jeudi, avril 17, 2014

bleu d'Avignon, Mistral et Mallarmé


Ces images de mon ciel, de ma ville ce matin... et Brigetoun les yeux dans l'un, les pieds sur les trottoirs de l'autre

J'ai lu, en rentrant, chez Philippe Aigrain http://www.atelierdebricolage.net/?p=5778 ce quatrain intitulé «tamis»
bleu sans fond du ciel
et ventre serré
l'esprit en friche
tamise les herbes
et avec son autorisation, je le lui emprunte, parce que, sauf peut être le talent de tamiser les herbes, ai reconnu mon matin.


Et comme, pour une raison inconnue, j'étais dans un jour de toute petite forme, en mode faiblarde-résistante, n'ai pas grand chose à y ajouter..
Juste l'admiration devant la belle résistance au vent, à la pluie, au temps, du petit chapeau ou de la houppe en argile dont quelqu'un a affublé, comme je l'avais vu il y a quelque chose sur un blog ami, la dignité de Frédéric Mistral... et j'avoue que je ne suis pas assez familière avec lui pour deviner ce qu'il en aurait pensé.
Suis partie à sa rencontre dans la correspondance de Mallarmé, et ma foi, en ai tiré impressions variées
dimanche 31 décembre 1865
Mon cher Mistral,
Voici une triste année pour moi, puisque je ne vous ai pas vu. Il en est toujours ainsi : vous ayant connu, et sachant que vous habitez un des diamants de la voie lactée, j'inventerais des ailes insensées pour vous y rejoindre : quarante lieu nous séparent, et je ne trouve pas moyen de vous presser la main. Laissez-moi vous promettre, j'aime les voeux qui me lient, en commençant cette nouvelle année, que nous nous rencontrerons, n'importe comment, n'importe où. Cette heure sera divine pour moi, car, alors, j'aurais lu votre poème splendide, (dont l'attente me désespère) et, de mon côté, je vous offrirai sans doute un des premiers exemplaires de l'Hérodiade, oeuvre de mes nuits ravies....
mais, à Madame Mallarmé, le 17 août 1866, d'Avignon
Ma bonne petite Marie,
Je n'ai pu t'écrire hier, parce que j'ai été visiter Mistral, à Maillane, et passé une charmante journée, car il m'a, cette fois, parfaitement reçu...
ou, de Bezançon, à la fin d'une lettre à Henri Cazalis, le 14 mai 1867
J'ai lu ces temps-ci le poème de Mistral, que je n'ai pas lu plus tôt, mais qui m'a semblé vraiment faible... (Calendau)
et, cependant, de Bezançon, toujours, en août 1867
Pardon, mon bon Mistral ! je souffre cruellement du cerveau, depuis une saison, et toute lettre m'est interdite. Aux rares heures de répit, je reprenais votre beau livre (Calendau), afin de me rapprocher un peu de vous avant de vous écrire, mais quand la douleur tyrannique me rappelait au mauvais rêve de ma vie, j'étais au dernier chant, et j'avais laissé passer, dans un enchantement coupable, les minutes qui vous étaient destinées – doublement ingrat.
Aujourd'hui je profite d'une excessive fatigue, qui, par sa tension suprême, m'arrache aux tourments quotidiens, non pour vous parler de ce beau poème qui s'ouvre sur la vie de l'homme comme son décor sur la mer lointaine de Provence, mais pour vous serrer simplement la main, avec toute l'émotion que mes yeux fixes, quand je venais de vous lire, ont souvent plongé dans la rivière qui coule sous ma fenêtre vers ce Midi que vous êtes et que je regrette tant.
Tant de sensations exquises, vous me permettrez de ne pas les analyser dans cette lettre, et de les garder pour le temps, proche je l'espère, où revenant parmi le soleil, loin du noir et humide climat qui m'achèverait, je vous reverrai à Maillane comme il y a un an.
En attendant, je vous aime et vous emporte pour un mois que je vais passer dans les sapins, afin d'incendier ces noirs solitaires de l'or bourdonnant de vos vers, plus abeilles que cigales encore...
et j'en suis restée là, pensant qu'au delà de la petite hypocrisie de rigueur, Mallarmé semblait avoir surtout plaisir à rencontrer l'homme, sans la respectueuse soumission des disciples (plus facile de s'entendre avec le gentil Aubanel), que le poète...
m'en suis allée, grâce à Gallica, lire le début de Calendau dans l'édition de Roumanille, (et n'ai pas trouvé le nom de Mallarmé parmi ceux des critiques louangeurs cités comme une introduction avant le portrait de l'auteur) http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k102760z/f3.image – pas bien longtemps, je l'avoue, parce que venait l'heure d'arroser, de me pencher sur le buis malade, de découvrir une puis deux puis trois... toutes petites chenilles et d'entreprendre chasse, coupe etc... longuement
O princesso di Baus ! Ugueto,
Sibilo, Blanco-flor, Bausseto,
Que trounavias amount sus li roucas aurin
Cors subebéu, amo galoio..
ou plutôt, selon la «traduction en français en regard», parce que plus à ma portée (moi qui dit fadate pour fadade)
O princesses des Beaux ! Huguette,
Sibylle, Blanchefleur, Baussette,
vous qui là-haut pour trône aviez les rochers d'or,
corps exquis en beauté, âmes allègres,
donnant l'amour, versant la joie
et la lumière, les monticules
de Mont-Pahon, les landes azurées de la Crau,

Dans leur mirage d'aujourd'hui
reproduisent encore votre image...
Les thyms eux-mêmes ont conservé l'odeur
de vos traces ; et il me semble
que je vois encore, guillerets,
courtois, coureurs et guerroyeurs,
que je vois à vos pieds chanter les troubadours..
Pardon, sais pas ce qui m'a pris (la faute en revient à celui qui a ainsi coiffé le buste auguste)

9 commentaires:

Dominique Hasselmann a dit…

Mallarmé fait souffler le vent.

brigitte celerier a dit…

Mallarmé et Avignon : accords variables...
petit professeur bien ou moins bien vu, et grand poète

arlettart a dit…

Bel enchaînement ...le vent fou est savant dans les têtes

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

Frédéric Mistral aussi a été affublé de cette houppe en argile, à l'instar d'Esprit Requien photographié l'autre jour par Fardoise.
Hier il y avait je crois au lycée portant son nom l'inauguration d'une statue de Frédéric Mistral. Un rapport ?

brigitte celerier a dit…

ah oui c'est vrai me suis trompée... en le voyant je ne me suis plus souvenue que sur la photo c'était Requien... le chapelier a sévi d'un bout à l'autre de la rue de la République !

Gérard a dit…

..en tout cas toi question inspiration tu es toujours bien armée

brigitte celerier a dit…

euh.. disons qu'il m'arrive de suivre une piste

Françoise Dumon a dit…

Je n'avais pas vu que l'on avait fait la même chose à Mistral et à Requien, à qui d'autre ?

ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ a dit…

À Pamard !