mardi, avril 17, 2012

C'est l'année de mes soixante dix ans (reprise vases communicants)


Ce lundi était jour de grand vent où les plantes se vautraient dans ma cour, si n'étaient pas arrimées, où les branches se balançaient, où la ville était fouettée, résistait., où le vent se faufilait, se cassait aux angles des rues étroites, reprenait élan.
Ce lundi a été jour de lectures politiques et autres, tentatives de réflexions, quasi négligence des blogs amis, nourriture de mon second petit domaine http://brigetoun.wordpress.com (mon arbitraire florilège en mode alphabétique ces temps ci – mais j'ai finalement sauté le U), petites tâches domestiques, engourdissement résolu – et paresseuse reprise de ma participation aux vases communicants d'avril, dialogue avec une jeune et talentueuse quadra Sabine Huynh http://www.sabinehuynh.com

C'est l'année de mes soixante-dix ans.
Dis, c'est quoi la vie ?
C'est l'année de mes soixante-dix ans, le ressasse, je sais, j'ennuie
Dis, tu m'apprends, la vie ?
C'est l'année de mes soixante-dix ans, je cherche comment y être.
Dis, tu me concernes, la vie ?
Soixante-dix ans, soixante-dix donc, un chiffre, et moi.
Dis, pourquoi ce moi, la vie ?
C'est l'année de mes soixante-dix ans, et mon corps me dit faiblesse, lui dis ai souvenir de plus grande, et mon corps me dit mollesse, lui dis mauvais outil.
Dis, je vis ?
C'est l'année de mes soixante-dix ans, oui da, soixante-dix ans que je vis, dit-on, mais ne sais ce que c'est.
Dis, tu m'apprends, la vie ?

C'est l'année de mes soixante-dix ans, et nous sommes vieilles compagnes la vie, même si je ne sais toujours pas pourquoi
Je sais que tu es ordinaire, invisible, taiseuse souvent
Je sais que tu es un flux en désordre qui me traverse
Je sais que tu es amère, ou fade, ou curieuse
Je sais que tu es bellement goûteuse, par éclairs lumineux
Je sais que tu es un drôle de truc
Je sais qu'on ne pense pas à toi
Je sais que ce n'est pas la peine
Je sais que c'est comme ça, même si je ne sais toujours pas pourquoi, à quoi tu sers, à quoi je sers
Je sais que, le voulant ou non, sans le sentir, je suis en toi ou le contraire
Ô toi la cabocharde sempiternelle,
Je sais que tu es bigrement entêtée.

C'est l'année de mes soixante-dix ans, et tu es là, toujours, la vie..
tu a mis à porté de mon antre, avec l'aide des humaines inventions, rencontres presque ou mieux que vraies, photos, vies, textes,..
et ce mois-ci un échange avec une qui est dans l'année de ses quarante ans,
dissemblable et plus proche peut-être à travers le temps qu'elle ne le croit, et peut-être pas comme elle le croit,
qui accueille ces pauvres mots chez elle, et s'en est allée écrire sur Paumée en me faisant bien de l'honneur, dame oui. (et j'ai été ravie que des lecteurs de belle qualité soient sensibles à son texte). 

12 commentaires:

Pierre R. Chantelois a dit…

Chaque jou8r, nous nous surprenons d'être encore là. Le lendemain, nous constatons encore que nous avons franchi la nuit pour être encore là au matin. Vient un âge où nous additionnons les moins (ces qui coulent lentement) et soustrayons les plus (ce qui nous tenait tant à cœur et que la vie soustrait de notre capacité physique et intellectuelle). Tout nous semble se raréfier. Même le souffle pour traverser la vie à pied. Très beau texte, chère amie.

Chri a dit…

Bonjour à vous.
Il y a une erreur dans le lien suivant: http://btigetoun.wordpress.com au début de votre très beau texte du jour...

brigetoun a dit…

merci pour le qualificatif, et merci d'avoir signalé l'erreur que j'ai corrigée

Dominique Hasselmann a dit…

Raymond Aubrac : 97 ans d'existence.

La résistance a toujours de l'avenir.

(Votre journal encadré avec Pétain m'y a fait penser).

La vie est un pêle-mêle, il suffit de l'ordonner un peu, comme vous le faites ici.

brigetoun a dit…

journal j'ai cherché pour éviter Drancy (suis juste contemporaine)

Sab a dit…

Et voilà le beau texte de Brigitte à sa juste place, sur Paumée ! Il dit tant avec une pudeur fort touchante. Fière de l'avoir chez moi quand même !

Chroniqueur rudimentaire a dit…

Cabochard: quel joli mot. Il signifie «entêté, têtu». Il appartient à la famille de la caboche, qui désigne la tête, la «cabeza». Une caboche désignait également un clou à grosse tête pour ferrer les souliers. Du dur. Le cabochard est un peu cabot, un peu clochard. Je l'imagine agaçant, parce qu'entêté. Attachant, par sa continuité à être lui-même.

Françoise Dumon a dit…

La vie comme un cadeau chaque jour renouvelé, oui, savoure, même si parfois elle se fait rugueuse, la vie.

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

Quand on est né pour fêter la prise de la Bastille, on respire à jamais de l'espoir !

jeandler a dit…

Septante ans, un joli compte et rond
et des mots charmants pour le dire.

joye a dit…

Waoooooooooooooouh !!!

Le treize juillet, ça va barder !!!

Waoooooooooooooouh !!!

Gérard Méry a dit…

Je lis que tu sais beaucoup de choses sur ta copine de vie