mardi, septembre 28, 2010

Journée à trous, avec une jolie rencontre

Aux petites heures de ma troisième venue au jour, vers neuf heures, moment brièvement angoissant, quand le son, l'image, les yeux qui se trouvent privés de lumière, tout meurt d'un coup. Porte entrebâillée (en tenue légère), bras passé, tâtonnant, appuyant sur le bouton. La minuterie ne s'allume pas. Coeur dénoué, tartine de confiture, une goutte de café, fin du déshabillage, douche dans le noir et lumière revenant avec l'eau.

Mais au bout d'une petite demi-heure environ, connexion en mode refus.

Plutôt que de commencer à m'énerver, téléphone en main, en tournant en rond, en me cognant aux meubles, en remettant en cause la terre entière et mon intelligence qui trinque toujours surtout quand elle est innocente, j'ai enfilé une veste de toile (qui s'est révélée un poil trop légère) et suis allée à Calvet (photo malprise dans l'énervement pas tout à fait calmé), voir enfin la salle ouverte depuis plusieurs mois pour abriter le 20ème siècle.

- et cette photo prise, rapidement, en entrant, en me sentant coupable, est tout aussi mauvaise. Je vais profiter de celles du site du musée. -

Souri (je l'aime bien, comme ça) au petit portrait de Joseph Rignault (l'un des deux donateurs) par Suzanne Valadon, qui nous accueille discrètement, sur le mur de droite, dans un petit recoin avant l'un des murs en épi.

J'ai fait quelques pas, fais flotter mes yeux sur des portraits, un Bonnard, de belles toiles, vues de loin,

et puis me suis retournée pour me retrouver face à face avec «Déchéance» de Soutine, et la regarder pendant qu'elle me fixait. Du coin de l'oeil je voyais les autres tableaux tournementés sur le même mur en fuite, tâches de couleurs qui m'attiraient pendant qu'elle me retenait, et puis à angle droit une présence forte, un visage, du noir, deux taches énormes qui étaient des mains, mais j'en revenais à la femme, avec un attachement complice.

J'ai senti un mouvement et un homme dans le mitan de l'âge, en noir, en gardien, est apparu, un peu comme s'il glissait, sortant de derrière l'épi en face de celui de ce visage, ce noir, ces mains, et s'est avancé en disant je ne sais plus quoi. J'ai répondu d'un mot, et cela a démarré. Son plaisir après des années de l'ouverture de cette salle, et moi mon plaisir de retrouver ce tableau (vu dans je ne sais plus quelle rétrospective).

et, comme des amis, en échangeant des mots isolés, des sensations, lentement sommes passés devant le vieillard, un paysage de Céret, très composé, beau, parmi les plus stables, et, en ignorant toujours ce qui était dans notre dos,

me suis arrêtée un moment, ou le voulais, devant l'amas de joyaux au coeur de cette version de la raie, que j'aime spécialement,

mais lui, planté, à côté de moi, s'était déjà tourné vers - je le voyais maintenant - l'idiot, et il disait qu'après avoir aimé spécialement la femme, c'était cette interrogation, ces mains et surtout le regard, absent et fascinant qui lui plaisait et que d'ailleurs on lui avait suggéré d'écrire une note sur lui, mais qu'il ne pouvait pas, que chaque fois il renonçait.

Je me souvenais de la note lue, un peu avant la coupure, sur le tiers-livre sur Ernst Herbeck http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2273 que je ne connaissais pas, et devant l'étrangeté du garçon, j'ai dit qu'il fallait être schizophrène, libre avec les mots, la syntaxe.

Alors il s'est éloigné, a été prendre dans son sac posé à terre à côté de sa chaise, une fine bande de papier couverte d'une petite écriture penchée et m'a dit que ce matin justement ça lui était venu, et il a lu, et je l'ai écouté, parce que c'était évidemment ce qu'il fallait faire, et parce que ce n'était pas mal, pas mal du tout. Et cela parlait de la captation par le garçon de ceux qui le regardaient, ou de sa façon de les entraîner dans son absence.

Pour lui montrer que j'écoutais, je lui ai suggéré d'enlever une série de pronoms relatifs et de les remplacer par des virgules, ou des tirets ; il a essayé, et cela lui a plu.

Alors nous avons continué, et il m'a pardonné de ne pas aimer Chabaud (quoique justement cette toile a de la force, réelle, pas affichée) ce qui est ici de l'ordre du crime (si j'en juge par ses oeuvres et celles de suiveurs dans les galeries de mon quartier).

Nous avons dit que le grand Gleizes valait mieux que l'oubli relatif dans lequel était tombé le peintre, mais je lui ai préféré un grand Gris qui est prêté pour quelque temps, et qui n'est pas parmi les meilleurs, un peu trop décoratif (il me l'a fait remarquer, vengeance pour avoir posé ce mot sur Chabaud).

Et suis repartie en saluant un joli Downing, et un assez beau portrait de goualeuse par Vlaminck quand il était violent, ravie de ce moment.

Un peu perplexe seulement sur la possibilité de revenir pour voir en paix, les autres tableaux qui me semblent en valoir la peine.

Au retour la connexion était revenue. Ai fait un tour sur internet, préparé le déjeuner, suis revenue lire (et chercher ces reproductions de tableaux), ai déjeuné, ai lu un long moment le dernier « Manière de voir », et la connexion s'en était allée.

Elle est revenue deux heures après. J'espère que ce sera durable, n'ai pas envie d'entamer les longues attentes après avoir entendu « un technicien va vous répondre ».

11 commentaires:

Avignon a dit…

Je n'ai toujours pas vu cette nouvelle salle... Il semble y avoir quelques bonnes choses.

Mon code de vérification est "pustics" (ce doit être un terme qui a trait aux marchés d'art, mais pour les croûtes !)

Lautreje a dit…

belles rencontres qui compense l'absence de courant.
je reste avec cette "intelligence qui trinque surtout quand elle est innocente" et me demande si l'intelligence n'est pas toujours innocente, c'est peut-être ce qu'on en fait qui change la donne... je ne sais pas.

kouki a dit…

Vous retombez bien sur vos pattes, pas si geek que ça donc !

micheline a dit…

Patience: un technicien va vous répondre.
pour savoir le temps qu'il fait:tapez 1
pour connaître votre horoscope : tapez 2
pour un spécialiste de l'art:tapez 3
patience un technicien va vous répondre......

fardoise a dit…

Quelques bonnes choses comme dit Michel ! (sic) Pour ce qui de Chabaud, je n'aimais pas trop avant de visiter son musée à Graveson.

Pierre R Chantelois a dit…

Du grand art, sur toiles et dans les mots ;-)

tanette2 a dit…

Tu ne perds pas de temps et profites d'une absence de connexion pour une visite de l'art et un échange agréable avec le gardien.
Je te souhaite une bonne journée avec connexion durable.

joye a dit…

Coucou, ici ta blog-amie inculte qui va avoir l'outrecuidance de remarquer que -- en voyant certains de ces tableaux -- elle sait qu'elle aurait pu, elle aussi, être artiste.

;o)

(sorry, brige, j'espère que tu ne me détestes pas trop ! je suis inculte, mais tu le savais déjà)

(hihihihi, ton captcha, c'est remburu, (rembrandt bourru)

andree wizem a dit…

j'ajoute le musée calvet à ma l.l.d.m.a.v

Gérard Méry a dit…

Un bel idiot je trouve, magnifique tête de l'emploi.

jeandler a dit…

des trous ... bien bellement meublés