dimanche, juin 24, 2012

Pour en finir avec Jean


À l'heure où suis encore hésitante sur le bord du jour, plantée sur le bord de la cour, je regardais au dessus de moi le passage affairé, en tous sens, sans essayer de comprendre leurs buts, les passages, les ascensions, les lancers, croisements, de noirs, aigus, triangles ailés, que je baptisais martinets. Ils me donnaient appétit de vie, sans but précis, juste comme ça. Mais ils sont restés obstinément absents juste aux moments où je déclenchais mon appareil – n'y a que la têtue petite tache qui ne veut pas partir.

Suis partie chercher le boutis qui m'attendait chez le teinturier et trois paires de draps toujours pas prêts (finis par me demander s'ils ne sont pas perdus) – eu un coup de coeur pour une robe qui conviendrait si bien à ma dignité de septuagénaire, soupiré que non, souri aux robes à vingt euros ou moins que finalement je préfère à toutes, mais la garde, elle, ici, faute de mieux.
Et puisque, provisoirement je pense, l'espère ou le crains, j'ai perdu mon innocence avec les mots, mon consentement à ma gentille insignifiance d'écrivante, puisque aussi, en juillet, si reprends tonus, je n'aurai temps, au mieux, que pour notes à la va tant mal que bien sur ce qu'aurai tenté de cueillir dans Avignon, dis au revoir ou adieu au convoi des glossolales, et solde les «Jean a dit» qui, d'ailleurs, lassent, ou au moins me lassent http://leconvoidesglossolales.blogspot.fr/

Jean a dit «il y a une maison, il y a un bois, il y a un jardin, il y a l'automne», il y a la promenade intéressée, il y a les petits produits des campagnes, les champignons à lamelle, les champignons à pores, les phalles, les géastres, les vesses, les champignons en coupe ou en gelée, les lactaires, les bolets à pied rouge et les bolets Satan, les armillaires du miel, les cèpes, les coulemelles, les chanterelles, les clavaires, les girolles, les coprins et les galères, les lentins, les helvelles et les trompettes de la mort, les pleurotes et les oreilles de Judas, les amanites, les russules, les lépiotes, les extravagants sparassis et les xylaires, les morilles, les truffes, les arrêtés préfectoraux, les qui-se-mangent, les qui-sont-délice, les qui-sont-à-éviter, les tueurs et les champignons magiques des coréens, et puis c'est vrai il y a les mycoses des pieds, l'ergot du seigle, le midiou et autres mais ça c'est une autre histoire, alors revenons aux champignons à fumer, et n'oublions pas l'ail et le persil.

Jean a dit «il y a un salon près d'une rivière, il y a le bazar, il y a les bleus et chamois des tapis de Chine», il y a les tapisseries, les kilims et les tapis de la Savonnerie, les nattes, les tapis berbères, des tapis tout autour du monde, les tapis d'Anatolie et puis pour ma méditation heureuse il y a les tapis persans, il y a les tapis d'Ispahan, la variété des tapis de Gouhm, et le minah khani pastel et argenté d'un Héréké, il y a le bleu sombre en jardin choisi pour mon père, il y a quatre vingt ans environ, par un ami turc, il y a mon petit Gouhm, il y a tous les tapis que je rêverais d'avoir, les innombrables ateliers, quoique peut être devrait-on dire il y avait, il y a les laines du Khorasan, le coton, les soies, les fils d'argent, la garance, l'indigo, le jaune de la vigne et celui du safran, le brou de noix, le noir des poils de chameau, il y a l'univers des marchands, les souks pour touristes et les réservés, les tapis proposés sur les épaules dans les rues des ports, les tapis en gloire derrière les vitrines rue de Richelieu – il y avait - ou près de Saint Philippe du Roule, il y a trop longtemps, et la boutique qui est sous mon antre.

Jean a dit «il y a les légumes de l'été, il y a les terres cuites, il y a les parfums, il y a...» et Marie l'a interrompu pour savoir ce qu'il voulait manger.

9 commentaires:

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

Je ne sais pas ce que j'en dis, moi, de ce que Jean dit ! :D)

Pierre R Chantelois a dit…

Jean a dit : tant que les mots seront absents, je serai présent. Tant que les idées seront évasives, je deviendrai créatif. Et lorsque la patience s'estompera je la ferai renaître des abysses noires de la pensée.

Nadine M a dit…

Oui, il est des faims (fins) qu'il ne faut pas combler tant elles sont initiatrices d'éveil !

JEA a dit…

écrivante et non écrit vaine...

Dominique Hasselmann a dit…

Mais si Jean a dit se tait, il y a encore beaucoup d'autres prénoms !

Le passage des martinets peut faire mal (quand on est petit).

tanette2 a dit…

Un petit coucou en passant pour te remercier de ta visite et te souhaiter un bel après-midi.

jeandler a dit…

Ce que Jean veut manger ? Un plat de champignons, rosés des près par exemple ou mousserons... C'est qu'avec cette pluie, il y a le choix. Courons au bois, voir si Jean y est encore.

Gérard Méry a dit…

Tous les champignons sont comestibles....certains une seule fois...

Danielle C. a dit…

Pas un commentaire sur les tapis ? C'est pour moi, car moi aussi," il y a tous les tapis que je rêverais d'avoir" et les nombreux rêves qui s'attachent aux tapis.