mercredi, janvier 12, 2022

Un petit tour et recours à l'atelier

 

petit vent frio

partir, renoncer, remords

reste la beauté


des défections, une malade non covid, un cas contact, notre réunion annulée, mon élève pas disponible... aurais dû passer tout de même à Rosmerta, en suis restée à une errance hésitation, un chandail très soldé et la pharmacie, et pour nourrir pauvre Paumée qui est en toute petite forme je recopie ma contribution au #14 de l'atelier d'automne de François Bon.


Extérieurs, traces

un jardin, ou la terre battue d'un enclos plutôt, avec deux arbres et une maison s'ouvrant par une véranda à l'arrière plan, un fauteuil d'osier transplantés dans la Chine d'après la guerre des boxers, et puis une robe blanche et sur les genoux un minuscule être enfoui dans de la dentelle


un jardin, ou la terre battue d'un enclos plutôt, avec un escalier montant vers le seuil d'ue villa, un arbuste croulant de fleurs, une terrasse bordée de balustres, un soleil lourd et ardent, trois silhouettes enfantines


une plage et une petite jetée au ras de l'eau en fond d'image, la baume et la plage arrière d'un voilier, les bleus du ciel ardent et de la mer frissonnante, les jambes d'un barreur


un jardin, un grand fauteuil d'osier rouge et grège posé sur la terre battue, une table basse en bambou en équilibre instable sur le ravinement de la terre, un pin parasol, une ruine en ciment armé et des buissons de lentisques


une allée bordée de buis, s'élargissant à mi-chemin pour entourer une fontaine de pierre moussue, avant de reprendre, étroite, vers la marquise d'une petite villa en briques


des arbres chargés de neige au delà des vitres d'une salle où sont alignées des chaises longues


les pins qui dégringolent en même temps que la rue vers la mer qu'ils cachent


les frondaisons de l'île au delà de la Seine, de la route vers Paris, d'une pente herbue, contemplées depuis un balcon


Tu n'as pas capté ces images, tu ne les as pas vues, elles n'existent pas, elles étaient pourtant sans doute là, passant entre tes yeux et ce qu'ils regardaient, lorsque des mots rappelaient des souvenirs, lorsqu'une voix revenait dans ton présent, lorsqu'un nom de ville, de personne, une atmosphère, un thème, des idées leur rendaient un semblant d'évidence.


deux fines ceintures de cuir brun sur deux robes de coton blanc, l'enfant encore poupine l'a remontée au milieu du buste, l'aînée la porte sur les hanches comme les dames, heureuse de s'être vue liane souple dans la glace de l'armoire et les yeux des autres filles


le bonheur de se voir dans les yeux de cet homme, son fiancé, si différent des gamins de son âge, et tant pis pour les fleurs du parterre cultivé par sa sœur sur lequel se sont posés


il a raison cet idiot qui prétend que le geste gracieux ne suffit pas au tennis, la balle est insensible au charme


l'annonce de la mort de son jeune frère, les enfants enfermés dehors, si seule pour retenir ses larmes, l'imbécilité des hommes, la cruelle futilité des guerres


le repos forcé, s'obliger à apprécier toutes ses compagnes de maladie, s'entêter, guérir, chercher à toucher les enfants dans les lettres qu'elle reçoit


les longues conversations dans le salon au dessus de la mer, parler de livres, de musique, accueillir avec charme les descriptions des jeunes femmes aimées par ses jeunes amis


les fêtes, une harmonie de vie même dans les disputes, l'appartement le plus petit où tous se retrouvent sans cérémonie visible


en retrait, presque noyée dans un buisson et d'autant plus présente, à la lisière des groupes qui parlent, se restaurent, présence essentielle, cloitrée dans la surdité qui s'installe, regarder vivre avec leurs amis les êtres issus d'elle et de ce corps qui vient d'être enterré


Présence rencontrée dans des albums, présence qui a perdu le mouvement qui faisait sa grâce, images perdues et voix effacée, un écho persistant encore dans ses filles pour ceux qui savent deviner, des souvenirs devenus légendes sans support, un surnom que ne connaissent plus les plus jeunes, cinq photos dormant sur des meubles dans cinq sur six demeures.

10 commentaires:

Unknown a dit…

Plaisir et réconfort de retrouver vos ciels bleus, Brigitte. La lumière est avare en ce moment en Bretagne et les gris habituellement propices aux voyages intérieurs font écho à cette sorte de torpeur qui s'est emparée de beaucoup d'entre nous: vie suspendue à devenir collectif inquiétant dans un pays gangréné par la haine de l'autre. Ecrire et lire, s'écrire et se lire, partager est un recours. Merci à vous et bonne journée.

Claudine Chapuis

Brigetoun a dit…

merci... mais comme réveil en retard et organisation de notre groupe bouleversée.. sais pas trop (le bleu semble s'être fatigué lui aussi)

mémoire du silence a dit…

Madame la Lune
là-haut si belle
dans le ciel bleu

et

beauté du clocher
absorbant la lumière

images captées
d'une réalité éphémère

Brigetoun a dit…

Maria... oui notre bleu semble fugitif ce matin..

arlette a dit…

Je rêve...écrire une image et s'apercevoir que seule, j'en ressens l'écho et un jour lointain quelqu'un d'autre parlera de l'image dans le cadre, sans savoir vraiment qui c'était

Brigetoun a dit…

protégée ainsi de ceux qui auraient pu voir l'image et critiqueraient en disant ce n'était pas vraiment ça

Godart a dit…

Bien que n'étant pas britannique, j'ai attendu l'heure du thé pour vous lire. Bonne idée car votre lecture correspond bien à cette heure où la luminosité du ciel commence à décliner. Une lecture de l'intime, une madeleine de Proust qui se marie bien avec le parfum de mon thé russe.

Claudine a dit…

Très beau texte, échos d'époques partagées et toute cette tendresse !

Brigetoun a dit…

Godart, pour le premier jardin il l'aurait fallu chinois mais ça ne fait rien

Brigetoun a dit…

trop gentille une fois encore Claudine