lundi, mars 05, 2012

Trois « jean a dit » en recyclage


Jean a dit «il y a les cloches» et elles sont arrivées – étaient quatre – se sont infiltrées sous l'arc surbaissé, sont venues se poser sur deux marches de l'escalier de la tour, contre le mur, et les trois qui occupaient la marche la plus haute se pressaient désespérément les unes contre les autres, la dernière s'appuyant en équilibre apparemment instable sur ses soeurs – se ressemblaient, forme parfaite, taille moyenne, bronze luisant doucement, poli jusqu'à la soie, avec de petites différences dans les ourlets gravés à peine discernables - parlaient d'un carillon joyeux dans le bleu de la matinée – se taisaient en fait, réduites au rang de décor.

Jean a dit «il y a les oignons, blancs, paille ou violets, il y a les échalotes grises, il y a les échalotes blondes, l'ail frais» et j'ai dit «oui... et l'ail rose» - puis nous nous sommes tus.

Jean a dit «il y a les murs de pierre, il y a les maçons» - il y a le béton de ciment, le béton bitumineux, le béton de sable, le béton asphalte... - mais, oui, il y a le parmin, la pierre de Vergelé, le travertin, l'Anstrude, le granite, les calcaires, la pierre bleue de Soignies, le calcaire jaune de Lignères, le tuffeau, le basalte, le cliquart, le comblanchien, les marbres, la craie blanche, le Chauvigny fin, le calcaire de Sant-Maximin franche construction, la pierre de Saint Leu, la pierre marbrière de Banon, le marbre de Guillestre, le calcaire de La Ciotat, la pierre blanche des Estaillades, la pierre coquillée à grain fin de Castillon, la pierre coquillée à gros grain de Vers, la blonde de Fontvielle, la pierre de Rognes, la pierre blanche des Baux, les pierres d'Alba Miele, de Ménerbes, de Beaulieu, de Blanco Argente, de Caberan grain fin – il y a les tailleurs de pierre, le trusquin, l'équerre, le pistolet, les scies passe-partout ou à chaîne, le pied-de-biche, la tronçonneuse, les pointerolles, les ciseaux, les bouchardes, le chemin de fer, la gradine, les gouges, la sciote, la râpe, la polka, le têtu, la pique, la gouge et le maillet, la louve, le diable, l'élingue, les roules en bois, les coins en bois, les fiches de pose – ah et il y a les carriers.

Trois paragraphes parus initialement dans le convoi des glossolales http://leconvoidesglossolales.blogspot.com/

6 commentaires:

Gérard Méry a dit…

tout est bon rien ne cloche

Anonyme a dit…

récupéré ; de Pierre Chantelois, commentaire qui s'est évanoui
;
Jean est un poète des mots et de leur résonance. Cette dernière description mériterait une lecture à haute voix pour entendre la musique des mots.

Lautreje a dit…

se taire devant les oignons pour mieux pleurer, car Jean n'a pas un coeur de pierre.

jeandler a dit…

Oui, à soumettre à l'épreuve du gueuloir, mâcher les mots, les faire chanter, rebondir, repartir en fusée. Quelle construction ! Un plaisir.

arlettart a dit…

Bientôt Pâques chez toi!!!
et les divers aromates aux couleurs vives ..comme les pierres
j'aime ce parallèle
(pas aromates mais... ne sais )

Dominique Hasselmann a dit…

Ces pierres sonnent à fendre les musiciennes des clochers.