et franchir la porte de l’Oulle juste à temps pour voir le bus de Villeneuve en train de charger des voyageurs majoritairement festivaliers
Flâner un peu sur un trajet légèrement différent de l’aimable troupeau cultivé (j’avais fait pipais avec un couple lui debout, nous les femmes assises, pendant le trajet) jusqu’à la Chartreuse.
J’avais un peu trop tardé et la file d’attente dans le cloître était longue… mes voisins d’arrière file insistent pour que je m’impose dans les premiers pour avoir une place avec bonne vision (ce que nous ne savions pas c’est que de toute façon le tiens était cette fois équipé d’un gradin à belle pe net assurant bonne vision)… je refuse en me disant certaine que je me débrouillerai…
en effet j’ai inauguré un strapontin au second rang, parfait (et les strapontins suivants ont fait le bonheur d’imitateurs) et nous avons attendu le début de ce spectacle auquel je tenais tout spécialement pour raison personnelle « Mon frère » spectacle de François Gremaud…
Sous la photo de Christophe Raynaud de Lage prélevée sur le site du festival je reprends la présentation
Pour Christian Gremaud, prendre sa place dans un monde d’entendants n’a rien d’évident. Sourd, il a grandi en faisant face aux violences et aux exclusions que cela implique. Parce que son théâtre profondément corporel doit beaucoup à son frère, François Gremaud a conçu pour lui cette pièce en forme d’hommage. D’abord porté par un désir de justice, Mon Frère dépasse le témoignage pour devenir un lieu de partage, un hymne à l’égalité, une expérience mêlant poésie, humour et puissance expressive de la Langue des Signes Française. Sur un plateau dépouillé, les deux frères entrent en résistance, partageant leur amour et leur appétit de vivre.
Ainsi que deux passages de l’entretien donné par François Gremaud et figurant sur le programme de salle
À l’origine, il y a le projet politique. Parce qu’il est Sourd de naissance, Christian a vécu une série d’expériences professionnelles extraordinairement douloureuses. Il a grandi dans un monde qui ne lui a pas laissé la place qu’il méritait. C’est d’autant plus violent qu’il est très engagé politiquement dans la défense de sa communauté….
Au départ, je pensais raconter son histoire et celle de la LSF, avec leurs lots de discriminations. Au fil de l’eau, je me suis mis à écrire une troisième histoire qui est celle de ce spectacle, à œuvrer pour une égalité réelle en essayant d’éviter le regard de l’entendant « majoritaire » sur le Sourd. Mon Frère est le fruit d’une expérience qui conjugue poésie, humour et puissance expressive de la LSF et s’adresse à la fois aux Sourds et aux entendants.
Alors bien entendu la raison de mon tout particulier intérêt pour ce spectacle (ma famiglia et petite soeur bien aimée) ne correspond pas complètement à l’histoire des deux frères mais j’ai retrouvé la force; l’humour, les peines , la joie et l’amour.
Ce qui m’a fait partir, me laissant quelques minutes pour sortir de cet état, un peu en retard sur les plus fringants et marcher seule, avançant en peinant dans la fournaise qui se faisait terrible, cherchant sans succès si un des restaurants de Villeneuve proposait quelque chose me convenant, penchée en avant avec l’impression de devoir fracturer la tôle surchauffée qu’était l’air… Partagé en riant avec une contemporaine un siège… vérifié l’heure du rendez-vous avec la coiffeuse… perdu du temps pour le déjeuner…
le finir en me pressant juste à temps pour être à seize heures trente chez elle et me laisser persuader de couper radicalement ma toison (pas certaine d’avoir eu raison mais ma foi c’est fait… Vais bouffer mes cheveux)
Retour dans l’antre, préparer ceci, vaquer doucement, boire verre d’eau sur verre d’eau
Partir à neuf heures et demi vers le Jardin de Mons pour assister au spectacle de Gwenaël Morin (une des raisons de mon attente parce que bon souvenir) « Le deuil sied à Electre d’après Eugène O’Neill (3 heures 30)
Sous une des photos de Christophe Raynaud de Lage je recopie la présentation que donne le programme
Passionné par la figure d’Électre, Gwenaël Morin a choisi la pièce homonyme d’Eugene O'Neill pour clore son cycle avignonnais “Démonter les remparts pour finir le pont”. Dans Le deuil sied à Électre, le dramaturge américain reprend le mythe des Atrides – du meurtre d’Agamemnon à la vengeance d’Oreste – en le transposant aux États-Unis, au sortir de la Guerre de Sécession, dans un monde qui contient en germe l’Amérique actuelle. Gwenaël Morin avoue avoir toujours été fasciné par les scènes de crise – ce moment où le drame bascule. Trouvant chez O’Neill de quoi étancher sa soif, il se jette à corps perdu dans cet univers, dont l’architecture fragile et virtuose repose sur la psychologie des personnages. Jouant de la proximité anglaise entre les mots mourning (deuil) et morning (matin), le metteur en scène s’interroge sur le deuil et sur la promesse secrète qu’il recèle d’une aube à venir.
Ainsi que des passages de l’entretien donné par Morin figurant sur le programme de salle
J’avais le projet de mettre en scène la tragédie d’Électre dans les versions d’Eschyle, Sophocle et Euripide, car il se trouve que le mythe traverse les œuvres de ces trois dramaturges. D’une certaine façon, je voulais les mettre en concurrence, étant entendu que ces auteurs se sont souvent retrouvés en situation de concours à leur époque, mais le projet a dérivé progressivement et m’a amené vers ce texte pour lequel j’ai eu un coup de foudre et – chose rare – j’ai décidé de m’y fier…
Il transpose le mythe au sortir de la guerre de Sécession, dans le contexte de l’abolition de l’esclavage qui va devenir un événement fondateur de ce que sont les États-Unis aujourd’hui. Vous savez, quand Trump a été réélu, certains commentateurs y ont vu un backlash consécutif à la lutte pour les droits des minorités : cette idée selon laquelle on paierait pour être allé trop loin dans le progressisme. C’est bien sûr totalement absurde mais l’histoire de ce pays se nourrit de cet imaginaire, de luttes pour les droits suivies de réactions violentes. O’Neill écrit en 1931 : c’est une quinzaine d’années après Naissance d’une nation, ce film dystopique et suprémaciste qui revient sur la guerre de Sécession en présentant les personnes esclavagisées comme une horde sauvage et le Ku Klux Klan comme une armée de libération christique du pays.
Une place pas si mauvaise… une ambiance : troupe, ouvreurs et ouvreuses, public, agréable… Et cette façon qu’a Gwenaël Morin de demander aux acteurs (qui de toutes façons restent toujours plus ou moins en vie même quand ils ne sont pas dans l’action, de rester plantés et de dire le texte avec un soin d’exactitude si apparent qu’u début ils semblent jouer faux et qu’une fois que nous sommes bien surs d’être devant des acteurs jouant des personnages que nous apprenons à connaitre, l’incarnation se fait peu à peu… leur jeu s’assouplissant - jusqu’à ces moments où des rires complices nous viennent…
Bon il était temps que les trois heures et plus s’achèvent parce que mon attention était là mais la courbure vers l’avant de ma nuque également.













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