mercredi, février 03, 2010

Mardi, vers midi, cheminais, repartant avec les belles images, noires bleus et rouges, qui innocentaient mes veines (et donc l'effet des cigarettes sur elles), cou presque souple et joues et crânes quiets, goûtant la promesse de tiédeur de l'air, baignant surtout dans la gloire revenue de la lumière et de notre ciel..

Et comme je faisais jouer ma nuque, un peu, pas trop, j'ai échangé un sourire grimaçant avec le vase, là haut, au dessus du rire grimaçant et doré de Jan Fabre, et nous nous sommes dit que nous nous préférions. Seul le pigeon était impassible.

La clarté du soleil perd peu à peu la rudesse froide de l'hiver, et les pierres de Saint Martial se nimbaient d'une douceur légère, un peu dorée, et mes jambes en étaient joyeuses, allégées et affermies.

Et puis, j'ai laissé couler la journée, me suis nourrie, ai lu un peu de Balzac (le début des employés), ai dormi, ai fait brûler une casserole, ai repris une petite histoire que j'avais accrochée au convoi des glossolales http://leconvoidesglossolales.blogspot.com

Parfois l'envie nous venait de croire que nous étions liés aux vies qui nous avaient précédés dans ces pierres, et nous suivions la rue, maintenant à l'abri des lentes invasions du fleuve, pour nous installer, à quelques maisons de la notre, à une table de la fausse taverne, et nous mangions des salades ou sandwichs très décoratifs en regardant le pécheur de bois mal équarri sous la canne duquel passaient les serveurs. Je prétendais qu'il provenait d'une brocante, et que la peinture qui s'écaillait sur son pantalon, et la rouille qui bordait la plaque »restaurant » qui lui tenait lieu de poisson, étaient coquetterie soigneusement dosée . Tu me faisais remarquer que la façade appelait une enseigne et qu'il s'en détachait avec naturel. Je le regardais avec une très outrée mine dubitative, la façade étant cousine de la notre. Nous nous disputions délicieusement, et le temps passait.

Mais, moi, mardi soir, c'est vers l'opéra que je suis partie, dans la nuit, pour écouter le trio Wanderer, dans une salle étonnamment pleine pour de la musique de chambre, où j'ai pu, tout de même, m'installer au balcon, au dessus de la scène, face au pianiste, à côté d'un charmant jeune couple (qui avait beaucoup aimé le concert loupé vendredi).

Pas dans Schubert, mais le merveilleux trio n°1 en ré mineur de Schumann.

Mes gribouillis :

« Mit Energie und Leidenschaft » Energie, et la chanson qui se dégage, se déploie, se modifie – richesse – dissonances.

La cascade claire du piano, rejoint par le violon et le violoncelle, dolce, avant que la complexité revienne en grandes et fortes diapreries.

L'attaque en canon de la deuxième partie du mouvement, martelé, revenant en ritournelle – duo lumineux des cordes – reprises.

Le beau deuxième mouvement – et puis « Langsam.. lent avec un sentiment intime » : la ligne du violon, déroulée lentement sur les notes égrenées par le piano – le regroupement et le violoncelle passe de la profondeur chaude au clair, très clair. Plus tard le chant du violon qui se meurt doucement et la reprise en force, les saccades, les dialogues et le mouvement inexorable.

La simplicité joyeuse du denier mouvement. Et Brigetoun heureuse.

Puis, une transcription de « la vallée d'Obermann » de Liszt.

Solennité sombre du début – violoncelle velours prune et réponse jaune du violon, etc... leur lent dialogue troué de lueurs, soutenu discrètement par le piano. Les notes qui émergent, viennent à peine, et le chant reprend....

Après l'entracte et le gonflement du public du balcon, le très long trio en la mineur de Tchaikovski, pour la gloire du piano qui, lorsque le violon et le violoncelle viennent dialoguer sur son jeu, revient, s'impose en tiers, dialogue avec l'un puis l'autre, mène, poursuit seul.

Le long premier mouvement, mélancolie puis entrain, les modifications incessantes de thème, de rythme, de couleur, d'ambiance etc...

Mais, peu à peu, malgré l'intérêt de la musique et le soin pénétré de leur jeu, j'avoue que j'ai décroché, jusqu'à ne pas aimer (mon recul devant la musique « romantique ») la mazurka, un peu avant la fin du troisième mouvement, être reprise par le dialogue des cordes qui suit, beaucoup aimer le final.

Pour le premier bis, le plaisir d'un final joyeux, léger sans simplicité excessive, de Haydn - et la rondeur du pianiste prenait une malice de gamin ou de gras curé débonnaire – puis un passage de Dvoràk, le violon et le violoncelle se muant en crin-crin par moments.

8 commentaires:

Mathilde a dit…

Ah Brigetoun, une nouvelle fois je te confirme que nous avons des goûts communs !
La première photo j'aurais très bien pu la prendre, l'enseigne sans hésitation et quant aux espèces d'aquarelles qui se trouvent dans les étages en montant à l'opéra, le jour où je suis allée voir Amadis, s'il n'y avait pas eu autant de monde, je les aurais mitraillées aussi !
Quant à la musique, si on ne peut pas la photographier, j'aurais très bien pu, plus fortunée et moins occupée, aller l'écouter aussi !

JEA a dit…

Cliché : au terme provisoire d'un si long voyage rendu encore plus épuisant par la disparition des roses de vents enfouies sous les neiges, le pigeon rêve qu'il est couché sur une pellicule lui offrant un repos proche d'une éternité...

Avignon a dit…

Ta note sent déjà le printemps !!!

florence Noël a dit…

pas facile de raconter un concert, mais là, j'y étais presque, sentiments retrouvé d'emballement suivi d'ennui face au romantique.

Le printemps, c'est pas possible, c'est truqué? Ca existe encore quelque part un soleil comme ça???

brigetoun a dit…

j'aimais bien, moi

Nathalie a dit…

Ai beaucoup aimé ta "petite histoire accrochée au convoi des glossolales".

Sans doute comme toi dubitative sur le "faux vieux" de l'enseigne du pêcheur- restaurateur, mais qu'importe, ton histoire m'a réconciliée avec lui.

Et puis sous tes mots "Et Brigetoun heureuse", une photos que j'aurais adoré faire. Couleurs, lignes, lumière, tout me plait dans ce piano !

joye a dit…

Quand toi et moi pensons au mot musique, c'est comme si nous venions de deux planètes différentes. Et c'est beau pour moi la touriste absolue dans ton univers.

myriam a dit…

Belle évocation presque sonore de ce concert. J'ai bien aimé le "violoncelle velours prune et réponse jaune du violon" ...