lundi, octobre 25, 2010


«Parmi les forces naturelles, il en est une, de laquelle le pouvoir reconnu de tout temps reste en tout temps mystérieux, et tout mêlé à l'homme : c'est la nuit. Cette grande illusion noire suit la mode, et les variations sensibles de ses esclaves. La nuit de nos villes ne ressemble plus à cette clameur des chiens des ténèbres latines, ni à la chauve-souris du Moyen-Âge, ni à cette image des douleurs qui est la nuit de la Renaissance. C'est un monstre immense de tête, percé mille fois de couteaux. Le sang de la nuit moderne est une lumière chantante. Des tatouages, elle porte des tatouages mobiles sur son sein, la nuit. Elle a des bigoudis d'étincelles, et là où les fumées finissent de mourir, des hommes sont montés sur des astres glissants. La nuit a des sifflets et des lacs de lueurs. Elle pend comme un fruit au littoral terrestre, comme un quartier de boeuf au poing d'or des cités. Ce cadavre palpitant a dénoué sa chevelure sur le monde, et dans ce faisceau, le dernier, le fantôme incertain des libertés se réfugie, épuise au bord des rues éclairées par le sens social son désir insensé de plein air et de péril. Ainsi dans les jardins publics, le plus compact de l'ombre se confond avec une sorte de baiser désespéré de l'amour et de la révolte.»
Sur ces mots, aux petites heures de samedi, j'ai refermé «Le paysan de Paris», quitté Aragon, et dans ma nuit me suis bien platement, benoitement, profondément, lovée et endormie.

Jour gris, jour plat, jour doux, jour de désert sur internet, au moins le matin, ai déserté, marché un peu dans le gris de ma ville, et paresseusement recyclé une participation, un peu à côté une fois encore, à un atelier d'écriture sur «Liminaire» http://www.liminaire.fr/spip.php?article836
«Tourner dans le vide du texte, mots, les mêmes, en leitmotiv, suivant le rythme du souffle, ses saccades, ses essoufflements, ses syncopes, la vie qui se continue et ne cesse de se jouer. Comprendre pourquoi et comment une part du temps et de l’espace vécus se dérobe à la mémoire. Inquiétude de l’origine et de l’identité à la fois. La syntaxe souvent perturbée, déviée plus exactement de son cours normal, avec incises, mots-pivots qui réorientent l’écoulement de la phrase dans une autre direction, déplacement des adjectifs et des adverbes, suspens, une syntaxe qui donne le sentiment du tâtonnement dans l’obscurité. Faire entrer dans le poème tout ce que «veut la respiration se reprenant / ce qu’elle accroche / de vide au milieu.» à partir de «Mémoire du mat» d'Emmanuel Laugier.

Revenir,
sur mes pas,
sur mes pensées,
non plutôt retenir ce qui s’écoule,
ou s’effrite,
le garder là,
et tenter de remonter le fil,
en gardant lien,
sans que fuit cette idée,
dont ne sais d’où elle vient,
de quelle coulure de mots,
mots non, ou informulés,
pensées, ou visions,
comme reflet de lumière
qui surviendrait,
derrière moi,
sans être saisi, mais su là,
senti,
des flashs qui se seraient succédés,
peu probable,
image stupide,
revenir,
que chercher,
ne sais plus,
m’avait arrêté,
une quête,
pourquoi,
inutile, abandonner,
mais un remords,
mot qui ramène
à cela cherché, sans doute,
cette gêne,
une impression d’incongruité,
un regret,
une mauvaise réaction.

14 commentaires:

Pierre R. Chantelois a dit…

Que dire? S'il n'y avait les mots pour combler le vide, s'il n'y avait les inflexions pour marquer les respirations, s'il n'y avait les pauses pour marquer la fatigue, l'intolérable corruption de notre temps, que ferions-nous ? Jour gris, jour plat, jour doux, jour de désert sur internet, au moins une grande partie de nos heures creuses qui s'éternisent.

Lautreje a dit…

ah, comme je me sens proche de tes mots, merci !

Mathilde a dit…

Au diable les remords et les regrets, on ne peut pas être parfaits, à la hauteur de tout, mais on peut considérer que nous faisons du mieux que nous pouvons la plupart du temps et c'est l'essentiel !

brigetoun a dit…

merci d'être passés, me sens moins seule - l'effacement de paumée qui a perdu en deux jours 50% de lecteurs joue sur mes nerfs et je m'en veux

jeandler a dit…

Tu a perdu 50% de tes lecteurs? Ils sont en grève ou n'osent se déplacer... Tenons la barre fermenent et nous gagnerons!

Chri a dit…

Je ne laisse pas toujours un mot, mais je viens CHAQUE MATIN...

Anonyme a dit…

Moi aussi ,je passe chaque jour,et je ne laisse pas de mot.Je ne suis pas loin , j'habite Le Pontet.J'aime beaucoup les photos.
Jocelyne.

joye a dit…

brige, il ne faut pas écouter les stats, j'aperçois qu'on est en vacances, beaucoup de gens ne me lisent que depuis leur boulot... ;-)

J'aime ton écrit, et bravo, parce que je trouve les consignes vraiment lourdes et obscures (pardon ! parce que je sais que je suis très mal placée pour critiquer !). Toutefois :

Si la vie s'effrite
Faisons des frites
Si elle continue
Mets-toi à nue
Et promène-toi au jardin
Où l'on croise des statues
De luxe, de calme, de beauté.

bisou brige

brigetoun a dit…

disons surtout que c'est la pluie et le vent qui rend fou - je ne sais pas ce que ça donne au Pontet mais ici c'est pas mal - pardon, suis de mauvaise humeur - mal élevée suis

Gilbert Pinna a dit…

les nuits de pluie dorée dans les villes et ce silence

Lavande a dit…

Ouf j'ai rattrapé mon retard: quelques jours d'absence et j'ai failli rater ces cieux avignonnais photographiés/loués/magnifiés par Brigetoun pour mon plus grand bonheur.

Gérard Méry a dit…

Discrètement...mais chaque jour ..ou presque.

arlettart a dit…

Hello
Moi aussi!!! viens mais ne dis rien souvent Pourtant un petit mot c'est vrai comme une caresse

Anonyme a dit…

Bonjour,

Je vous lis régulièrement et ne suis jamais déçue même si je ne me permets pas de commentaires !

Bonne journée
Michèle