscrire l'autre garçon arrivé vendredi, guinéen, 15 ans, moins strictement débutant que notre benjamin.. j'avais justement amené trois masques, avons fait la chasse aux papiers disponibles, les ai photocopiés 


et sommes partis, eux freinant leurs jambes, moi pressant les miennes et ma canne, vers l'aile de la Préfecture qui abrite le CIO, pas bien loin, sous un bleu que le vent hors rempart fouettait avec vigueur et fraîcheur,... pour présenter celui qui était convoqué (16 ans, bon espoir quant au niveau qui lui sera attribué) au très charmant évaluateur, le laisser plancher en croisant mes doigts derrière mon dos, repasser dans la première salle, découvrir que pour les deux nouveaux ils relevaient directement de l'Académie (enfin du collège) mais prendre en commun la décision de les inscrire, leur dossier étant ensuite transmis au service adéquat.


Retour... deux heures de français avec celui qui avait déjà été scolarisé en Guinée et qui finalement n'est pas encore tout à fait au niveau que nous avions estimé en l'écoutant nous expliquer sa scolarité (interrompue depuis trois ans) mais juste un peu en dessous (compte tenu des vacances scolaires, il pourrait être au point avec un effort le jour de l'estimation... plus inquiète pour l'autre)

un retour passablement fatiguée (m'en faut peut), me sentant un peu coupable d'avoir annoncé que ne repasserai pas avant mercredi. Tenter d'écouter un zoom passionnant de l'atelier d'écriture et abandonner en route trop lasse et déconnectée... et ne pas entamer le #2 de l'atelier d'automne que j'ai en tête mais sans la force ni plage de temps assez serein pour mettre en phrases même (ou surtout) très simples. (on en est au #4 et les discussions sont un peu prématurées en ce qui me concerne).

Tout ceci est fort long mais comme j'avais décidé en partant de nourrir Paumée avec la fin des 56 entrées dans Porto, cela devient, je m'en excuse auprès des courageux, démesuré.

50 – Jeanne-Françoise s'ennuie un peu, regarde le mur, laisse le professeur d'anglais faire son travail, se souvient de son désespoir il y a sept ans en quittant son école de Colmar et ses amis, de ses craintes, de sa timidité, et se demande comment elle pourra se faire à l'idée de se retrouver dans un lycée en France, de quitter les bâtiments clairs du Lycée Français de la rue Gil Eanes blottis à la lisière du parc de Serralves, cette impression de vie privilégiée, ses amis, même ceux et celles qu'elle trouve puants, et bien entendu Joachim et son petit orchestre. Comme elle n'est plus une enfant elle n'en veut pas cette fois à son père mais rêve de revenir à Porto, dans un an, après son bac que bien sûr elle aura sans problème, pour faire ses études, études de quoi elle ne le sait pas encore, il faudra qu'elle demande conseil à Joachim ou à son prof de philo, oui plutôt à lui... il lui répondra certainement. – 51 – Sur la terrasse du restaurant du Musée d'art contemporain de Serralves, David laisse sa femme revivre, de sa voix pressée, délicieusement haut-perchée, la visite des salles, avec Anita Parides qui s'est improvisée leur guide, boit une gorgée de café, délaisse son assiette décidément médiocre ce qui n'a aucune importance, baigne dans le calme, la lumière, les frondaisons qui touchent la rambarde, les jardinières fleuries, repose ses jambes, se prépare à affronter le dynamisme des deux femmes dans les allées du parc de la Fondation, se promet de trouver le temps et l'autorité de revenir pour visiter la Casa do cinema Manoel de Olivera.

52 – Rua Doutor Nuno Pinheiro Torres, admonestant sa fille, pour la forme et parce que c'est ce que le professeur lui a conseillé, exigeant qu'elle se mette immédiatement à ses devoirs (elle pense que c'est ce qu'il faut dire) dès qu'elles seront rentrées – et qu'elle ne dise pas qu'elle est trop fatiguée, c'est elle qui a voulu l'accompagner et promener avec elle, mais en silence, le chien dans les rues larges, l'herbe pelée, du quartier –, Rita en regardant, un mètre devant elle, le petit corps dru, les jambes minces et fermes et cette superbe et souple chevelure brune, se souvient du regard que Diego ne pose plus sur elle, se demande comment elle a pu devenir ainsi et puis secoue avec décision sa queue de cheval décolorée, sourit, il y a des gens pour l'apprécier, d'ailleurs lui aussi il ne pourrait la quitter, comme le dit Rosa, elle est trop drôle et bonne cuisinière (pas que ça d'ailleurs mais Rosa n'en sait rien). D'une voix qui a perdu ces accents d'autorité incongrus, elle propose « que dirais-tu d'un bon chocolat, je suis certaine que cela te donnerait de la force pour étudier ? » – 53 – La veille et digne Sra Paula Fonseca sort du Teatro Municipal, à l'angle de la rua do Bonjardim en rangeant dans son sac les billets qu'elle vient d'acheter pour emmener les quatre aînés de ses petits enfants voir Cleo Diàra, Isabél Zuaa et Nàdia Yracema dans « Aurora Negra » parce qu'ils sont assez vieux pour ça, parce qu'elle est certaine ou presque certaine qu'ils et elle (surtout ils, quoique Maria sans doute également, du moins elle l'espère) aimeront ça, parce que surtout la photo sur le site du théâtre, de cette femme moulée dans une combinaison aux grands motifs vaguement aztèques, du moins c'est ce qu'elle pense, lui a sauté aux yeux, parce que l'idée de ces trois femmes et du mélange des langues lui plait, parce qu'elle en a envie et que sortir les enfants est une bonne raison pour sortir elle, et qu'importe ce qu'en pensera Sergio, son cadet, ce bloc de respectabilité obtuse.

54 – Assise contre le mur, à côté de la grande porte de l'ingreja de Santo Antonio des Congregados, une femme sans âge, ou plutôt d'un âge un peu plus avancé que certain, tassée dans sa robe fleurie qui couvre ses genoux relevés et ses pieds dont seules les extrémités sont visibles, juste devant la petite tasse métallique posée sur le trottoir, incarne la mendicité sans autre effort que la grande feuille qu'elle tient mollement d'une main – l'autre serre contre elle un châle à franges blanches – sur laquelle sont écrits les mots d'une supplique ; elle regarde dans le vide, elle ne voit pas les passants, elle attend qu'on vienne la chercher, elle pense avec une colère triste à la jeune femme arrivée depuis trois jours au campement, qui pleurait ce matin en lui disant « je ne veux pas ». – 55 – Devant l'une des trois boutiques qui occupent le centre de la façade du teatro Sã da Bandeira, « Dance Planet », la plus proche de l'entrée du théâtre, un homme trapu blouson, jean fripé et bonnet rouge contemple, penché un peu pour mieux voir, quelque chose dans la vitrine. A cette heure de la journée les trottoirs, au bas de la rua Sã da Bandeira, sont vides, les voitures qui négocient en montant le petit S que fait la rue à ce niveau ont bien autre chose en tête, nous n'en saurons pas davantage.

56 – Sur le plâtre abîmé du rez-de-chaussée de la dernière maison de la rua da Bainharia qui dégringole, étroite comme un torrent, depuis São Bento, sous les azuléjos, à côté d'une porte sur laquelle une main ferme a dessiné en bleu, comme sur une planche d'architecte, une maison à tour dans une rue en pente, une main plus personnelle a posé le crâne rasé, les yeux exorbités, le nez décidé et les grosses lèvres d'un homme qui me transmet calmement l'adieu de la ville. 

6 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Pédagogie... on se demande s'il y a des "mineurs isolés" à Porto...

Belle photo de fin. :-)

Brigetoun a dit…

très certainement Dominique (mineurs isolés)

mémoire du silence a dit…

"le laisser plancher en croisant mes doigts derrière mon dos"
comme j'entends bien ces mots et comprends le geste ... je leur souhaite le meilleur pour poursuivre.

Brigetoun a dit…

Maria, oui et en même temps suis pas certaine que ferais mieux que lui (sourire)

Claudine a dit…

Il y en a partout des écoles françaises, dans chaque pays cela évoque quelque chose. Ma bonne amie des années du lycée venait de l'Ecole Française locale.

Brigetoun a dit…

il en reste mais beaucoup ont commencé à être fermée du temps de la fin de Giscard je crois (et là si j'au bien compris elle n'est pas financée uniquement par l'état ou même pas du tout... une association soutenue ou un truc de ce genre)