mardi, septembre 07, 2010

J'avais bousculé les tâches qui m'étaient confiées pour ce jour et j'étais là, à midi, sur mon seuil, regardant la lumière et les ombres se battre sur le paysage. Le ciel était grumeleux, très beau, gonflé, mais parsemé de fusées claires qui le travaillaient, mélange d'or pâle et de lumineuse blancheur vaguement bleutée. Esprit vide, en attente, je guettais, interminablement, l'issue de ce combat.

Des visiteurs sont arrivés – les adolescents ont amené des transats, des fauteuils, et comme il n'y en avait pas tout à fait assez, j'ai pu, après échanges de sourires, de noms, de poignées de mains – ils étaient poignées de mains – m'asseoir dans l'herbe, proche, mais un peu à distance, ainsi, ce qui convenait puisque rapidement la conversation a abordé des histoires de gens que je ne connaissais pas, des thèmes qui m'étaient étrangers, ou sur lesquels il était, avec évidence, préférable que je garde le silence. J'en suis restée à un sourire vague, léger, voltigeant, et à une surdité distraite quand par politesse mon avis était demandé. Je regardais la couronne d'arbres, conifères presque silencieux, micocoulier et fruitiers dont j'écoutais le très léger discours dans un filet de brise.

Boiseries sombres, brocards amortis, et ces silhouettes qui circulent, échangent, verre en main, ou non, la marqueterie des visages, aux sourires affichés, grands et vides, et les mots qui les accompagnent s'évaporent, aux sourires brefs, serrés, pointus, accompagnant des remarques, pensées de belle tenue, de belle érudition, ou des rapprochements qui se veulent et sont parfois insolites, visages échappés de bustes de penseurs, ou lettrés, ou politiques, et les mots qui sont prononcés, rares, tombent comme des sentences, acceptés avec gratitude, et résistent parfois à la réflexion, quelques rires brutaux qui fusent, venant des êtres les plus sombres – et toi au milieu, fin, si jeune, ou simplement naïf, ou le paraissant, et tu te penses invisible, tu le veux, pour cueillir ce qu'ils t'offrent là, mais ta verdeur est un pavillon, ta fraîcheur une note qui tranche, et tous ont conscience de ta présence, et certains, les meilleurs, peut-être, ont un petit regret, presque un remords en pensant à leur jeunesse, il y a si longtemps.

Par un peu de paresse, par léger vide, par trop envie de lire, je solde les participations miennes, pour le mois d'août, au convoi des glossolales http://leconvoidesglossolales.blogspot.com/

P.S. un bonbon


13 commentaires:

joye a dit…

Merci pour le bonbon, mais qui soufflait d'admiration dans le micro afin que j'entende mal ? Hmm ?

;-)

Quant aux langues de boeuf, fumées ou salée, je ne vois pas que cela soit des progrès. ;o)

J'aime la sagesse de ton univers, brige.

Pierre R. Chantelois a dit…

Si je décode bien, l'expérience a été particulièrement enrichissante et ces ados ont pu profiter ainsi de votre sagesse discrète et de vos interventions toutes timides. En vous quittant, ils ont certainement procédé à d'autres poignées de mains. ;-)

jeanlou bourgeon a dit…

Belle, magnifique tranche de vie. J'y étais, me semble-t-il, à te lire...

j'y étais, pour avoir vécu tant de fois pareille situation

je découvre un peu plus et vraiment me dis que pourquoi je n'étais pas encore venu plus souvent rendre visite à la paumée qui relate avec tant de justesse, de bons mots ; des moments
... et fleuris tous ceux-là avec images belles et belles

je reviendrai... nous devrions, plus nombreux, encore mieux propulser tant de beauté... c'est la magie de notre millénaire ouvert les uns vers les autres...

merci, Brigitte et déjà d'autres bonbons, d'autres tranches de ce que la littérature nous apporte, là où tu as cueilli celui de l'Alcofribas sous les rafles ouessantines. Alors, juste bon vent !

nb : tu as su maîtriser les interstices et te préserver de l'eau du ciel ?

brigetoun a dit…

et c'est du pas vrai tout ça -
pour la pluie de cette nuit, elle s'est calmée pour le moment

Lautreje a dit…

Tes mots un à un sont légers, discrets. Ensemble ils s'agglomèrent, se construisent se soudent prennent force et deviennent une sculpture unique qui s'élève.

koukistories a dit…

Magnifique ce texte, si vivant ... avec "les fusées claires qui travaillaient le ciel" et puis cet ange en queue de texte, "ta verdeur est un pavillon".
Un de mes préférés !

brigetoun a dit…

en fait ce sont trois trucs différents, mais c'est vrai que ça peut à la rigueur s'enchaîner

D. Hasselmann a dit…

Merci aussi pour la vidéo : Rabelais, toujours vivant (même à contre-jour) !

brigetoun a dit…

je trouve la façon don François Bon le chante et le danse goutteuse (toute la série est régal)

Gérard Méry a dit…

En contre jour j'ai cru reconnaitre le chansonnier Patrick Font, ce jeanlou est très bon aussi .

Gérard Méry a dit…

lapsus...lire François Bon est aussi bon que Font

micheline a dit…

ce ciel!il nous avait été annoncé si méchant!
n'était que moutonnements changeants jouant de la lumière..
c'est l'automne!

brigetoun a dit…

c'était telles cataractes au petit matin que j'ai cru que je partais au fil du Rhône avec mes murs, et que certains vauclusiens n'ont pu venir manifester à Avignon