vendredi, décembre 11, 2009

Cette année, nous sommes débarrassés de l'horrible portique qui matérialisait l'accès au village de Noël, les volutes lumineuses tendues au dessus de la rue de la République ont perdu leur géométrie anguleuse et les sapins de la place du Change et de ma place Crillon ont gagné en taille (le dernier n'a plus l'aspect d'une petite ponctuation égarée) mais leur décoration de gros noeuds fripés et de dégoulinades sont lugubres à me serrer le coeur, ou presque.

Je pense que le groupe des illustres blogueurs avignonnais devrait proposer ses services pour les années à venir. Mathilde fournirait les symboles, Nathalie et Michel leur goût, les absents leur connaissance de la ville et Brigetoun son esprit critique qui, amitié oblige, pourrait s'autoriser une salubre virulence.

Mais la nature et son alliance avec les pierres sont là pour des petits plaisirs fugaces.

Suis partie, en fin d'après midi devenue nuit, vers la rue Saint Catherine, le théâtre du Chêne noir et "Guantanamour" de Gélas, qui tourne depuis 2002 je crois, et que je n'avais toujours pas vu.

"Un lieu secret, sans droit ni loi, une zone interdite. Deux hommes dans une cage grillagée. Le face à face en huis clos entre un G.I. et un prisonnier présumé membre d’Al Qaïda. Rassoul et Billy Harst : deux êtres que tout sépare et que tout oppose. "Vainqueur et vaincu, frères en frères disparus…". Intégristes, chacun à leur manière, et pourtant désintégrés par leur propre passé, un passé qu’ils portent en eux comme une guerre civile.

Une semblable désespérance, une commune révolte contre leur destin vont rapprocher ces deux hommes. Petit à petit, couche par couche, l’auteur leur fait quitter les oripeaux de la guerre, les idées reçues, les haines installées. Ils découvrent alors leur commune humanité. Ce qui arrive à l’un concerne désormais l'autre" dit le programme.

sauf qu'ils ne sont ni l'un ni l'autre intégristes, ni opposés par des croyances, mais se rendent compte très vite de leur fraternité de mecs des cités, floués de la même civilisation (et le prisonnier est un éducateur, pacificateur) – un bon texte, si l'on admet la possibilité qu'à Guantanamo un gardien soit affecté assez longtemps à un prisonnier, et enfermé avec lui dans la cage, pour qu'un échange, même en cachette, puisse avoir lieu, et que cette proximité-amitié leur soit révélée, qui les emmène loin du simple affrontement armée/force du mal, vers une contestation générale. Bien soutenu par de bons acteurs qui possèdent la pièce depuis longtemps. J'ai tout de même un peu décroché dans la longue scène finale - impression que l'auteur cherchait sa fin.

Sur le chemin du retour, j'ai fait trois pas dans le verger d'Urbain V pour voir ce qui restait de la dernière oeuvre d'Ali, moins spectaculaire que le trèfle à cinq coeurs fixé par Michel http://avignon.midiblogs.com/archive/2009/12/05/lou-treule-a-cinq-cor-d-ali.html mais dont j'aime la simplicité mouvante, et je me tenais sur le bord comme devant la caresse de la mer.

Et j'ai parcouru à nouveau, en rapide survol, le « Guantanamo 2006 » de Frank Smith http://www.publie.net/tnc/spip.php?article203

« L’homme dit encore,

Vous êtes de braves gens, vous respectez les droits de

l’homme.

Celui qui m’a dénoncé, a volé de l’argent aux Américains,

celui qui m’a dénoncé, je crois, est un ami des Talibans.

Quand les Américains sont venus chez moi,

ils ont exigé que je m’allonge par terre,

et j’ai obtempéré.

Ils m’ont séquestré pendant deux jours

et violemment battu.

Depuis je suis malade,

dit l’homme. «


9 commentaires:

Mathilde a dit…

Vous pourrez compter sur moi pour une collaboration symbolique à l'avenir et pour une collaboration tout court (et non pas toute courte), faite de partage, sans aucun souci, si tel est votre désir et je n'arrive pas à envisager, non plus, un retrait de la troupe. D'ailleurs, pourquoi tous attendre ? De toute façon, il semblerait que ce concept se soit déjà mis en place tout naturellement, les uns et les autres intervenons du mieux que nous le pouvons, pour prouver le réel intérêt que nous nous portons !
Nous ne sommes obligés de rien, et ce n'est certes pas notre "statut" d'Avignonais qui nous fait réagir de la sorte, mais de réelles affinités électives.
Continuez donc de nous transporter dans les jolis méandres de vos délicieuses ballades, pour notre plus grand plaisir Brigetoun, qui est une jolie façon de nous faire patienter avant de vous revoir pour de vrai !

JEA a dit…

Dernière photo : après les verres polis, ce sont des sables ondulants qui se partagent votre silhouette...

brigetoun a dit…

oui, sale manie que j'ai de ne pouvoir me séparer de moi

Avignon a dit…

À force, Ali Hammadi va bien finir par devenir célèbre !

jeandler a dit…

Voilà un nom tout trouvé pour votre association de blogueurs: "Les illustres d'Avignon". Bientôt un journal commun?

D. Hasselmann a dit…

J'ai cliqué par hasard sur la photo et le sable a envahi mon écran : vous seriez marchande de grains (de photo) et vous n'en auriez ainsi rien dit ?

brigetoun a dit…

Ali une petite célébrité pour initiés (si c'est possible) dessin très simple pour lui, mais j'ai aimé

Gérard a dit…

Spectacle insolite qui sort de tes sorties plus classiques

joye, plus aviron qu'Avignonnaise a dit…

Même sans l'ombre d'un doute, j'aime particulièrement la dernière photo.