samedi, octobre 03, 2009


L'homme aux mains merveilleuses, pour un instant s'en était allé, et ils étaient seuls, dans la pièce abandonnée, sans son travail attentif - il n'y avait plus que l'eau et la tasse pour évoquer son corps, la nécessité de boire - ni dialogues à voix presque basse avec les musiciens en peine.

J'ai osé m'arrêter et les regarder, admirer la diversité des tailles, la note sombre d'un pendu, le chatoiement des bois, la blondeur lisse, les caramels, le miel chaud de l'abandonné, l'ampleur fuselée du oud, et je tremblais presque de l'envie, puisque personne ne regardait, de les toucher, poser mes mains sur leur vernis, sans, même en un rêve audacieux, imaginer que je pourrais, fugitivement, chercher en eux la musique qui dormait, ne l'ayant pas appris.

Eux ils attendaient, indifférents à ma présence, là, derrière les barreaux.

J'étais en prison... et, comme des pas sonnaient sur mon trottoir, me suis évadée.

10 commentaires:

Chri a dit…

A chaque fois que je passe ici, je pose deux yeux pour guetter les gestes.

JEA a dit…

On peut en douter pour les humains, mais les violons, oui, ils ont une âme.

tanette a dit…

Ils sont tellement beaux, ils donnent envie de rêver comme tu l'as fait en les regardant.

pierre a dit…

écartant les cordes
longuement la note résonnait en nous
en pizzicati
tu as fuis

arlettart a dit…

Joue encore du luth sans corde ....
Le son viendra de la nature du bois,se prolongera , au- delà e la nuit profonde....
un écho d'un poème Tang ..paroles à peu près selon mon souvenir

Gérard a dit…

Je pense soudain à mon père qui jouait si bien du banjo...

Avignon a dit…

C'est fou comme le dehors peut être une prison.

Elisabeth.b a dit…

Un beau livre, théoriquement pour enfants : Le luthier de Venise, de Claude Clément, illustré par Frédéric Clément (Ed. Pastel) :

« À Venise, dans le jardin de la petite boutique d’un luthier, s’épanouit un arbre magnifique dont le bruissement des branches produit une musique ensorcelante. Quand un hiver l’arbre s’éteint, le luthier fait découper son bois et le range dans un coin de sa maison. »
(Ariane Tapinos)

joye a dit…

Un bijou de texte, brige.

micheline a dit…

des barreaux qui nous séparent de tout ce qu'on ignore et que l'on convoite et qui enflamment notre imginaire,ou notre désir sensuel du beau,?