vendredi, août 06, 2010

Recyclage – jour des vases communicants

Deux blogs (à ma connaissance) maintiennent vaillament aujourd'hui le petit rite en sommeil des vases communicants (chaque premier vendredi du mois échanges : chacun écrit sur le blog de l'autre, prolongeant l'initiative prise par Tiers-livre et Scriptopolis)
anna de sandre http://annadesandre.blogspot.com/ et Gilles de lignes de vie http://www.lignesdevie.com/
Je fais grève, j'avais prévu que n'aurais plus que jamais qu'un petit pois dans le crâne – mais je recycle mon essai impuissant de répondre au charmant polar de Landry Jutier en juillet http://brigetoun.blogspot.com/2010/07/lescarboucle-bleue-de-sir-arthur-conan.html

Dos au mur de pierres chaudes, cheveux en feu, un début vague de migraine, yeux posés sur un policier de petite facture, une pale imitation d'Ellery Queen, j'en baille un peu, assez délicieusement au fond.
En face de moi, il y a des pierres encore, à l'ombre, le mur de ma chambre. Les connais, ne les vois guère. Me restent en mémoire les dernières phrases lues où il était question d'un grenier, d'une malle en osier, d'un panier de coquillage, d'un seau en bois. Cela doit avoir appartenu au mort.

De Bertheaume à l'Estaque,
de Molène et des noyés,
qui remontent de mon enfance,
et de leur bateau,
et de leurs moutons,
à Port-Cros et la vie grouillante
dans l'immensité que sentais sous
ma nage adolescente,
au creux de Port-Man
quand était havre
et que le silence accompagnait
les rayons blancs du soleil
qui pénétraient, drus, dans l'eau,
en un éventail de lumière,
j'ai grandi.

Le soleil est descendu derrière le pignon voisin. La tête me tourne un peu. Je laisse le livre sur la table et m'en vais dormir, dans la pénombre, pendant que des voix sortent de la radio.
Plus tard, j'émerge, tremblotante, bouche sèche, ne sais plus, comme toujours, où est ce corps que je suis – j'arrose mes plantes parce que c'est l'heure - je m'habite peu à peu - j'erre dans un mélange indécis des mots de la radio et de rêveries vagues. Le livre, lui, est mort.

j'ai glissé au monde des pierres,
et je les aimais,
pierres de si grande présence
que plus n'étaient des pierres
mais cadre, décor, lieu de ma vie,
si longtemps que m'ont faite,
de la rue de Sévigné,
et des poireaux chez Victor Hugo,
à ma Roquette,
et mes déambulations.
Je dégringolais
du Père Lachaise à la Bastille
et j'emmenais
le jardin, et puis les ateliers,
et la dernière barricade,
et ce fut longtemps
le fort goût de la Seine
et l'ouverture
enclosant la place Dauphine,
quand la regardais depuis le pont,
et je sentais le Louvre
dans mon dos.

J'ai repris le livre, mais ne veux rechercher un coupable, m'inviter dans la vie de ces gens qui ne sont pas désagréables à suivre dans leur agitation, qui pourraient être vaguement amusants, mais qui ne s'imposent pas et laissent toute la place au soir qui descend doucement sur la cour, sur la ville, sur les arbres, les remparts, le fleuve.

Le Rhône proche,
qui s'écoule vers la mer,
celle qu'aimait mon père,
celle où je suis née,
et lui ce fut sur l'autre rive.
Notre mer.
Je l'entendais murmurer
sur la plage de La Pérouse
ou Tementfous, à nouveau, je crois,
au petit port de sa jeunesse.
Souvenir de ce garçon
qui, au soleil couchant,
me faisait la lecture,
dans ce murmure
et du parfum de la mer
qui montait dans le serein.

J'ai fermé les volets. J'ouvre «les Géorgiques» pour me quitter.
J'ai oublié le roman policier sur la table. Au fond je ne les aime qu'à la troisième ou quatrième lecture, quand ils ont réussi à m'imposer ces visites distraites.

10 commentaires:

Mathilde a dit…

Oh, j'aurais bien aimé avoir fait la photo des graffitis, elle me plait beaucoup !
(Toujours aussi fainéante concernant la lecture des vases communicants ! Ne m'en veux pas !!!)
Bon, ta pause n'aura pas duré bien longtemps, Brigetoun le retour, dans toute sa splendeur !!!

micheline a dit…

je suis trop loin me semble de tous ces vases jolis qui communiquent
une résonnance pourtant m'en vient:
de ma vie antérieure

La Vie antérieure
Charles Baudelaire

J'ai longtemps habité sous de vastes portiques
Que les soleils marins teignaient de mille feux,
Et que leurs grands piliers, droits et majestueux,
Rendaient pareils, le soir, aux grottes basaltiques.

Les houles, en roulant les images des cieux,
Mêlaient d'une façon solennelle et mystique
Les tout-puissants accords de leur riche musique
Aux couleurs du couchant reflété par mes yeux.

C'est là que j'ai vécu dans les voluptés calmes,
Au milieu de l'azur, des vagues, des splendeurs
Et des esclaves nus, tout imprégnés d'odeurs,

Qui me rafraîchissaient le front avec des palmes,
Et dont l'unique soin était d'approfondir
Le secret douloureux qui me faisait languir.

PS et pardon pour cette longue citation

Lautreje a dit…

J'aime beaucoup la porte taguée avec le reflet des mains tourmentées.

Bertrand a dit…

Ce qui me tarabuste, moi, dans cette expérience(fort conviviale et amicale) des vases communicants, c'est que deux vases placés au même niveau ne peuvent justement pas communiquer...
Mais il est vrai aussi que je suis un emmerdant
Amitiés, chère Brigitte

pierre a dit…

J'aime beaucoup les deux pots
Allo? J'écoute.
La liaison est parfaite. Ca coule de source. Le vieux Louvre se livre à la pointe du Vert Galand.
De la Bastoche, remonter au Père Lachaise, tout un voyage, mais je prendrai le 61.

brigetoun a dit…

ou le 69 il est un peu moins rare mais à certaines heures surtout en remontant les pieds sont plus rapides

brigetoun a dit…

micheline et merci pour cette citation

Gérard a dit…

moi il me faudrait bien 8 ou 9 lectures

andree wizem a dit…

ce dernier texte "Dos au mur de pierres chaudes..." est bien le tien si je ne m'abuse (du mal à suivre d'un vase à l'autre)...
J'aime bien cette déambulation fluviale jusqu'à la mer à partir de l'impossibilité d'entre dans le livre...ces deux cheminements simultanés...

brigetoun a dit…

merci, oui c'est ma part de l'échange de juillet