Le maçon est arrivé avec un peu plus de trois-quart d’heure de retard, juste de quoi faire remonter ma tension (avec la crainte de mettre à mal la courte robe doublée de coton rayée bleu et blanc que je ne mets qu’une fois chaque année, incapable que je suis de repasser sa forme baroque au moment où je me souvenais de la menace de pluie trop tard pour que je puisse me changer). Il est intervenu avec zèle, m’a expliqué que je ne devais pas mettre un pied dans la cour pendant une dizaine de jours et qu’il reviendrait trois ou quatre fois, ce qui a transformé la tension en désespoir muet avant de me libérer trois quart d’heure avant le début des deux pièces tant désirées du dernier programme de Vive le sujet! Au Jardin de la Vierge, boulevard des Lices… J’ai enfilé sur ma robe le court bidule imperméable kaki, tenté de mettre de l’ordre dans mes cheveux de plus en plus sales et indociles et m’en suis allée, avec une allure absolument formidable (bon en temps de festival on en a vu d’autre) et grimaçant des mon effort
me persuadant que le plaisir attendu donnait à mon pas la fermeté allègre qu’il n’avait pas.
Je suis arrivée au Jardin de la Vierge un quart d’heure avant le début de la représentation juste à temps pour voir un garçon (très gentil au demeurant) en sortir et la fermer en m’expliquant avec fermeté qu’à cause du risque de pluie ils avaient décidé de commencer une demi-heure en avance… que la première pièce, celle de Laura Vasquez, était en cours et que donc il était hors de question de me laisser entrer ce que j’ai reconnu (même si j’étais moins d’accord sur la décision d’anticiper). Pour la forme je vous mets les photos préparées en les empruntant au site du Festival et la courte description qui les accompagne (me donner fugitivement l’impression que je ne vais pas en rester à un billet à jeter)
« Premier millimètre » de Laura Vazquez
Laura Vazquez fait une lecture performance. C’est une lecture de la langue en vie dans le corps, la voix, l’espace. La poète russe Marina Tsvetaïeva écrit : « La poésie est le premier millimètre d’air au-dessus de la terre. » La parole dans et avec ce premier millimètre n’a rien d’inoffensif, n’a rien de faux, n’a rien de mort.
« La pensée continuera de danser » de MazelFreten
Le duo MazelFreten allie danse et philosophie pour imaginer une forme singulière, conçue avec le philosophe et essayiste Emmanuel Leclercq. Sans chercher à expliquer le geste chorégraphique, cette pièce en révèle les résonances et prolonge leur recherche d’une danse incarnée, profonde et accessible, où le corps devient un lieu de pensée et la scène un espace de fête, de jeu et de rêve. Là où le mouvement lui-même devient une forme d’espoir.
Et je m’en suis revenue vers l’antre, avec un détour par la rue Bonnetterie et la rue d’Amphoux pour renifler un peu de festival, par les halles (où ne suis pas entrée, je n’avais rien pour porter d’éventuels achats) me contentant de deux photos dans le tout petit étalage pour ma provision de photos de fleur, par le Vieux Sextier etc… ne rencontrant que quelques gouttes de pluie
J’ai enfilé mon actuelle tenue pour trainer : vieux short et tee-shirt, fait un petit tour sur internet, préparé et avalé (en entendant quelques passages d’orages) un robuste déjeuner et me suis endormie pour une longue sieste, d’où j’ai émergé vers seize heures à temps pour me préparer à partir vers l’Isle80 et « Le Cahier d’un retour au pays natal » d’André Césaire lu par Joël Lokossou et là, honte à moi, alors que l’air est actuellement sec et frais (sous un ciel couvert) je me suis sentie si crevée, loque sans réaction que j’ai abandonné, suis restée dans l’antre où je vis dans les gravats et les trainées laissées par l’ouvrier (voyant s’éloigner de plus en plus le temps des lessives et repassages, pas faciles à négocier avec ses passages) ne gardant de mon projet du jour que « Le Pas du Monde » dans la Cour d’honneur
J"ai donc remis ma robe, enfilé par prudence le bidule kaki contre la pluie, pis mon sac et ma canne et suis sortie, écoutant le bruit du tonnerre pour assister dans la cour d'honneur à l'heure du spectacle du Collectif XY "Le Pas du monde"
Photo prélevé sur le site, et la présentation du spectacle
S’adaptant aux dimensions de la Cour d’honneur, le Collectif XY réunit vingt-deux artistes qui interrogent notre rapport au vivant, révélant nos fragilités, mais aussi tout ce qui nous relie. Depuis une vingtaine d’années, ce collectif appréhende les portés acrobatiques dont il s’est fait une spécialité, comme un langage à part entière pour créer une forme unique de poésie aérienne. Pyramides humaines pour figurer les montagnes qui s’érodent, colonnes vacillantes rappelant le souffle du vent dans les arbres, effondrements évoquant la fonte des glaciers... Les mouvements s’enchaînent à toute vitesse avec une virtuosité devenue leur marque de fabrique, composant et décomposant un paysage en perpétuelle évolution. Les chants chorals dont ils et elles se sont emparées pour cette création rejoignent la vibration des corps pour nous placer en résonance avec la nature.
Je garde ce qui précède et qui était préparé sous réserve de modifications mais… suis donc sortie avec robe et bidule kaki pour découvrir a) que l’orage n’attendait que cela pour s’abattre en violents torrents d’eau et b) que le bidule kaki ne semblait pas vraiment étrange, si peu qu’en arrivant rue Molière il s’était mué en un fin linceul collé à ma robe et ma peau… Ai attendu avec gestes personnes sous l’abri léger d’une banne du grand hôtel et comme il semblait que cela faiblissait suis allée au renseignement et revenue avec un « c’est maintenu »… discutant avec un responsable j’ai appris qu’en fait on attendait une petite demi-heure le retour au sec, puis qu’il faudrait assurer la sécheresse du plateau (pour les voltiges cela semblait indiqué) que je disposais donc de trois quart d’heure pour rentrer chez moi et me changer;… seulement voilà retournée dans l’antre, m’étant extirpée des tissus trempés, ayant enlevé mes chaussures, m’étant bouchonné, ayant séché mes cheveux… ben je n’ai plus eu le courage d’enfiler des bidules secs, de changer de chaussures, de repartir en galopant…et suis reste minablement dans l’antre laissant le reste du public se réjouir de la grâce légère de ces voltiges… Je ne mérite pas le festival…



















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