samedi, octobre 16, 2010

A l'abri au coeur de la nuit, l'autre soir, derrière le peuple soyeux des portes, dans le trou des cantates, je flânais entre les murs de Saint Pierre. Me demandais une fois encore si j'aimais l'adoration des bergers de Simon de Chalons au dessus de mon banc, avec belle composition et lourdeur brute des corps,

me tordais le cou vers les anges de la nef,

découvrais, sans la frayeur requise, un monstre dans un angle,

cueillais le fort menton et les sages boucles d'un damoiseau qui émergeait vers nous.

et puis suis arrivée devant la palissade qui cache le beau retable sculpté (en restauration ?) attirée par la splendeur d'or sombre des deux grandes broderies (chapes ?) - et il était là, campé, au centre, le pélican. Automatisme, association en habitude vieille : Papa... mais non cette ostentation ne lui convenait pas,

alors me suis réfugiée, pour petit débat, dans les bras ouverts de ce vieillard, mais ce n'était pas cela encore, trop solennel, trop divin, malgré l'humilité dont l'ombre le maquillait, il m'aurait fallu un Nérée, reclus au repos au sein de la mer Égée que tant aimait, oeil souriant sur l'essaim de ses filles nageant leur danse.

Mais vendredi soir, suis partie à l'opéra pour un concert différent, le concert d'ouverture de notre petit orchestre symphonique, dirigé par Yeruham Scharovsky, avec un programme accessible, musique billante et de charme.

Malgré cela une belle assistance mais l'opéra n'était pas plein.

La jeune corniste au premier plan gauche face à un de ses camarades de pupitre pour introduire, par une belle sonnerie, la courte symphonette de Haim Permont (jamais rien entendu de lui), rejoints par deux trompettes à l'arrière de l'orchestre – et puis, batterie, ronflement des altos et des contrebasses, etc... J'ai plutôt aimé, même si, à un moment, cela sonnait un peu comme une production hollywoodienne pour combat de gladiateurs, mais cela se nourrit, devient riche, évolue.

Une surprise, ensuite, ajoutée au programme, la pavane de Fauré avec la charmante entrée à petits pas mélodieux, entendue et re-entendue, mais qui me plaît toujours.

Et puis, festive et apparemment facile, la symphonie en ut majeur de Bizet, dans une interprétation dynamique, légère, taille de l'orchestre oblige.

Les échanges, les diaprures, les rebonds, les jeux de timbre du premier mouvement.

L'entrée joliment mystérieuse du 2ème mouvement et la naissance du thème au hautbois (toujours le beau jeu de Frédérique Constantini) etc.. l'ampleur lumineuse et la naissance de la marche.

L'attaque énergique et festive du 3ème mouvement, la danse du chef d'orchestre et de la musique.

La gaité de l'allegro vivace (peut-être tout de même un peu trop « à effets »)

Après quoi nous avons eu droit à un joli bis avec l'ouverture de l'italienne à Alger de Rossini, la brillance, le charme du hautbois, le plaisir.

Un entracte tolérable, pendant lequel, faute de fumer, j'ai pris ces trop longues notes et le concerto que ma famille nomme « concerto de Bonne-maman », plus sérieusement le concerto pour violon de Beethoven, sa perfection, et une belle interprétation de l'orchestre et d'Augustin Dumay, en parfait accord. Dialogue, unissons, équilibre, et puis ces merveilleux moments de suspens inouï où la tension de l'attente de la note devient presque douloureuse.

Retour à grands pas dans petit vent froid.

10 commentaires:

joye a dit…

Merci pour la soirée, brige.

Pierre R. Chantelois a dit…

Est-ce que le concert du soir vous a conforté dans votre rêve d'un Nérée, reclus au repos au sein de la mer Égée ? Je vous le souhaite ;-)

andree wizem a dit…

plongeon dans une nouvelle saison musicale sous des auspices à météorologie variable...

Lautreje a dit…

admirative devant tant de connaissances.

koukistories a dit…

@ingis : douce ballade minérale où l'on se choisit son rêve pour la nuit ...

Avignon a dit…

Où je m'aperçois que je connais l'église St-Pierre beaucoup moins bien que je ne l'aurais cru !

Avignon a dit…

Le pélican posé sur un nid en forme de couronne d'épines, s'ouvre le côté pour nourrir ses oisillons, chair de sa chair. Il est l'emblème du Christ Eucharistique. (Wikipedia)

Avignon a dit…

En hébreu, le mot pélican vient de la décomposition du nom ABRAHAM (Ab = père et Rarham = pélican).
(Encore)

micheline a dit…

et voilà : un peu d'hébreu en moins !

Gérard Méry a dit…

Faisait froid même dans la salle du concert apparemment ....