jeudi, juin 14, 2012

Allégresse dans l'air – et projets en longue liste (lecture d'icelle déconseillée)


Brigetoun dans l'air jeune, tiède et léger, de la place, défie un taureau aussi beau qu'inoffensif, questionne la solidité de ses chevilles, puise la force du noir sang de l'animal, les sens s'affermir, avant de partir du pas le plus allègre, de l'humeur la plus délicieuse qu'a connus depuis longtemps, sans raison, comme cela, comme un petit miracle qui était dans la ville,

les ombres étaient profondes, les découpes franches, les façades du côté du Rhône buvaient le soleil, et le ciel était avignonnais,

le Pacifique s'était installé chez Ventilo, à côté d'élégances citadines,

les pierres et la lumière jouaient leur amour des beaux jours,

et la place de l'Horloge était  paix.

Soleil – cour – regarder les presque-bébés-olives qui commencent à grossir, les supplier de rester là – petite plongée dans «la vie des abeilles» http://www.publie.net/fr/ebook/9782814506077/la-vie-des-abeilles

et puis, passez votre chemin, c'est pour moi, mise en forme de ma sans doute définitive commande de billets pour le festival

Attention, frontière

ce sera si carcasse, si places près de couloir, si.. ce sera forcément
dans la cour d'honneur
le 7 juillet à 22 heures The master and Margarita de Mikhaïl Boulgakov par Simon McBurney – environ 3 heures 20
Avec brio, il juxtapose les univers imaginés par Boulgakov : le Moscou d'un Staline qui rôde et surveille, le ciel et les enfers d'un Satan qui ose dire les vérités dérangeantes, une Jérusalem qui voit Ponce Pilate et Jésus philosopher ensemble, mais aussi un hôpital psychiatrique, refuge des écrivains las et désespérés – acteurs, vidéos, animation 3 D, marionnettes
le 20 juillet à 22 heures La Mouette adapté de Tchekov par Arthur Nauzyciel – environ 3 heures 15
En retraversant La Mouette, il y croisera des spectres, ceux de l'écrivain russe, mais aussi Hamlet ou les héros de L'Orestie, venus témoigner du lien avec le passé, pour construire un théâtre qui se fait au présent, un théâtre de l'impérieuse nécessité. - jeu – danse – masques

dans les dessous de scène de la cour d'honneur
le 12 juillet à 10 heures Title Withheld (for legal and ethical reasons) de Steven Cohen – environ 55 minutes
Costumes, vidéos, lumières phosphorescentes et rats constituent les balises d'un lieu volontairement non situé en matière d'époques et de continents, à la lisière de l'Histoire et de l'imagination

place du palais (mais là c'est entrée libre, juste garder temps pour)
le 14 juillet à 23 heures Place Public pour ke 100° anniversaire de la naissance de Jean Vilar de KompleXKapharnaüM – environ 1 heure 10.

à l'opéra
le 7 juillet à 17 heures – Refuse the hour de William Kentridge avec le physicien Peter Galison, le compositeur Philip Miller, la chorégraphe Dada Masilo et la vidéaste Catherine Meyburgh – environ 1 heure 20
construction d'histoires, de scénarios, associant avec brio abstractions scientifiques et phénomènes spectaculaires très tangibles machines, acteurs, musiciens etc..
le 18 juillet à 22 heures - Ein Volksfeind (un ennemi du peuple) d'Ibsen par Thomas Ostermeier – environ 2 heures
texte qui interroge sans complaisance les ressorts du capitalisme et le poids écrasant de l'argent au sein de nos sociétés libérales.

Et puis même si j'ai décidé de faire l'impasse sur les spectacles hors les murs (nombreux et pour certains plus que tentant), tant pis tout de même
peut-être à la salle de Vedène le 8 juillet à 22 heures Meine faire dame, ein sprachlabor (my fair lady – un laboratoire de langue) de Christoph Marthaler avec le théâtre Basel – environ 2 heures
tout est possible dans l'univers de Christoph Marthaler : Karajan peut y croiser Frankenstein, la dégustation collective d'une pomme se transformer en véritable concert vocal, les exercices de diction se muer en un irrésistible comique de répétition
et salle des fêtes de Saze le 17 juillet à 21 heures Atem le souffle de Josef Nadj et Anne-Sophie Lancelin, parce que je serais fan si je ne détestais pas cette idée – environ 1 heure 15

au cloître des Carmes
le 10 juillet à 22 heures Six personnages en quête d'auteur de Pirandello adapté et dirigé par Stéphane Braunschweig pour le théâtre de la Colline – environ 2 heures
À partir d'un travail d'improvisation avec ses acteurs, il a imaginé de réécrire une partie de la pièce, et de s'inspirer également de l'adaptation pour le cinéma que Pirandello écrivit quelques années plus tard. Alors que dans la pièce l'auteur brille par son absence, dans le scénario, c'est paradoxalement cette figure de l'auteur qui devient centrale, un auteur aux prises avec les figures de son imagination
le 23 juillet à 22 heures Tragédie de et par Olivier Dubois – environ 1 heure 30
Surexposés dans leur nudité pour mieux incarner cette évidente variation anatomique, neuf femmes et neuf hommes proposent un état de corps originel, une sollicitation de leur genre humain débarrassé des troubles historiques, sociologiques et psychologiques, pour former in fine un chœur tel un chant/corps glorieux. Marcher, se tenir droit, faire face, tout d'abord par des allers et retours incessants, puis par un martèlement du sol et ainsi refaire du pas le geste fondamental de leur volonté

essayer (mais comme c'est entrée libre j'ai peur de renâcler encore plus facilement au dernier moment) – à l'Université – Sainte Marthe
le 19 juillet à 11 heures 30 Faire le Gilles de Gilles Deleuze par Robert Cantarella – environ 2 heures 10
Muni d'un système d'oreillettes, l'acteur reprend mot pour mot les paroles du philosophe avec son intonation, son rythme, ses hésitations, ses suspensions et toutes les inévitables scories inhérentes au mode oral. Pour autant, Robert Cantarella ne pastiche pas Gilles Deleuze. Il s'en fait la fidèle copie sonore, le fidèle passeur...

cloître des Célestins
le 9 juillet à 20 heures Very Wetr de Régine Chopinot avec le Wetr – environ 1 heure 12 (j'adore le 12)
danses sont rythmées par des frappés de pieds sur le sol qui génèrent une sensation de force et de précision. Leur engagement physique est à la fois savant et généreux, mobilisant librement et dynamiquement tous les champs des articulations du corps. Chaque regard est écrit dans des orientations multiples et complémentaires aux mouvements... Les chants sont polyphoniques, circulant entre les modes, majeurs, mineurs, les assonances et les voix de tête pour reprendre à l'unisson une mélodie simple, où toutes les hauteurs de voix s'harmonisent. Les paroles jonglent entre le drehu et le français. Avec lecture d'un texte de Walles Kotra
le 19 juillet à 22 heures – the old king – de Romeu Runa et Miguel Moreira, dansé par Romeu Runa – environ 1 heure 05
Un homme fume, seul, un livre posé sur les genoux. Cette image du photographe portugais Daniel Blaufucks irrigue la pièce de Romeu Runa et Miguel Moreira, à laquelle elle donne aussi son titre, The Old King.

Salle Benoît XII (un des endroits que carcasse redoute avec Aubanel, et qu'aiment les bons spectacles)
le 12 juillet à 18 heures Disabled Theater de Jérôme Bel avec le Theater Hora – environ 1 heure 30
Âgés de 18 à 51 ans, les acteurs du Theater Hora sont pour la plupart atteints du syndrome de Down, plus couramment appelé trisomie 21. Acteurs avertis, ils présentent à travers l'Europe des pièces d'après Shakespeare, Conrad ou Fellini. C'est parce qu'ils sont professionnels que Jérôme Bel a accepté de travailler avec eux. Pourtant, pas question de leur faire endosser des rôles : sur le plateau nu, ils n'interprètent rien d'autre qu'eux-mêmes. Petite crainte, dépendra du respect.
le 20 juillet à 18 heures The coming storm (l'orage à venir) de Forced Entertainment – environ 1 heure 45
dynamiter la narration, de questionner les sources et les structures de nos récits, mais aussi de s'interroger sur la forme théâtrale. Certaines des histoires prises en charge par les comédiens sont réelles, d'autres inventées...

Gymnase du Lycée Aubanel – tenter - couper le sort (malaise avant d'y entrer deux fois) parce que cela vaut le coup
le 17 juillet à 18 heures The Four seasons restaurant de Romeo Castellucci – environ 1 heure
Romeo Castellucci s'intéresse à l'histoire du peintre Mark Rothko retirant ses toiles des murs du restaurant new-yorkais qui les lui avait commandées. Derrière ce fait réel survenu en 1958, il s'interroge sur le tourment de l'homme face aux images et à leur utilisation, mais aussi au rejet social dont l'artiste s'est fait le promoteur
(et tant pis, dommage, pour le spectacle de Katie Mitchell d'après les anneaux de Saturne de Sebal, qui ne se joue qu'à des dates trop chargées)


et les quelques spectacles de nuit à l'École d'art
le 15 juillet à 24 heures 30 Jerusalem plomb durci de et par Ruth Rosenthal et Xavier Klaine par Winter Family – environ 55 minutes
le 19 juillet à 24 heures 30 Je suis venue de Yalda Younes, Gaspard Delanoë – environ 50 minutes
Partant d'un pastiche de conférence internationale tournant rapidement aux propositions les plus loufoques, le performeur Gaspard Delanoë, accompagné par le rythme puissant du zapateo de la danseuse libanaise Yalda Younes, orchestre un plan de paix pour le Proche-Orient, «entre utopie et réalisme froid»
le 22 juillet à 24 heures 30 tomorrow's parties de Forced Entertainment – environ 1 heure 20
Sous une guirlande de lampions colorés, dans ce qui ressemblerait à une baraque foraine, un homme et une femme rivalisent d'invention pour livrer au public des visions de l'avenir..

la cour du Lycée Saint Joseph
le 25 juillet à 21 heures Die Kontrakte des Kaufmanns.
Eine Wirtschaftskomödie (les contrat du commerçant, une comédie économique) d'Elfriede Jelinek par Nicolas Stemann et le Thalia Theater – environ 3 heures 45
La plume acérée d'Elfriede Jelinek s'attaque aux gros et petits spéculateurs des marchés financiers, à même le langage dont ils se parent. Avec une implacable lucidité et un humour féroce, elle joue inlassablement avec leurs discours prétendument rationnels, pour en donner à entendre le jargon aussi irréel que farcesque.


À côté, au gymnase du Lycée Saint Joseph
le 21 juillet à 20 heures Sakinan Göze Çöp Batar (c'est l'oeil que tu protèges qui sera perforé) de et par Christian Rizzo – environ 50 minutes
Un homme est assis sur un container en bois. Bonnet bleu et sac à dos lui donnent l'allure d'un voyageur. Au bout du chemin, il se déchausse et dans... dansé par Kerem Gelebek
le 22 juillet à 18 heures Disgrâce d'après Coetzee par Kornél Mundruczó – environ 2 heures 05
Le politiquement incorrect et la déstabilisation sont des armes que ne refuse pas le metteur en scène, des armes d'autant plus efficaces qu'il les place dans les mains de comédiens incroyablement engagés, conscients des enjeux de la parole à faire entendre. Travail collectif reposant sur une connaissance profonde du roman pour mieux s'en détacher
le 27 juillet à 21 heures Psychopharmaka de Rodolphe Burger et Olivier Cadiot – environ 1 heure 30
Voyage en forme d'autoportrait, truffé de citations, de choses entendues et aimées, de reprises de leurs propres travaux, Psychopharmaka est un concert qui fond d'une nouvelle façon l'écriture d'Olivier Cadiot et la musique de Rodolphe Burger, entre ballade linguistique et pérégrinations musicales, hasards sonores et nécessités du propos.

dans la chapelle des Pénitents blancs
le 11 juillet à 17 heures La nuit tombe de Guillaume Vincent – environ 2 heures
La pièce imaginée par Guillaume Vincent a des allures de scénario qui servirait à faire théâtre. «Une machine de scène», selon son expression, qui trouve sans doute son inspiration du côté des cinéastes qu'il affectionne (Bergman, Bresson, Buñuel et Fassbinder) et nous plonge dans un univers où le fantasme et la réalité se fréquentent étroitement, où le passé et le présent ne font parfois plus qu'un, où les vivants et les morts nous parlent sans se soucier de leur statut
le 24 juillet à 17 heures Est-ce que tu dors ? de et par Kathia et John Berger – environ 1 heure
à partir de lettres et SMS échangés entre eux à propos de la petite salle du palais ducal de Mantoue décorée par Mantegna
Une lecture-performance comme une proposition de relation : à l'art, au monde, au temps, à l'oubli mais surtout, peut-être, de père à fille, et de fille à père.

les courts spectacles donnés dans le «jardin de la Vierge» du Lycée Saint Joseph
le 9 juillet à 11 heures – programme A
Sonata Hamlet de Mitia Fedotenko et La fille de Michaël Allibert – environ 1 heure 15
le 10 juillet à 18 heures – programme B
Le vertige d'Olivia Rosenthal et Projet luciole de Nicolas Truong -
le 21 juillet à 11 heures – programme C
Curtain de Jonah Bokaer et L'inquiétude de Stanislas Roquette
le 26 juillet à 18 heures – programme D
O de Laurent Chétouane et In creation de Gregory Maqoma

dans la cour du Lycée Mistral (et non plus le gymnase cette année)
le 13 juillet à 22 heures La Faculté de Christophe Honoré par Éric Vigner – environ 1 heure 45
Éric Vigner met en scène avec les comédiens de l'Académie, ces jeunes acteurs venus d'ici et d'ailleurs, dignes représentants de la «jeunesse du monde». Un théâtre laboratoire où «la parole métissée» de Christophe Honoré, tout à la fois poétique et concrète, ne reculant jamais devant la crudité, rend compte de la complexité des désirs amoureux, de la peur de la différence, de la violence d'une société troublée menaçant de se désagréger..

Restent (mais là pas de billet à retenir maintenant, ou pas de billet du tout, juste noter) le débordement des spectacles du off
le théâtre des idées que n'ai pas courage de suivre mais tout de même le 15 juillet à 15 heuresau gymnase de Saint Joseph, Alain Badiou et l'éloge du théâtre ?
Le cycle de musique sacré que je néglige en le regrettant, comme les films
les expositions, bien entendu, sauf les plus attendues
et, autant que pourrais, les lectures dans la cour de Calvet, au moins :
le 11 à 20 heures une génération tragique – Boulgakov, Akhamatova, Maria Tsvetaeva avec Anouk Grinberg et André Markowicz
le 12 à 20 heures pour saluer John Berger avec Jacques Bonnaffé et Nicolas Bouchaud
le 16 à 20 heures Perros, Miossec, vies ordinaires concert-lecture de Miossec et Tcheky Karyo
J'espère que vous n'avez pas lu – j'en avais par dessus le dos moi-même de cet exercice.
Mais c'est là, comme une tentative d'engagement avec moi-même. Reste à faire la queue et à affronter la désapprobation silencieuse ou non de ceux qui me suivront (le jour réservé aux avignonnais est fortement réduit cet année: de 13 à 17 heures, et avec de la chance je devrais mobiliser une jeune femme pendant une bonne demie-heure)

7 commentaires:

Pierre R. Chantelois a dit…

Quel programme. Comment peut-on s'ennuyer un seul instant avec deux mois aussi bien occupés? Et le Theater Hora, c'est le théâtre de la différence. Un droit magnifiquement revendiqué.

arlettart a dit…

Quand l'air est si doux sur la peau et que l'esprit va se nourrir si bien ...je sens l'allégresse m'envahir en écho
Re naissance !!

Dominique Hasselmann a dit…

L'allégresse est revenue : le rideau s'ouvre (même s'il n'y en a plus).

mémoire du silence a dit…

"Alegria
Come un lampo di vita
Come un pazzo gridar"

jeandler a dit…

Connait-on en la ville festivalière plus attentive, plus fidèle, plus résolue, plus gourmande, plus enthousiaste ?
Que la force soir avec vous.

JEA a dit…

Lors d'un spectacle au Palais, je laissai tomber l'une de mes sandales. Scandale, dites-vous de me montrer si décalé dans un haut lieu culturel ?
Après les derniers applaudissements, je me suis glissé sous les gradins. Et là, quel autre spectacle. Une caverne d'Ali Baba. Une brocante. Un vide-grenier.

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

C'est reparti !!!