lundi, novembre 23, 2009


de mon trop long, trop court passé,
rien ne veux ridant ma pensée,
j'en ai perdu le souvenir

silence cloué d'aspérités
dont plus ne sais la vérité,
dans mon trop long, trop court passé

long flux où je m'en viens flotter,
pour recréer réalité,
car j'ai perdu le souvenir

tourments, plaisirs, douces peines,
remords, j'y flotte sereine,
de mon trop long, trop court passé
j'en ai perdu le souvenir

senteurs, goûts me reviennent
les lueurs des amours miennes,
de mon trop long, trop court passé,
j'en ai perdu le souvenir

mots pauvrets qui tournaient dans ma tête, dimanche matin, pendant que, recouchée, j'appuyais ma joue contre le drap, en refus têtu d'entrer dans le jour.
Résultat, un peu de ceux rencontrés dans "l'inquisitoire", re-lecture après une grosse trentaine d'années, emportée fascinée de descriptions en réticences, dans le flux pendant ces dernières soirées
"Me souvenir me souvenir est-ce qu'on se souvient on a fait deux trois choses on n'en a vu guère plus il en reste à peine la moitié dans la tête, ces choses d'avant est-ce qu'on s'en souvient on raconte quelqu'un dans la tête pendant des années les a changées ce ne sont plus elles puisqu'elles sont encore là, quand elles sont arrivées on n'essayait pas de s'en souvenir on avait d'autres soucis et quand elles nous reviennent dix vingt ans après elles ont été refaites personne ne les reconnaîtrait plus celui qui leur donne cette figure on ne sait pas qui c'est, non ce ne sont plus des souvenirs c'est quelque chose qu'on aurait désiré même le malheur on le désire sans savoir on l'accroche ici ou là à ce qui pourrait le faire venir et c'est plus tard beaucoup plus tard qu'on s'aperçoit qu'il est venu il est là il fait l'appeler un souvenir mais ce n'est pas lui,..."

Résultat, surtout de l'attente puis du début de lecture du n°4 de la revue "d'ici là" chez publie.net, «Le palimpseste de la mémoire est indestructible» http://www.publie.net/tnc/spip.php?article256 avec un fichier audio, lecture reprise dans l'après-midi de dimanche, mine de textes, photos, dessins, aquarelles (les flous visages mouvants de Stéphane Dussel), et les deux ou trois brides ci-dessous ne sont pas vraiment là par un choix, plutôt par hasard et pour leur tolérance pour le tronçonnement
« Et si je suis sidéré, si j’écris sur la sidération qui est la mienne, c’est pour dire ceci : que j’attends que le temps devienne souverain où je demeurerai dans la beauté des choses, y ayant demeuré, l’ayant connue comme le règne dont procède et auquel se rendra, déposant les armes d’un beau combat vain, mon être.
Toi qui va demeurer dans la beauté des choses, y demeurer enfin
Y demeurer enfin depuis la fin d’une vie belle d’arrachement libre. »
Emmanuel Tugny, extrait de «Sidération», à paraître chez Léo Scheer
«Juliette pense béton pense terrasse bétonnée sous treille à claire voie – dessous la lumière bouge comme les abeilles – longtemps de ça : grand-mère, tartine et siestes obligatoires, Juliette pense bê pense bê bête pense béton pense Juliette pense précisément complicité des bétons entre eux qui communiquent, par capillarité, quelque chose de l’ordre de la télépathie entre terrasse bétonnée et mortier du brise-lames qui restitue Juliette pense bête qui restitue aujourd’hui comme chaleur les mots les sensations que le béton poreux de la terrasse a emmagasiné sous les pas de Juliette petite ces mots »
Juliette Mezenc, dont j'aime le blog http://juliette.mezenc.over-blog.com, dont j'ai aimé « sujets sensibles » publiés chez publie.net également

et ce choix me déplait immédiatement, pour tout ce que je laisse d'intelligent, de beau, de léger, de grave..
« La rampe simple piquée de rouille sous les couches de peinture.
Le vent dans les rayures bleues des parasols : tout
est immobile sinon le souffle vers la mer.
Un hôtel sur la plage à l’arrière saison comment il est ancré
on pense à une tortue vieille. En vigile du monde. »
Jérémy Liron
« La porte, les deux fenêtres
la géométrie décalée
du fer qui les occulte
« Erbaut 1872 »
la mémoire la seule lampe
le thrène à l’inconnu
qui se penche
et lit
et pleure. » Jean-Yves Fick
mais il y a Claude Favre, Joachim Séné, Saint Augustin, Christine Jeanney, Pierre Ménard, Nicolas Vasse, Louise Imagine et puis, et puis (plus trois ou quatre qui me sont restés fermés)

7 commentaires:

micheline a dit…

Heureux sont ceux dont les souvenirs truqués prennent la place du présent qui disparait.
la douceur de retomber en enfance,du temps où le Père Noël s'appelait le Petit Jésus

Lou Feiniant a dit…

Excès de réflexion nuit à l'action... !

brigetoun a dit…

?

Florence_Trocmé a dit…

Très bel ensemble, polyphonique, le poème, les notes, les extraits, la générosité du tissage de l'écriture de soi avec la lecture de l'autre, tout ce que j'aime au fond ! Merci

jeandler a dit…

Il reste toujours quelque chose
Aucune gomme ne peut effacer un souvenir
L'image du palimpseste a toujours été une image fascinante pour moi.
Tous ces mots superposés, indélibiles, stratification de notre conscience peut-être aussi de notre in-conscience.

Muse a dit…

Beau rythme pour tes rimes...pour les souvenirs, je ne sais plus quoi penser...je croyais les avoir enterrés, ils ressurgissent!

JEA a dit…

le visiteur du soir avait dans l'oreille :
- "vents et marées..."
celui du matin relit sans se lasser :
- "de mon trop long, trop court passé..."