samedi, janvier 16, 2010


Solide façade usée
qui montre ses blessures,
si lasse, sans discrétion.

L'âge comme un étendard,
cachée derrière ses plaies,
solide façade usée.

S'en faire justification,
en jouer, tentant l'humour,
s'exhiber sans discrétion.

Mais s'accorder la faiblesse
de fenêtres maquillées,
solide façade usée,
si lasse, sans discrétion.

Pour une autre maison, bien conservée, elle :
J’ai aimé l’idée de revenir dans cette maison, pour une journée en pointillés , puisqu’elle était, pour quelques jours, prêtée ou louée à petite sœur, son mari et ses filles… et l’ai découverte étrangère.
Tant d’années avaient passé depuis que les amis, juste amis mais si proches, s’en étaient allés, et qu’elle était possession et demeure de parents que je ne rencontrais pas, ou peu, ou autre part. Je ne l’avais pas vue se transformer, insensiblement, s’imprégner d’autres présences et l’odeur de notre adolescence, à moi et à ces grands bienveillants, s’était évaporée, ne pouvait plus être évoquée, semblait irréelle, sans rien où s’accrocher.
J’ai simplement pensé qu’elle nous serait douce, que nous pourrions nous poser, un peu, à sa surface, et elle l'a été - j’ai aimé notre déjeuner improvisé sur la terrasse.
Et puis, à l’heure de la sieste, j’ai posé ma main sur la rampe - et le contact était un petit souvenir de plaisir -, et suis descendue dans le jardin, la cour, et derrière l'élégance désinvolte - élégance ou imitation prétentieuse, peut être parodique je l’espérais - qu’elle avait maintenant, je cherchais, et il me semblait que c’était terre sèche et anarchie qui avaient été là.
Mais il y avait l’arbre penché, presque parallèle au sol, et sa très vieille peau. Je l’ai touché, j’ai fait un pas, j’ai jeté un coup d’œil dans l’espace ouvert sous la terrasse, j’y suis entrée. J’ai regardé les grandes tomettes poussiéreuses, les fers du plafond, la longue pièce ombreuse et j’ai senti sur mes lèvres le goût de la marquise, cette première boisson de nos premières sorties.
J’étais pleine d’attentes et d’espoir, d’une petite excitation retenue, d’une timidité non encore paralysante, je découvrais, j’avais quinze ans et eux un peu plus, une large jupe sur un jupon de crin et des sandales à la main, et Sidney Bechet jouait dans les rues d’Antibes.
Texte que j'ai repris, sans honte, après l'avoir tout de même un peu retouché, sur « j'ai aimé » pour lequel je l'avais écrit le 13 aout dernier, retrouvé en mettant en ligne le résultat d'une petite « remontée » de Paris. http://jaiaime.blogspot.com/2010/01/jai-aime-le-musee-de-lhomme-le-hall-et.html

10 commentaires:

mamita a dit…

les souvenirs reviennent ne garder que les bons amitiés

micheline a dit…

Il arrive qu'on ne conserve que des façades pour faire de la place derrière (cf; Hôtel du Nord et Cie...)
Au figuré aussi?

Mathilde a dit…

J'aime l'idée que l'on puisse se remémorer de bien beaux et grands souvenirs dans un espace limité où tout est fait pour faire remonter à la surface nos 15 ans d'hier !
Sans aucun doute, avec cette publication fraiche comme la rosée tu te poses là comme une adolescente dont une partie est forcément restée au fond de toi à ce jour pour nous rafraichir un peu également, la deuxième partie de ton post éradiquant largement la première !

fardoise a dit…

Me semble connaître cette façade et ceux qui se cachent derrière. Connait-on d'une maison, comme d'un être, plus que sa façade ?

arlettart a dit…

Il reste toujours un peu de soi sur une rampe ou un mur passé et même un peu de soie fanée

JEA a dit…

alors que tant de façades sont fades
celle-ci montre sans fards qu'elle a vécu...

joye a dit…

J'aime beaucoup tes vers, brige, et ta prose aussi, mais là, j'ai plus l'habitude de la lire sous ta plume.
J'essaie d'absorber afin d'améliorer la mienne. Méthose Assimilée, quoi. ;-)

Sylvaine V. a dit…

Me rappelle effectivement du festival de jazz d'Antibes. Même de Charles qui traînait sur la même plage.

Gérard a dit…

Sidney Bechet..à portée de trompette, quelle chance !

Gérard a dit…

Clarinette..je voulais dire