vendredi, juillet 06, 2012

Rite un chouya bousculé, en direct d'un Avignon entrant en foire


Une Brigetoun au petit crâne, à la compréhension majestueusement lente, partagée, entre curiosité, plaisirs de lecture, perplexité parfois, et envie de baigner dans la liesse des avignonnais assistant à la parade du festival off (y compris et surtout dans le plaisir de ceux qui en resteront là) et d'un vernissage.
Indulgence implorée – deux ou trois mots, une citation, un espoir que cela vous tentera. Parce que, à mon humble avis, c'est un grand cru (en tout cas, mon plaisir fut spécialement grand, sans que je me heurte, ce qui arrive parfois, à des textes que je soupçonne beaux mais qui sont pour ma petite personne un peu grumeaux)
Et, bien entendu, pour vraiment suivre, lire, il y a le regroupement par Pierre Ménard sur http://www.scoop.it/t/les-vases-communicants
Il y avait donc : 


une très belle rencontre autour de L'empire des lumières de Magritte, qui défie ms mots
«rue Esseghem » il lève le doigt et dit... - mais je ne vais tout de même pas essayer de résumer les rencontres, le foisonnement, des mots de Christine Jeanney, c'est tâche impossible et ce serait néfaste - il prononce donc une petite litanie de sentences, qui creusent jusqu'à une longue tirade en désarroi
«Il existe une maison très calme. Quelqu’un habite à l’intérieur, pose son verre sur une table, s’allonge, se repose, on ne voit rien. Et les reflets dans l’eau reflètent le calme comme je reflète ce qui m’a recouvert et que tu crois serein, on ne voit rien. Les arbres en majesté, debout (un peu d’admiration ne nuit pas à l‘affaire), on ne voit rien...»
et
«pas le réveil» d'abord le silence... et une dissertation, comme d'une voix qui viendrait, précise, à travers un rêve,
«Quelque chose s'est égaré, quelque chose résiste, comme suspendu à cette ligne d'horizon qui tranche à vif, violemment, démonte les codes, mine la représentation, sépare le monde de son «image», le Réel de la «réalité»...»

à partir de l'image de profil de Euonimus Blue
«Et vous, là-bas»
sermon sans grande tendresse pour mettre fin à la sieste d'une qui devrait travailler
«Mais ici, Clara vous êtes ma secrétaire, la secrétaire du célèbre avocat d’affaires, Anselme Tinange. Vous croyez que je peux tolérer une telle désinvolture dans votre tenue vestimentaire. Clara ! cachez ce dos… mon sang risque de ne faire qu’un tour et nous le regretterons tous les deux»
et
«journeaux d'une vie» déchire...
un peu perdue au bord de sa vie, des traces déchirées
«L’intérieur d’elle baille, se lasse, si lasse...
Les journaux sur le sol se superposent.
Tourbillon interne. Elle regarde les miettes de sa vie, coincées, entre les lignes…
Les miettes de sa vie…
Enveloppée d’un drap vert-pomme.»

autour du son, de la langue, un très bel échange,
dont je ne puis guère parler, la paraphrase serait ridicule
«ma langue...» - en strophes denses, avancer dans la langue, la langue de l'autre, l'échange
«les corps enchaînent / ne passeront pas non plus - c’est pour la langue, même très périphérique / tout est pour elle / tout est pour la langue dans la langue : on ne peut pas dire le contraire»
et
un refrain «l'espace s'ouvre sur une seule faille», des phrases, mots qui avancent en têtues et sensibles variations – beau comme toujours

«des bruits débris de bruits bruit des bruits débris de bruits – nos norg nioch – avance silence – bruit des bruits débris de bruits bruit – bruissement – silence danse avant nuit – nocte noche nacht night -»

manque – absence et photos échangées
Sabine Huynh http://les-embrasses.blogspot.fr/2012/07/vases-communicants-avec-sabine-huynh.html
«Pull vert sous les doigts»
une lettre à celle qui est tombée, qui n'est plus là, dont ne reste que le souvenir qu'ont les doigts, et le besoin de la présence – une question sur une photo reçue qui veut évoquer le pull vert qu'aurait porté celui qui la reçoit, l'envoi d'images du passé, ou l'évoquant, en retour, comme un geste tendre (je me rends compte que rien ne justifie mes elle et lui, sauf la chevelure d'or de la blessée ?)
«Je ne sais pas s’ils ont bien pris soin de toi là-bas, je ne suis jamais venu te voir. Je suis tombé moi aussi, peut-être parce que je n’ai jamais eu de pull vert. Saison après saison, suivre le cortège incertain des certitudes, des lieux et des êtres.»
et
des photos encore, du sable aussi, qui était déjà sur la photo reçue chez Sabine, le toucher de la peau qui manque tant
«Et les châteaux retournés dans le ciel espacent les silences qu'un grincement mutin déroule comme des tapis.
Ample absence de ta peau quand le pied glisse.
Et priée de briller la brume rose baigne le ciel muet de soleil.
Toujours le temps prévient qu'il part, je sens ta main chagrin.»

se pencher sur la même carte (de la baie de Dublin)
«la baie de Dublin, presque»
poésie, invention... reprend la carte, mais augmentée, y ajoute un texte, qui dit, en variant l'échelle, comme :
«[1/50 - dessin de construction] Où allions-nous ? Nous cherchions un endroit où marcher pieds nus pour sentir ce qui allait sortir de terre, une plage une page où déposer un trait initial ondulé, légèrement léger, qui irait en grandissant même sans dire où. Nous étions entrés à l’étroit – je crois – et voilà que la baie nous offrait son plus vaste accueil.»
et
«l'invisible de la carte» - un pachwork, une déclinaison en trois parties – et cette constatation : dans cette carte, plus que les villes, lieux-dits... c'est le littoral, l'interface terre-eau qui attire le regard, qui amène à l'invisible, à un poème autour de Dublin, ce nom qui
«tire des fils, des non-souvenirs puisque trop jeune à l'époque.
Des histoires racontées, des soirées diapos en famille quelques années plus tard
Sur l'île, il devait pleuvoir (ouah le poncif) car souvenir de photos d'Irlande avec père & mère en cirés bleu et jaune, ciel bas et végétation verdoyante en arrière plan.»

le chat de Schrödinger
s'adresse au chat, lui rappelle leur passé commun, lui explique, en plaidant tout de même pour être pardonné
«L’issue ne fait pourtant aucun doute, tu n’es pas une simple particule. Et pourtant comment faire autrement comprendre aux autres qu’il doit exister un instant un état où tu bascules d’un monde à l’autre, un espace de matière et de conscience qui relie la vie à la mort, où tu n’es plus l’un ou l’autre, mais peut-être les deux à la fois.» - le grifferais bien, moi.
et
«Schrödinger» - un exposé (que ne sont-ils tous ainsi!)
«Ce que serait une littérature du carbone, nul ne saurait le dire avec assez de vérité. Pour le savoir, il y aurait une intimité carbonique, à violer. Des yeux à disposer en gueules de pièges pour la surprendre. On s’introduirait en douce dans la chambre de Carbone, et jusque dans ses sous-vêtements, où l’on fouillerait de toutes nos mains ce qu’il couve de plus interdit...»

mémoire
«oublier», un texte aussi beau que construit, impressionnant
«déjà que ta mémoire se troue, que tu as perdu celle des origines, que l'ouvroir se perce et que se remplit le plein dans l'écart (alors que de guerre lasse ta tête a fini par geler ton corps, que ton ombre amnistie chaque jour tes empreintes et que tu te noies sous nos yeux)»
et
Emmanuel Delabranche http://deboitements.net/la-chambre-d-amis/les-vases-communicants/article/emmanuel-delabranche-objets-isole
«objets isolés»
il y avait de la place dans la ville, alors, sur l'idée d'un, on y a mis un bassin avec une bâche dans le sable, et on jouait dedans, un temps, aussi longtemps que les autorités l'ont laissé, et puis, quand il a été enlevé :
«Un bassin à la bourse existait au modélisme il servait on n’a pas fait la différence on s’y est jeté et on a eu du mal à nous en sortir toute à nous qu’elle était la ville avec ses places ses rues ses quais ses jardins et ses bancs répandus comme aujourd’hui la publicité»

à partir de Google-earth et de Google street views,
«Saint-Michel-en-l'Herm»
en 12 vues Google-earth, en 10 Google-street-view, en autant de textes (très beaux), avec grand souffle, et une vidéo
« nous n’avions pas, d’où nous étions, de vision d’ensemble, ni de l’île, ni des champs, ni de la mer à son battement de la digue, ou savoir que le Lay courait parallèle à la mer et que la Sèvre s’y jetait par un estuaire envasé
on savait juste le ciel et le vent
on savait notre isolement»
ou
«la beauté de mon pays aux ciels d’Amérique
le pays où je ne retourne pas
et que de chez vous il est possible de faire resurgir
sans jamais savoir quoi exactement provoque le plus exactement le trouble»
et
«Blois» une partie du travail en cours avec Anne Savelli, allant chacun à Marseille, à partir de photos sur Google street views
«il faut suivre la flèche comme nous suivons nos souvenirs» - belle et sensible réflexion – reconnaître, ou non – ralentir pour savourer – rapport d'espace et de temps – et des souvenirs qui remontent, se précisent, des textes aussi, de Bailly, d'Anne-Marie Garat – faites le voyage
«Soudain, tout disparaît derrière une rangée d’arbres. Apparition fugace et lointaine, comme la fêlure engendrée par les rêves à l’instant du réveil. Chaque regard porté sur le paysage intègre les traces de l’existence passée. Nous voyons bien plus loin que ce que le présent du réel nous donne à voir. Les portes multiples par où passent les arguments.»
...
«Fragmentation du monde réel et de la mémoire, volonté obstinée des hommes de refuser de se souvenir, de savoir

échange entre deux introductrices au rêve
débarquant au semenoir, chez la baleine échouée, en écopant le bateau, en constatant que le serveur DSN ne répond pas, se fait baleine, écrit une baleine cousine proche de celles que nous trouvons là d'ordinaire
«minuteur du four qui gratine un ersatz de tartiflette en juillet / lune qui roule derrière nuages pommelés plutôt moches il me fait remarquer mais ça fait son effet / goéland vient blanc dans nuit / baleine échouée ça oui»
et
«surface projectile» lisant hélène cixous, revirements, dans l’antarctique du coeur, éd galilée
que point n'ai lu, ce qui fait que ce ne fut que sensation, impression, informulable, comme ne pouvait qu'être pour moi la pensée d'Hélène Cixous (que j'aime suivre) à travers la langue sensible de Maryse Hache – alors juste vous conseille-ordonne d'y baigner, de vous en régaler
« c’est du coupé-collé de Temps ou du copié-collé de Temps. On dit sais pas. peut-être du coagulé de Temps. Je croit l’impossible devenu possible, l’incroyable devenu croyable dans la surface-projectile, lamelles et collures dans ses bras. malgré le bleu absent, dit la phrase. malgré. pas de ressemblance avec les lavandes, les bleuets, les mésanges....»

en vers justifiés – à partir d'une photo – savoureux duo
«sonde»
12 mots de 4 vers – goûteusement malicieux
«« Siouplait, cinq minutes, chrono ! »
Puis pose questions, coche :
« Rarement, peu souvent, toujours? »
Pose poutre sur traverse :
« Merci pour votre accueil ! »»
et
4 vers de 12 mots – et la photo illustre une invitation de la mairie à une inauguration – visite hautement recommandable.
D'ailleurs «La Transylvanie annonce l'envoi d'une importante délégation à la Cérémonie.»

rues parisiennes
«magie d'un lieu rue du Temple, il y a vingt ans»
lui, en 2032, regarde des photos qui viennent de lui parvenir, prises en 2012, et se souvient des visites dans une boutique un peu vieillotte, un peu bazar comme on n'en faisait déjà plus alors... et ma foi, c'est un régal, j'aimerais me faufiler derrière lui et son ami
« Et alors nous nous égayions au milieu des tables portant ces jouets, ces boîtes mystérieuses qui deviendraient peut-être des cadeaux, ces constructions à réaliser – chacun pouvait devenir architecte ou piloter une grue – ces panoplies pour se déguiser en médecin avec un stéthoscope autour du cou ou en agent de police avec sifflet et matraque…, sans que le métier représenté ne perde jamais son aspect ludique avant qu’il ne devienne, des années après, plus sérieux.»
et
«rue du chemin vert», qui me fut voisine et familière (pas le sujet, juste la saluer), entre le boulevard Beaumarchais et le cimetière du Père Lachaise, rue qu'il ne connaît pas, parcouru de haut en bas... lisez le c'est beau, bien, comme toujours (je ne vous dirai pas que moi je la dégringolai de base en haut, bon je l'ai dit) et, lui, il l'a vécue, et de façon savoureuse
«parce que nous regardons ce ciel d’un bleu si dense, ces immeubles (qui donc les construisit ?), ces fenêtres (qui donc les posait là, quand le bâtiment va…), ces portes et ces vitres, on regarde le monde comme il tourne, comme il va, on est arrivé, non loin de là, au coin d’Oberkampf et de Voltaire..» (lui demande pardon – mais surtout lisez)

à partir d'une photo de Mathieu Neuville
«Wart»
parle de ce mur qu'il peint, de la fresque qu'il a brûlée et signé « wart » : war la guerre et art
«Parce que toi, parfois, tu es bien triste, encore plus que moi ! Mais toi aussi tu es Wart, t’as ta guerre et ta musique, toi aussi tu vis pour ça, quand tu lances ton chant par-dessus les toits de Saint-Jean, ça me glace le sang, ça me donne la chair de poule, ça me donne envie de crier, ça me vrille, ça me scotche, toi aussi dans ton domaine, tu allumes les murs et tu transperces les nuages ! »
et il y a toute l'histoire de ses recherches, des lieux où peindre..
et
«le choix de Witold»
Witold, qui a fait carrière dans la finance japonaise, débarque, re-découvre la friche industrielle de Lodz, retrouve l'Atelier K, s'installe, attend la «je» qui est derrière le texte
«Une fauvette zinzinule. Il la cherche . Se lève avec des gestes prudents, s’avance vers le bosquet d’acacias au coin de l’atelier. Elle déroule les crécelles de ses strophes courtes en crescendos de gazouillis. C’est une oiselle aux tons gris olive et blanc cassé, toute petite chose bouleversante, ardente, fervente, tout le chant du monde.
La fauvette, il ne la verra pas, pas plus qu’il ne me verra. Toutes deux, nous n’existons que dans ses souvenirs, nulle part ailleurs, plus présentes que si nous étions là, devant lui, en chair et en os.»
se souvient.. le théâtre, les projets..

espace pour l'échange à venir (complèterai) quand l'ennui technique ne sera que souvenir...

Et voilà que je peux ajouter l'échange qui a été victime d'ennuis matériels mais qui, vaillamment, nous est arrivé dimanche matin (je crois),
rêves de voyage en orient, entre
sous l'égide de Hugo Pratt
«Corto attendait..

dos à l’amer.

dressé. Fier.»
une belle évocation rêveuse des mers d'orient, pour «nous n’étions pas – déjà plus – ces embruns de Bretagne qui frappent parfois les phares. Nous disparissions au soleil couchant – d’ether et de rose fardés. nous nous rêvions et menions l’ailleurs en d’autres temps. on s’échappait. nous aimions Samarkand. nous. étions. Samarkand. sa route de soie tissée au fil des songes..»
et là, dans la presse du mitan de dimanche, entre ville et repas à confectionner m'en suis allée dans l'odeur de la mer.
et
«Je marche parmi les ombres»
L'ennui et la flânerie des jours d'été, dans un village inconnu, la maison des parents, le silence, les orages qui ne viennent pas,
«comme si tout avait été rangé en prévision d’une formidable tempête, toute vie avait déserté la place publique, seule le librairie détonnait avec ses livres de vacances dans la vitrine, il y avait ce récit de voyage en Asie, ce roman idéal pour l’été ou ce polar à lire d’urgence, comme s’il pouvait y avoir une quelconque urgence avant de mourir balayé par le vent de sable, rien ne ressemblait à mes souvenirs, rien ne ressemblait aux histoires qu’on m’avait raconté,»
et la dégustation de ces deux textes, comme un petit souvenir, une ponctuation à l'ensemble, était régal.

Lambert hésite
Lambert cherche comment dbuter son vase communicant de juillet, et peu à peu nous le suivons dans sa rumination, créatrice
«- Peut-être n’y a-t-il rien à voir, la nuit est peut-être tombée.
Lambert sourit, il trouve à ce début un petit côté galvanisant. Il sent qu’il tient quelque chose. A la sortie porte Berger de la station Les Halles, soudain dans l’air des petits points. C’est des lettres qui viennent d’apparaitre, elles virevoltent rapidement..»
seulement, il importe d'avoir sur soi un carnet et un crayon, ou stylo, ou ce qu'on veut..
et
«Lambert dans les limbes»
il est là, en tenue de travail, mais ne sais où il a commencé, ne sait par quel chemin y aller, ne sait ce qu'est ce y...
«Peint, à l’horizontal, sur l’enceinte en brique de la villa, une ligne jaune, une flèche, puis une lettre : en l’occurrence, la première, A. Idem à gauche, le schéma se répétait : ligne, flèche, et au bout la lettre : C. Il fallait trancher. Le temps lui était compté. En vue de s’emparer d’un repère plus solide, plus tangible, il essaya de revoir mentalement tout ce qui se trouvait sur le chemin, celui qui l’avait mené jusqu’ici. Si d’aventure il y eut eu un signe, un avertissement, un message quelconque, ceci lui échappait..»
Bon, il y a une sortie à ce dilemme, mais en attendant c'est doucement jubilatoire, et légèrement vertigineux.

linguistique
«Le traducteur est toujours coupable»
un intéressant exposé des cas possibles, des jugements, des opinions
«On peut postuler qu’une faute de traduction, c’est une erreur de traduction : le texte n’est pas traduit adéquatement, soit qu’un mot soit pris pour un autre, soit que le sens d’un énoncé ne soit pas compris, soit que la traduction résultante soit incompréhensible, etc. À ces erreurs manifestes s’ajoutent dans une certaine mesure les traductions que l’on peut estimer inadéquates pour toutes sortes de raisons, sans qu’elles soient linguistiquement erronées.»
et plus loin : «Mais est-ce là une faute morale, pour autant ? Drôle de morale qui ne propose qu’une alternative entre deux façons de fauter, par attachement à la langue contre le message ou au message contre la langue..»
et
«La panthère du Jardin des Plantes»
passer à la recherche du sujet de l'échange de la traduction aux antérieurs des discours.
Je dois avouer là que j'ai lu, que j'ai été intéressée, que j'ai cru comprendre, sans certitude, que cela sort vraiment de ce que peut faire semblant de comprendre sufisamment pour en rendre compte une petite bonne-femme plus habituée aux problèmes de vide-ordures, de civilité dans l'escalier, de ravalement, toiture, loyers et législations en rapport.
Un sourire en passant à Barbey d'Aurevilly et au «Bonheur dans le crime» comme à un ami auquel se raccrocher
«J’ai mis en italique les éléments, essentiellement lexicaux, qui formulent la panthère en femme et la femme en panthère. Si cette double formulation est possible, c’est peut-être en vertu de cet archétype partagé de la femme féline : le texte de Barbey, comme les films de Tourneur et Schrader, seraient des formes de paraphrase de cette “anima”. Le texte présente en effet un fonctionnement métaphorique et analogique très marqué.. » mais que ma honteuse ignorance (jointe au peu de temps dont je disposais) ne vous dissuade surtout pas de lire ce texte intelligent, où flotte un petit sourire.

«ce n'est plus l'heure de réfléchir»
une inscription fugitive qu'il faut comprendre, saisir
« rien d’autre alors que l’empreinte de plus intense
de plus intime
comme un second degré du rêve dans l’accord
de notre vie unique»
et
un poème sur le bord de ce moment où on se lance, s'envole
«c'est l'heure du tourbillon
enfantillage errance
parfois s'arc-bouter
l'heure de dire malgré tout
je
non»

échange photos mer contre photos océan, échange de textes

texte-poème délicat, en souvenir
«Tes jupons tournoyants et le rose de tes joues 
Tes lèvres rouges délicieuses sur l’émail de tes dents
Ces mots que tu prononces, effacés par le vent»
et
«C'est tout simple. Un mouvement. Au ras du sol.»
attendre la joue contre la vague – l'eau dans les yeux et le sable dans les cheveux – en jouer
Ne pas commenter – lisez
«Regarde, tu t’allonges et oui la vague arrive, et non, l’eau n’est pas chaude, et voilà, c’est une caresse. Je me moque bien des sirènes et des vapeurs d’alcool et des brumes montantes et des cigarettes et de tout ce qui s’en suit. Non : pas besoin. La tête contre le sable mouillé. Et les rêveries marines ensuite, plus fortes que tous les alcools.»

en souvenir du «jardin des plantes» de Claude Simon - remarquable
«jardiner au harem sous la pluie»
en phrases longues, avec les greffons-subordonnées qui s'imposent en pensant à Claude Simon et son écriture souple qui donne le réel, la visite que l fait, en suivant c, sous la pluie, petit régal
« En fond sonore, coule l'eau tombée du ciel dans des rigoles taillées dans le marbre, en arabesques qui disent le lieu, et aussi dans la tête, comme si la voix et le son du piano soudain allaient résonner dans la cour, légèrement assourdis et provenant de l'une des pièces qu'elles viennent de traverser, une reminiscence musicale orientaliste malgré tout :  les roses d'Ispahan dont elle écoutait l'enregistrement, en boucle, avec f. (qu'elle n'avait jamais réussi à entraîner en Turquie, il n'aimait que l'Espagne de son enfance estivale)»
et
«Repentirs»
un récit, dans le même style, sans être pour autant un pastiche, juste une parenté – le musée de Konietsch, la description prise dans les mouvements des personnages, et charriant avec naturel un arrière plan historique – le regret, ce qu'il voit et ce qu'il pense ou ressent
et en incises une réflexion, interrogation sur l'élaboration du texte – et des fragments cités
et c'est un pur plaisir
«Plus tard dire au Lecteur que Tomas travaille de nuit depuis huit ans, dire que depuis plusieurs mois quand il rentre dormir chez lui, vient et revient ce même rêve : un voyageur qui se révèle plus tard être son propre frère déguisé frappe à la porte du Musée, et dans l'instant où leurs yeux se croisent Tomas retrouve comme un choc ce souvenir terrifiant d'une scène de crime dans une forêt dont il ne sait cependant pas s'il est le meurtrier, le témoin ou la victime gisant sous des papiers manuscrits et raturés affectant la forme de feuilles mortes, tandis que précisément l'odeur des tilleuls en fleurs sur les bords du Rhin envahit la pièce où il dort.»

enfin, à partir de deux mots contemplation et ombre et de deux photos (ciel de Franck Queyraud et mur de Brigetoun)
Franck Queyraud http://brigetoun.blogspot.fr/2012/07/cest-dans-la-douceur-de-lombre-que.html parle de l'humain, de la quête qui peut s'attacher à un problème sans issue, faux, ou mal posé, quête pourtant nécessaire... Veux en sortir par la contemplation, la pénombre, la douceur de l'ombre «où s'évanouit le sombre»
«La contemplation, enfin celle qui a ma préférence, n'a rien de mystique. M’octroie des ailes et elle est simplement ce moment où s'accorde ma fêlure avec le monde ; quand on ne sait plus si l’on possède une aile ou une main.» comme la pipistrelle en chasse dans le crépuscule
Une belle réflexion, qui se déploie, s'approfondit
et
en vis-à-vis, chez lui, http://flaneriequotidienne.wordpress.com/2012/07/06/un-echange-en-lumiere-et-ombre/ avec les mêmes éléments de base, une tiote histoire, écrite un peu vite, un peu précieusement, mienne, allant, sans grand but jusqu'à
«et s'en remplissait, en usait, faisait de contemplation oubli, et puis jeu, a bougé très lentement, a fait danser sa main sur le mur, vu des animaux, et leur a souri
est rentré, pris une feuille, a dessiné lumière et ombre, à la plume et encre bleue
l'a envoyée à l'ancienne enfant» qui, ma foi, n'a de sens qu'évanescent
et suis désolée, parce que je crains de ne pas avoir montré que ce fut un plaisir spécialement fort, parfois confortablement proche, parfois émerveillé, ou amusé, cette lecture des vases.

Et puis, quand un peu avant deux heures j'ai terminé ce notes et les montages, ai pris le temps de trop de soleil en déjeunant, d'une sieste, d'un peu de ménage, d'un thé, de me rendre présentable et de m'en aller dans Avignon voir la petite fête d'ouverture du off, et de faire un tour au vernissage à la collection Lambert (n'y suis pas allée à cette exposition, annoncée par ces banderoles installées jeudi, pour cause mort appareil photo, achat nouveau, énervement, une heure pour voir et enregistrer les photos prises, incapacité à se servir du nouveau, Brigetoun bétassou), avant de récupérer les montages, de les mettre en ligne avec ces mots, sans surtout me relire...
toutes les chances, et résultat va comme peut.

5 commentaires:

Sab a dit…

Du Brigetoun grand crû, comme d'habitude. Je ne suis pas déçue ! Merci Brigitte.

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

Au secours ! Je me noie !

Dominique Hasselmann a dit…

Recension... ascension... infatigable, oui, vraiment.

jeandler a dit…

Chapeau !

justine a dit…

Génial ! Merci et bravo pour votre patience, madame notre guide officielle des vases :)
Je me connais : je vais venir piocher ici chaque soir.