mardi, avril 09, 2013

Voulais petites notes égrenées... verbiage fut


Brigetoun, brusquement, s'est sentie trop papillonnante devant la richesse du monde virtuel, et le reflet du monde où sommes enclos, a trouvé coquille, toute de pureté et de solidité apparente – ignorer l'évident risque de bris – s'est rencognée, a passé de temps en temps ses yeux au dehors, en flottaison fugace sur internet, n'a rien fait de disible (ou non avouable) – a tenté de comprendre le monde à travers les indignations qui fusaient en coeur vertueux et outragé.

La lumière dimanche soir était d'opale infiniment doux à l'horizon de ma rue, dans la tendresse fugace de l'air.

Ai frissonné avec détachement en lisant l'amour criminel de Marie-François Goron, http://www.publie.net/fr/ebook/9782814507166/l-amour-criminel avec un peu de la petite fascination humaine et misérable sans gravité pour le crime, avec le plaisir du style vif de l'auteur, de son ton de fin/début des siècles précédents, de le trouver, avec ses responsabilités, la revendication de ses succès, assez humain pour estimer qu'il aurait été blâmé par une équipe sortante (par l'actuel ministre un peu aussi, moins sans doute) pour laxisme léger, quand il évoque le rôle de la société, quand des petites notes de morale se glissent dans son récit comme
Cela, du reste, la plupart du temps, n’a d’autre résultat que de la faire poursuivre par la justice comme receleuse. — Je me hâte d’ajouter que les poursuites de ce genre m’ont paru souvent injustes. — Ces malheureuses ne peuvent avoir que des idées très rudimentaires sur la morale ! Une d’entre elles, inculpée du recel d’une montre volée par son amant, me disait :
J’ai pas pensé à lui demander son état-civil, à c’te montre !
Toujours, je l’avoue, j’ai été très large pour les pauvres créatures arrêtées dans ces conditions, et je ne les impliquais dans les affaires où figuraient leurs amants que si leur culpabilité était bien démontrée, et consciente ! La plupart des magistrats parisiens partageaient, du reste, mes idées à ce sujet.
Ne sont-elles pas toujours les victimes ? Il faut qu’elles donnent à leur souteneur tout ce qu’elles ont, et quand elles reçoivent de lui un bijou ou une robe, elles s’en vont en prison comme receleuses !
Et j'ai dépassé l'hôtel de Jupien dans le Temps retrouvé

Lundi matin le frais nous est revenu, sans agressivité, s'installant peu à peu en moi pendant ma petite marche dans les rues en travaux, et le ciel était mort.
Ai suivi jeudi et samedi de longs moments des débats à l'assemblée, ai eu un peu de baume au coeur en constatant que, parfois, les députés socialistes sortaient de leur morose, réprobatrice, malheureuse acceptation de la consigne et amélioraient légèrement le soit disant accord unanime (comme si le rôle des législateurs était de donner la force de la loi au renoncement devant des contrats déséquilibrés). Ai frémis de colère en entendant le rapporteur répondre «il y a beaucoup de socialistes et pour certains je vous les laisse» (pas les mots exacts, mais le sens était celui là, et le ton incisif et rapide) à Chassaigne qui appuyait ses amendements sur ce que clame Filloche, qui sait de quoi il parle.

Ai ouvert, comme on prend un bonbon dans une boite, Meydan la place 2 http://www.publie.net/fr/ebook/9782814597273/meydan-la-place-2, l'anthologie d'auteurs turcs contemporains réunie et présentée par Canan Marasligil, ai savouré la richesse que j'ai cru deviner, me suis résignée à perdre la partie sonore à cause de mon mauvais équipement, et fait déjà, le temps d'une tasse de thé, une promenade délicieusement vivante sur le Bosphore avec les photos belles et aiguës d'Erinç Salor qui accompagnent la flânerie littéraire d'Esra Almas, heureuse qu'ils me tiennent la main, me montrent ce qu'il voit, m'indique, elle, l'épaisseur des textes qui l'évoquent,
Naviguer en vapur le long du Bosphore est le moyen de découvrir la ville de l’intérieur tout en étant en même temps à l’extérieur. Le trajet permet une expérience de contrastes et de convergences. Le résultat peut se trouver dans l’appel de la silhouette brumeuse de la ville vue depuis les rives du cours d’eau. Une silhouette tissant des sens immédiats de la ville avec les palimpsestes de son histoire, et des visions pour l’avenir

Samedi soir, opéra, un concert les trilles du diable et Brigetoun un peu étonnée d'être là.
Un quatuor de bonne qualité, le Quatuor Illico, un contrebassiste Stanislas Kuchinski et un violoniste solo Nemanja Radulovic (tenue vaguement cosaque en version balkan, à la sauce Chatelet, une énorme crinière crépue évoquant une perruque louiquatorzième mais noire, des sourcils épais et éloquents, mais : cette théâtralité légèrement agaçante tempérée par un peu d'auto-ironie et le souci de la musique, un vrai talent, un violon au son fruité et allègre)
Stupidité de mon ignorance et mon recul instinctif – une belle exécution du caprice basque et des airs bohémiens de Pablo de Sarasate (même si ne me serais pas déplacée pour cette musique, question de goût) – une pièce d'Aleksandar Sedlar spring in Japan écrite après le tsunami, belleune bonne interprétation du poème pour violon et orchestre de Chausse (mais là encore je n'aime que très modérément), mais deux arrangements pour une chaconne de Bach et un adagio de Mozart - afin de montrer au grand public que la musique classique était une belle chose, nous a-t-il gentiment annoncé -. Seulement, je ne dois pas être assez grand public, et si j'ai trouvé un charme virtuose et sentimental à ces exécutions (ou parce que j'ai trouvé...) j'ai cherché un peu Bach, je n'ai pas trouvé Mozart.
Retour dans une bourrasque hivernale, la pluie glacée et le vent se joignant pour me chasser vers l'antre.

Moments de soleil entre averses, pétales roses et cyclamens ramassés, bambou haut, robuste et passablement fané, quelques bourgeons sur une partie du saule qui semblent se trouver très seuls – la plante courbe qui s'était couverte l'année dernière, pour la première fois depuis trois ans, d'une toison de fleurs blanches serrées et drues, se borne cette année à quelques bouquets qui m'attendrissent de beauté fragile.
Me voici loin des quelques mots égrenés que voulais...
Tout ceci est finalement bavard, assez sot, dépasse les notes lapidaires que voulais, et ce en quoi nous baignons, Cahusac, les réactions, l'enquête sur les paradis fiscaux, ne saurais en parler ici – laisser cela en surplomb.
Juste un peu de narcissisme mais pas que... parler d'un eBook (gratuit chez Immatériel) sur une idée de Thierry Crouzet (et par ses soins) cinquante micro-nouvelles http://librairie.immateriel.fr/fr/ebook/9782919358496/50-micronouvelles ne dépassant pas la taille d'un tweet, soit 140 caractères, drôles, tragiques, sérieuses, moins sérieuses, pour une lecture diaprée et rapide, réunissant 50 auteurs et pseudo-auteurs puisque Brigitte Célérier s'y est glissée avec cette oeuvre immortelle :
On marche, on tourne un coin, et soudain, devant la porte d’un petit square de l’autre côté de la rue : un revenant se penche sur un landau.
Me demande si j'ai bien fait de revenir charger Paumée, pauvre cher, de ce verbiage

5 commentaires:

Pierre R. Chantelois a dit…

« j'ai cherché un peu Bach, je n'ai pas trouvé Mozart »

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Et nonobstant cette quête inaboutie, vous avez suivi un itinéraire qui s'inscrit encore une fois hors du commun. De vos lectures éclectiques jusqu'aux observations lucides sur le temps qu'il fait et sur ses influences, votre itinéraire est pour le lecteur ou la lectrice un véritable régal pour l'esprit et pour les yeux (car nous tentons de recréer bien intérieurement ce périple dans les arts que vous fréquentez si bien).

Dominique Hasselmann a dit…

Musique, lecture (+ politique et météo) : il était impossible que vous ne vous y remettiez pas - en ligne(s)
...

arlettart a dit…

Parfois on se méprend sur un spectacle ..mésaventure en écho avec "Ali Baba" de Macha Makeïeff mais ne sais pas si bien que toi d'un coup de phrases pointues , exprimer mon sentiment personnel

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

Un hommage à Marcel Duchamp sur la première photo ?

Gérard Méry a dit…

Tu est sortie de ta coquille ?