samedi, avril 07, 2012

Cahin-caha, le rite



Et grand merci à tous les participants aux vases communicants,
Par leur grâce me vient une ponctuation, une date stèle, que je peux retenir (pas comme Pâques qui me prends toujours par surprise), une délicieuse occasion de parasitisme.
(mais feriez aussi bien, ou mieux, de suivre, ou de suivre en outre, le recensement, regroupement fait par Pierre Ménard sur http://www.scoop.it/t/les-vases-communicants/)
Merci aux indulgents qui ne se gaussent pas de mes petiotes lectures.
Or donc, en avril, furent ces vases communicants, ... 

en appui sur l'autre
une imitation ou plutôt un ajout personnel à l'autobiographie des objets de François Bon : les peluches
hommage, histoire de la vie de celle qui dormait dans un tiroir, nostalgie – ou comment écrire bien sur ce qui a été si souvent dit
« C’est de tes mains que j’animais que tu venais sécher mes larmes, c’est dans le rembourrage de tes bras et de tes pattes que je mordais à pleines dents, c’est par les oreilles ou par les pieds que je te pendais parfois, par jeu. Tu ne disais rien, jamais, et pourtant aucun silence ne m’avait à l’époque autant parlé que les tiens. »
et
des écrivains de la région Ventre (chez le monsieur de Livre au Centre, Christopher Sélac)
reçoit des mails insistants qui lui demandent une contribution à l'hommage rendu par la région Ventre à ses écrivains... relances de moins en moins exigeantes de l'éditeur qui avait obtenu subvention ou commande pour cela
« Et quatrième message : que si je voulais bien regarder dans mon ordinateur, que peut-être quelque part j’avais quelque chose, que ce n’était pas grave si ce n’était pas écrit spécifiquement pour la région Ventre, fallait juste que ça ait un petit lien, un nom de lieu, un petit témoignage. Ce n’était pas grave si c’était vieux, si c’était un peu perdu dans mon disque dur – il y avait assez de villes et de routes dans la région Ventre, mais c’est qu’ils avaient mis nom nom quand ils avaient demandé la subvention : il y en avait plein, des écrivains pas morts vivant dans la région Ventre des grands morts, à nous tous les demi-morts on faisait presque autant qu’un grand mort il fallait bien qu’on soit marqué dans leur livre payé par la région Ventre. Que c’était dur, pour eux, éditions truc machin, d’avoir eu leur subvention mais rien trouver à mettre dans le livre, si nous on ne leur répondait pas. »

sur l'écureuil
à la recherche pour texte sur l'écureuil, de la survenue de l'écureuil, ce nom né de l'amour, cet écureuil avec lequel elle échange
«J’ai écrit : Tu es comme l’écureuil qui vole de branches en branches. Peut-être sous une forme un peu plus approximative. Puis j’ai collé des gommettes, et je suis rentrée à la maison avec, je me souviens du carrelage, de la table du petit déjeuner, de mon impatience de le donner. Il est toujours sur le mur, et seule une gommette en est tombée. L’amour résiste bien au temps. De cela, je suis à peu près sûre.»
et
Hannah et Clara, les écureuils http://www.auxbordsdesmondes.fr/spip.php?article641
l'écureuil roux par Hannah
une légende (et j'aime la joliesse directe de son ton)
« Un jour des petit écureuil se sont trop approchés du feu. Ils se sont brûlés et un jour le feu a dit : 
— Je vais vous donner la couleur roux ! »
Je parle pas assez, par Clara
résolution prise : être moins sage à l'école, pour parler peut-être un peu moins qu'elle ne le fait en dehors, ou sur Facebook.

écrire sur deux photos de l'autre (par deux magiciennes)
la ville et le balcon
deux images et deux textes, oppression de la ville, douceur d'un souvenir
« Ombres du balcon où nous jouions enfants. Crépi dentelé où nous laissions glisser nos doigts en courant l’un derrière l’autre. Il y avait le jardin, aussi, à l’arrière de la maison. Herbes trop hautes et pâquerettes parsemées, haies de lauriers roses et petits sentiers creusés par les chiens dans une végétation laissée à l’abandon »
et
le caractère chinois désignant l'éventail se compose de la clé de la « porte » sur le caractère signifiant « plumes »
à partir de deux photos, une longue phrase, fantaisie, et plus, comme toujours avec elle
«Ici, ni clé ni porte, une ouverture et les plumes écrasées au sol, des détritus, des résidus, poubelles raclées restées logées aux encoignures, c’est le décor, et le chemin qui y mena non vérifiable – est-ce qu’il faisait seulement soleil à la surface, s’il y a surface – le personnage un inconnu, et les fascicules tous semblables, plaquettes de papier glacé, cartonnages logotisés, publicifiés, en accès libre sur des présentoirs à roulettes, faits d’une seule page unique et souple, comme les voitures uniques et souples...» et il y a cet homme qui émerge dans ce lieu, et il y a ce qu'il ressent, et il y a la fiction qui reste en lui, plus tard, dans le jour et la vie ordinaire, et cette solitude.

Feuilletons en cours d'écriture
elles en chambre (fragment du feuilleton en cours d'écriture) visite des chambres de celles qui ont écrit après Virginia (miam, j'attends)
en fait, ici, chutes dans la lecture, l'écriture, belle progression rythmée
«nous tombons dans l’écriture, chute lente qui aggrave la chute, l’aggrave heureusement je crois, parce que tous les hommes tombent en vérité, mais seuls les lecteurs ont conscience de tomber et c’est ce qui fait leur force je crois, le lecteur se plie vers le texte mais le lecteur ne rompt pas n’est-ce pas»
et
Magasin fragment (« Un monde en soi, un contenu. Comment cela est agencé. Ce qu’il s’y passe. A quoi ça sert. Des phrases simples, des situations d’autant. Cartographier le lieu ne suffit plus : ici questionner l’habiter. ») et là aussi attente jubilante.
Les passeurs de nuit, dans le désert des magasins qui dorment (et une voix qui interroge, interrompt le fil)
« Ceux qui jouissaient de grande considération étaient les passeurs de nuit. Par leurs bouches se colportaient les différentes légendes et les mots incongrus du Dehors. Ils étaient respectés et craints, car on leur prêtait des aventures extraordinaires : d’avoir visité tout le Magasin, d’avoir barulé dans ses recoins, d’être monté, et descendu, et puis aussi — mais peu le croyaient réellement — on disait qu’ils étaient sortis. Qu’ils avaient mis un pied hors du Magasin. Non pas pour une autre structure laborieuse, pas l’Arsenal ou l’Entrepot, mais le dehors, la vastitude, l’inconnu, l’incertain, le flou ! » et l'attrait qu'exercent ces lieux
et oui, cela se confirme, bonheur à l'idée de suivre cela.

rêver, retrouver, le passé pas si lointain

doux poème
«Rêver au passé comme on songe à l'avenir
Songer à l'avenir comme on rêve au passé
Aller au bord de l'abîme
Jambes flageolantes
Chérir le frisson délicieux»
et
rêvons de science (fiction)
descriptions (et reproductions) de quelques couvertures illustrées par R. Houy de fascicules de 32 pages de la collection « Mon roman d'aventure » publiés entre 1942 et 1957 (toujours les trésors de Ferocias) comme, par exemple
«9. Deux hommes conversent face à la mer. Nous ne sommes pas sur une plage ou à la terrasse d’un établissement élégant mais sous la mer. Les barbus au hublot ont toujours un air de Capitaine Nemo. N’être rien, être tout. Merveilles du merveilleux subaquatique. Esprit didactique. Montrer, voir, faire découvrir, explorer, s’étonner. S’émerveiller de la beauté du monde»

images qui parlent
une grille de loto à lire
«il a mis un peu de hasard dans sa poche»
et
photos, découpes, et leur justification, sens, traduction en quelques mots - AIME (mais j'ai du rephotographier, trahir, métamorphoser, juste pour donner idée – allez voir l'original - ce qui se traduit par : escalier déchiré)


textes, jeunesse

texte du 32 octobre un épisode de la vie de W, dit Monsieur Châ, raconté, très joliment, par lui-même
« Pstttt… je reprends le cours de mon récit que j’avais complètement oublié dans un tiroir. Je viens juste de le sauver de la poubelle. C’est le ménage de printemps ce week-end et gare à mes puces, façon de parler.
J’en ai encore des choses à raconter. Car il s’est presque passé trois ans depuis l'arrivée de l’enfant… l’enfant roi qui m’appelle le Châ et qui lui, s’appelle Milan-Alexis »
et
un texte de jeunesse – la danse poème écrit dans les années 1990
toujours sa simplicité, son rythme, et on danse pendant que nos yeux dévalent sur ces vers très courts (même si..)
« Rien entre toi et moi
Danse autour de moi
Danse
Tout peut s'arrêter
Le temps est compté
Danse autour de moi
Danse
Tu vas glisser
Tu vas tomber... »

le mur
calcaires
face à, contre le mur d'un corps, n'entrera pas – un beau poème
«La muraille de ton corps est faite des rubans de tous ceux qui en sont morts
Je vois l’épouvantail mitrailleur, le gardien à deux têtes
Je n’entrerai pas
Alors collée adhésive sangsue, je ventouse les pierres
Chaque caillou chaque gravier pour pénétrer ton secret»
et
ensevelis
de son haut, de sa solidité, de la protection demandé, le mur nous toise, nous plaint un peu, pauvres humains, et bien entendu il parle ferme, légèrement ironique, polémique avec dignité, sévère, sûr de sa force face à notre tranquille indifférence en temps normal, critique de notre confiance aveugle
« Vous, experts, bâtisseurs de cathédrales ou simples maitres d’œuvres, m’avez construit contre toutes les tempêtes. La seule que vous n’ayez pas prévue vous perdra. C’est inévitable, je m’effondrai et dans ma chute vous emporterai. Je suis le mur parmi les murs. Un des quatre qui vous entourent et qui vousétouffera. Quand j’en aurai fini avec vous, quand je n’aurai plus la force de lutter contre vos bassesses, je céderai de tout mon poids, vous broierez sous mes gravats. Je vous surprendrai dans le sommeil et,dans un grand fracas de pierres, vous serez miens sous terre, vous ne serez plus que plâtres putrides et poussières oubliées. Ensevelis. »

passants des beaux quartiers
passants
venir rue Franklin Roosevelt pour un rendez-vous (médical?) en terre de non connaissables, et de rendez-vous en rendez-vous, de saison en saison, conserver cette impression d'être étrangère à ceux-là – et il en sort un texte vivant
« Ce qu'il y aurait à dire ? Aveugle au quartier et en circuit fermé, boucle de la ligne 9 (à Saint-Philippe du Roule, métro qui l'an dernier, terminus Mairie de Montreuil, Toujours La Boétie, qui guérit. m'emportait à l'envers) ; boucle du pâté de maisons ; boucle de ce qui (silence, carnet) fait signe sur la page, pour le reste se tait. Quelle ligne droite, alors ? » (désolée Brietoun intervient, dit : quartier de mon pneumologue, mais aussi quartier où j'avais gérances d'où familiarité même si c'était de fournisseur)
et Brigetoun, là, et sans doute pour d'autres textes, avait trop mal, trop vite lu - pour plus de précision voir le commentaire.
et
pour aller vite déposer à la banque le chèque indispensable au bouclage du budget, s'aventurer rue Saint Honoré – une belle et alerte description de ce monde, puis de celui de la rue Boissy d'Anglas (me souviens de mes gérances et des jours où je passais d'une cave Clichy à un studio dans le 15ème et pour finir à la rue Saint Honoré aussi ou mieux quelques centaines de m2 rue de la Trémoille, traversant en deux ou trois heures des univers parfaitement étrangers) – bon là j'exagère, suivez plutôt le trajet de Gilda
« Sont apparus à froid les passants de cette rue très surveillée pour ce qu'ils étaient : des touristes au travail, chargés de sacs prestigieux, chacun représentant plusieurs trimestres de mon salaire, rien d'indispensable, jamais. Peu semblaient joyeux, pestant sans doute en leur for intérieur contre les limitations de circulation qui bloquent le passage des véhicules non motorisés ; ils souffrent sous le poids concret de leurs nouvelles possessions et sans vergogne je pense Bien fait ! »

vie de bureau
monologues du chef d'équipe, du chef de projet, de l'administrateur de réseaux et systèmes etc.. pour l'arrivée du stagiaire programme Hubert P. et c'est savoureux et doucereusement rude (à quelques détails près, peut être généralisé)
« Huitième étage, comité d’entreprise, direction, salles de réunion, terrasse. Fermée, la terrasse, fermée, ouverte que quand il faut. Tu fumes ? C’est en bas. 
D’ailleurs il est temps d’aller en bas. Au rez, la fumée, tu fumes, tu descends. Mais plus bas, on va plus bas. Au parking. Ta place de parking, t’as pas de voiture ? De toute façon, y’avait pas de place pour toi. Pas pour toi ici, on remonte viens, ton bureau, ton bureau est là.
Tu es avec eux, ici, moi je travaille là-bas. Tu verras, on se verra. »
et
offre d'emploi le détail : profil, compétences, valeurs recherchés – et c'est savoureux (un rien amer, mais un bon peu jouissif)
« Vous êtes prêt(e) à commencer tôt, à ne prendre que de courtes pauses et à partir tard. Vous ne comptez pas le temps qui passe et ne faites pas toute une histoire dès qu’une heure supplémentaire n’est pas payée. Vous gardez en mémoire que tout cela n’est jamais que du temps et non de l’argent.»


l'attente
tremblance
heures suspendues, tendresse, un très beau texte, qui a toute la tremblance du titre
«J'égraine les doigts de chacune de tes mains, j'apprends à compter les secondes.
Toujours las. Posés las.
Ils tracent des lambeaux de lumière dans l'éclat de tes yeux, ces nuages éthérés. »
et
et après les heures il y aura....et c'est ton coeur qui marquera le temps
attente sans l'espoir -
«Chamane
à revivre ainsi chaque jour l’instant où l’on sait
que plus jamais on ne touchera le soleil
la chambre avec les morts à la fenêtre
agitent leurs grelots c’est déjà quelque chose
les morts avec leur corps de mort ça existe
tu peux les toucher »

Londres
l'ange du renseignement
faire comme si on était du MI-6, suivre un homme dans les rues de Londres
« C’était une heure inconfortable, l’air était lourd, l’espace réduit, une chaleur moite semblait exsuder de chaque vêtement. Le rythme du moteur  engourdissait les passagers et rien sur les visages ne laissait deviner la moindre pensée qu’on aurait pu saisir pour se figurer une autre vie que la sienne.» et...
et
au moins à Londres
un beau et dense texte, l'histoire de la picarde et du pakistanais qui se rencontrèrent à Londres après la guerre, du voyage à travers l'Europe et l'Asie avec l'enfant, des langues
« se souvenir de lui qui écoutait son auto-radio dans sa Honda, alors, garée sur le bord de sa maison basque, les arbres du jardin, la piscine de ce premier novembre, au loin l’océan, l’astre au ciel qui luit encore, sa peau bronzée, sa façon de toujours et de tout négocier, son rire quand il parvenait à se saisir enfin de ce qu’il convoitait, un drôle de type, sa femme et ses enfants » etc... 

une phrase, deux textes
Que cherchais-tu, que voulais-tu ? Arracher aux siècles ta propre image ?  idée bien illusoire, et d'ailleurs le je du texte te laisse chercher, et s'est libérée
« Tais-toi. Oublie de vouloir. Ta gueule. Ne cherche plus. Rien. Ne veux plus rien entendre de ta bouche, porte chancelante qui crachait crapaud, cacas et cacophonies sans interruption et qui a baigné mes oreilles longtemps dans cette soupe déprimante. C’est bien de peau dont il s’agit. Jamais reprendre langue avec ton gouffre. »
ou le voudrait.
et
rien ne nous oblige
le recours aux mots de la littérature, frêle pollen, si frêle que proche du discours des sans voix – saisir le monde, la fugace joie, se contenter de quelques mots
« Ne pas compliquer inutilement avec les innombrables possibles. Juste besoin de quelques mots. Et effleurer la si fragile modestie de l'instant. »
la vie qui s'écoule – dessins, photos, juste pour marquer son chemin. «Rien ne nous oblige à dire »

en odeur de sainteté texte à quatre mains que l'on peut lire
ou
Rencontre avec Dieu dans sa rue, la rue Dieu, sidération, liquéfaction, éblouissement, attroupement et arrivée de la BRI Brigade de Répression des Illuminations.. et vous laisse en compagnie de l'Inspecteur principal Ballestra et de celui qui a rencontré Dieu
«Que pouvaient-ils me reprocher ? Les menottes me serraient et je repensais aux clous du Christ sur la croix. J’avais rencontré cette vision, elle m’avait transformé et le message était clair : il m’appartenait de transformer la ville mécréante en une cité de l’adoration, de la génuflexion, de la repentance et de la flagellation. »
enfin presque parfaitement à quatre mains … lisez les deux entièrement et verrez.

envol d'avril avec oiseaux en vue et quelques plumes – et les deux textes étaient beaux, et les deux textes me défiaient et ne savais comment en parler (presque rage, mais comme les aimais, me suis abstenue de me battre pour en dire plus, lisez les plutôt)
matières de rêves, rémiges beauté, assemblages comme elle seule le sait faire
poème en trois parties, trois chapitres, IE alors quelque chose advient oiseaux sur l'épaule – IISE chercher, écrire et être entraînée en pas de deux - IIIS strophes dérivant en poésie
«blancheur des corsages, blondeur translucide du vin muscat, rose de la cuisse-de-nymphe émue en compagnie du bleu de la pervenche, noir grumeleux du goudron, gris du zinc, terre de sienne brûlée des plaques fonte citadine, couleurs brutes électriques et publicitaires enseignes, couleur du temps et des dieux des forêts, aubépine pointillée de rose, chevelures, splendeur rousseur, oiseau »
suivi d'un mini traité sur la formation des cornes, sabots etc...
et
la nuit, l'oiseau
strophes qui disent l'oiseau qui dort, entrecoupées des phrases de celle qui écrit cela
«L’aube est muette en ton absence. J’attrape au vol quelques souvenirs, comme ça, sans le faire exprès.
L’oiseau qui dort a du ciel à la pelle dans les pattes et des milliers de lignes au bout des plumes, horizontales, verticales, obliques, circulaires, en guirlande, en spirale ascendante ou descendante, de formes tourbillonnantes et indéterminées, des lignes à tracer et à laisser courir sur le papier. »

travail
mes saisons de travail
long et beau, paragraphes disant la dureté de la vie, ponctués printemps 1, printemps 2,.. jusqu'à printemps 6
«un jour je ne travaille plus - après trouver un autre emploi devient dur très dur - je vais à l'université – je sors avec un diplôme  M2 Didactique du FLE – j'ai 16 à l'épreuve écrite d'arabe - et 2 à l'épreuve de déduction naturelle en calcul propositionnel  - je travaille aujourd'hui - je gagne neuf euros de l'heure j'ai un contrat de six mois - j'écris le soir chaque soir - écrire n'est pas travailler - écrire c'est respirer - je n'ai jamais appris à respirer -»
et
finir le travail, pour cela le commencer, pour cela arrêter le travail pour mieux travailler, les textes des autres, ses textes – arrêter le travail dur, sur les mots mais pas ceux de cet échange (avance en blocs de belle force), pas ceux qu'on s'arrache
« et… tu te rends compte que tu t’éloignes encore du sujet… même si le travail du texte est essentiel dans ton travail ce n’est pas l’essentiel de ton travail. Ton travail, parlons-en justement – enseigner le français saignant - boutade – le dernier jour, saignant… »


deux traducteurs (régal)
Kerouac garçons de l'éternité long et splendide
«ils en parlent avec gravité 

- passant près d’eux je vois 

mais fais semblant de rien 

& ils zyeutent pour voir si 

le vieux Walt Whitman regarde 

mais le vieux Walt Whitman est 

au secret dans son manteau de chiffonnier, 

il a baissé toutes ses paupières
& n’a pas whitmanné »
et
et Kafka et un passage du cahier in octavo
«Le nègre qu’on ramène chez lui après l’Exposition universelle, et qui, rendu fou par le mal du , pays au milieu de son village et des lamentations de sa tribu... » bref et superbe.

quête de souvenirs fuyards
Kwakzibak là où il fut longtemps question de Kwakizbak
a oublié le nom, marche dans les rues, relève les indices sur les murs, les portes, les rêves, comme cette inscription regarde le ciel, continue à chercher celui dont le nom n'est pas certain, hors du temps, hors du lieu qu'il faudrait, trouve d'autres tags, continue
« Un jour, une pirogue. J’y suis monté pour traverser le fleuve. Les conquistadores, ci-contre (contre ce moi d’alors) ne savaient pas ce qu’ils cherchaient et moi j’ignorais tout de nos conditions respectives (humaines ou pas ou pire). Je leur ai dit Kwakzibak est là, quelque part, au-dessus ou en dessous ou avant nous, après, qui sait ; comme le marasme et puis le ciel, l’eau : quel bouillon ! »
et.. lisez et attendons le message
et
il n'y a pas de machine à remonter la ville montre
une rencontre, mais sont ce vraiment des retrouvailles ? Souvenirs échangés.. peut-être.. sans certitude -(dit ça beaucoup mieux, allez le lire)
« Tu prétends attendre le train suivant alors que tu rejoins déjà cette chambre d’hôtel où le plancher craque. Tu crois porter ta valise alors que tu te surprends à ne plus te souvenir du nom de certaines rues. Tu penses lever les yeux mais tu sais déjà, season changing every hour, que la porte ne sera plus noire et que les sandales ne seront plus. Sur le miroir de la salle de bain, tu dessines alors le visage de ta-vie-sept-ans-plus-tard et celui de ton garçon puis tu redescends par l’ascenseur »
(et certaines phrases viennent de Far from the pictures de Kat Onoma)

la règle du jeu
une petite fable, cruelle comme toute fable, tranquillement énoncée, sur des êtres aux mémoires effacées et sur les paris faits sur leur comportement.
« Les gains les plus importants se faisaient évidemment sur le plus spectaculaire, crise de démence, sanglots, fissure de l’être et parfois même, ces jours où toutes les audiences explosaient, suicide en direct.»
et
voir en noir et blanc
un bref texte : se regarder délirer, (ne sais comment dire que je l'ai aimé)
« je ne craignais pas ce buisson mais je n’avais pas non plus envie d’entrer dans l’image qui comportait sa part d’ombre, un flou attirant et repoussant, oui, je délirais, j’avais des visions en noir et blanc le jour et des rêves en couleur là nuit, oui, je délirais sans arrêt car je ne savais pas où était ma place. »

et puis, in fine, les deux nées en xxx2
Sabine Huynh, la plus jeune, qui s'appuie sur cette date pour dire
c'est l'année de ses quarante ans, et elle ne sait presque rien, a des mots gentils pour la plus vieille, devenue P, cherche un peu les différences, évoque surtout, effleure ses quarante ans, laisse remonter des souvenirs émouvants, qui disent discrètement
«Il y avait la voisine divorcée aux trois filles blondes, toutes aussi belles les unes que les autres, et l’été elles portaient des robes à fleurs et partaient en riant à bicyclette, les cheveux détachés et sentant bon, tandis que H. , de l’autre côté du portail noir puis blanc puis gris de leur maison, cheveux coupés à la garçonne, c’est plus pratique, les regardait, non, elle les admirait passer, assise sur la selle du petit vélo de son frère, qui n’avait qu’une pédale, et serrant le guidon à s’en faire blanchir les phalanges.»
et
Brigitte Célérier, ou Brigetoun, qui essaie de réaliser qu'elle est là, dans l'année de ses soixante-dix ans, s'étonne, finit par apostropher la vie http://www.sabinehuynh.com/id30.html
«Je sais que, le voulant ou non, sans le sentir, je suis en toi ou le contraire
Ô toi la cabocharde sempiternelle,
Je sais que tu es bigrement entêtée.»
Brigetoun qui vous prie d'excuser les approximations, incompréhensions... en prenant en compte ses limites, et, plus inexcusable, sa propension, en ce jour, au doux nonchaloir.

9 commentaires:

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

Le ticket de Loto de Bonneau !
C'est exactement ça que je pense quand j'en achète (parfois) un.

Dominique Hasselmann a dit…

Ascension, recension : merci pour ce parcours !

Pierre R. Chantelois a dit…

Ces vases communicants sont l'illustration parfaite de la richesse de notre magnifique langue française qu'il ne faut jamais cesser d'enrichir. Un tour d'horizon bleu comme pourrait l'être la couleur du bonheur. Merci

jeandler a dit…

A ce "doux nonchaloir", heureusement qu'il me reste la journée toute entière pour m'y glisser.

Anne a dit…

Merci une fois de plus, Brigitte, de l'attention que vous portez à nos textes.
Juste une précision en ce qui concerne le mien : c'est le passant, celui que je ne croise pas, dont les phrases sont en italiques, qui s'en va à son rendez-vous médical, tandis que j'entame ma #viederelectrice et que, probablement, Gilda conseille un livre à un client ;-)
J'aime les croisements, et me dis que je ne suis pas la seule...
Bonne journée à vous

brigetoun a dit…

quand je disais que, compte tenu de la forme fluctuante, et de l'excitation-lecture-trop-rapide à certaines heures e eu d'éveil, grand était le risque que j'ai mal lu. J'aimais, vais relire.

Anne a dit…

Merci Brigitte - les phrases en italiques ne sont pas de moi, c'est aussi cela, que je voulais dire :)

Gérard a dit…

De jolies fleurs pour les vases communiquants

François Bonneau a dit…

Merci une nouvelle fois, Brigitte ; Et merci au m'sieu du pont d'Avignon de s'être reconnu dans ma gribouille !