samedi, juillet 21, 2012

Vendredi dans le festival – notes pour moi avec la Syrie, un abandon et la mouette


Départ dans la gloire de la fin de matinée, envie de continuer, tant que le peux, de profiter de ce qu'offre la ville, après avoir posé un peu plus de deux heures de sommeil sur l'hésitation à continuer d'alimenter Paumée, en me battant, à pas d'heure avec photos, idées fuyantes, petites maladresses, et mots en déroute.

Sachant que n'arrêterai pas, et tant pis si c'est pour moi seule.
Mais, entre la période, mes billets bâclés (mais là hier à quatre heures du matin, vaille comme vaille, voulais dîner) et les effets de mode, Paumée croule à belle vitesse et suffisamment pour que me vienne la tentation d'y mettre n'importe quoi, en toute impunité, tentation à laquelle vais tenter de résister vertueusement ou plutôt parce que suis bien trop zombie pour avoir imagination (quoique, là...)

disons que c'est une manifestation de ma parenté grande avec Madame Rooney : «Je n'existe pas. Le fait est notoire», cette chère vieille exaspérante, éternellement, qui me tient compagnie dans les attentes, dans «tous ceux qui tombent» de Beckett, plaquette que je relis faute de penser à la remplacer par autre lecture dans mon sac.

Allais dans le charme du jardin de la rue de Mons, puisque j'ai découvert qu'une série de lectures y avait lieu, cette année encore, à partir de ce vendredi matin

ce calme, ce charme, qui fait qu'on se sent, nous groupes d'inconnus, un petit cercle d'amis réunis presque familièrement au coeur de la foire qu'est la ville

Première lecture, qui était celle, par Fadwa Souleimane, actrice syrienne, du texte écrit par elle depuis son arrivée en France, il y a deux mois environ, texte qu'elle voudrait porter à la scène pour donner, à travers ce geste artistique, un écho à la révolution syrienne.


En courtes scènes, litanies poétiques ou petits dialogues, dire la venue à Damas depuis la province dans le désir de participer à la révolution, dire le refus des assassinats... texte écrit presque à chaud, mais travaillé pour être littéraire, témoignage mais ni tract ni tire-atendrissement.

 
Suis partie après la lecture, pour vite retrouver antre, faire cuisine, déjeuner, dormir,... me réveiller, carcasse et esprit en brume un peu tumultueuse..., arroser, repartir avec résolution

vers Benoit XII et l'orage qui vient, ou the coming storm, du et par le Forced Entertainment, résolution, ré.. so.. lu... tion qui se faisait vague avec l'anarchie de carcasse

Ne suis pas allée plus loin que la rue de la République, ai viré, regardé d'un oeil un peu flou la petite foule

et m'en suis revenue, dignement raide, dans la belle chaleur de cette fin d'après midi, portant ma honte de ce renoncement et mes regrets, le souvenir de ce que j'avais lu à l'heure du café matinal
«Nous avons commencé à travailler sur The Coming Storm avec une histoire bien précise en tête. Mais en réalité, les répétitions nous ont entraînés de plus en plus loin, vers des territoires aux histoires fragmentées, inachevées, pleines de scènes ou d’images à la fois conformes et contradictoires avec ce récit initial..... Les histoires qui composent le spectacle sont très différentes les unes des autres. Certaines sont des anecdotes, des récits personnels ; d’autres, au contraire, sont de véritables scénarios de film, incroyablement complexes..... The Coming Storm débute de façon minimaliste, puis nous introduisons de la musique, de la danse, des costumes, etc. Ce spectacle décrit un voyage à travers différentes performances possibles. Au cours des répétitions, c’est ce voyage que nous essayons de créer, un peu en roue libre».
Me suis douchée, allongée, ai attendu que carcasse veuille bien se remettre en état de fonctionnement... et que cela soit ou non, me suis parée pour avoir esprit de fête, 

pour monter, tourner le coin de la rue Saint Etienne dans un petit flot de spectateurs

longer la file qui attendait d'entrer à l'opéra pour le dernier spectacle, auquel je dois aller dans les jours à venir

monter vers la cour d'honneur, voir la mouette

La mouette, parce que j'aime, bien entendu, la pièce, avec petite crainte parce que le dernier spectacle de Nauzyciel m'a laissé (à contre courant là aussi) un souvenir plus que mitigé (étais sortie, exaspérée par un certain simplisme, malgré la bonne volonté et la beauté glacée des images) et parce que, dès que pense à cette pièce, me revient, effaçant toutes les autres représentations, le souvenir fort de celle montée par Luc Bondy il y a environ dix ans à l'Odéon...
Souvenir que j'ai effacée, pour me faire page blanche, prête à recevoir, après avoir lu sur le site du festival : «Foi en l'art, attente d'un amour réciproque, ces sentiments ne résisteront pas à la réalité d'un monde où la mort rôde, celle des mouettes abandonnées au bord des lacs et celle des artistes idéalistes qui, comme Tréplev tentant de rêver un autre théâtre, sont brutalement rejetés. Ce qui pourrait n'être qu'un mélodrame construit autour d'une sarabande d'amours impossibles – puisque personne n'aime celui qui l'aime –, devient un bal funèbre et métaphysique, une véritable parabole sur la condition de l'homme. Arthur Nauzyciel souhaite donc une nouvelle fois « parler pour ressusciter les morts », persuadé que l'auteur Anton Tchekhov «console les âmes» comme le docteur Tchekhov sauvait les corps souffrants. En retraversant La Mouette, il y croisera des spectres, ceux de l'écrivain russe, mais aussi Hamlet ou les héros de L'Orestie, venus témoigner du lien avec le passé, pour construire un théâtre qui se fait au présent, un théâtre de l'impérieuse nécessité..», une vision de la pièce qui me plaisait plutôt.

Et ce fut très long (4 heures), très venté, très froid (mais j'avais une couverture et petite honte à me geler en regardant les bras et jambes nues des actrices)

Et ce fut une presque négation du mur avec un décor très structuré, un grand pan en longue et belle courbe à gauche, qui s'élevait presque à la mi-hauteur du palais, perspective aidant, qui sera fausse pierre en partie rongée par des plantes, qui est pendant que nous nous installons un écran sur lequel est projeté une arrivée de train avec des voyageurs circulant sur le qui en costumes fin 19ème, qui m'a fait, à tort bien entendu, penser à La Ciotat, et à droite un petit dôme très surbaissé qui servira de scène pour la pièce de Kolia, et un sol en poussière de houille.
Et ce fut le choix d'un esthétisme marqué avec les costumes noirs, les masques/casques têtes de mouette, portés par tous les acteurs lors de l'entrée en scène et à d'autres moments, et leurs jambes et pieds nus teints de noir (sauf Nina au début, qui ne les aura ainsi qu'à sa seconde arrivée lorsqu'elle devient presque membre de la communauté) – avec les déplacements chorégraphiés, et les moments où ils dansent lentement leurs entrées et sorties en groupe, comme des ponctuations, avec un petit bal (et la présence récurante et beaucoup trop longue pour mon goût d'un guitariste que je trouvais exaspérant – mais je ne prétends pas qu'il s'agissait là d'un jugement éclairé et général) – recherche de beauté qui n'allait jamais contre le sens.
Et ce fut une troupe de très bons acteurs, avec une lumineuse et forte Nina, Marie-Sophie Ferdame, et surtout une excellente, formidable, charmante (cette voix), exaspérante avec son mélange de sensibilité et de fort égoïsme, émouvante dans son refus du déclin, Dominique Reymond en Arkadina

Et ce fut, un peu après minuit, un très long et frigorifié entracte/essai d'allumer cigare ou cigarette dans le vent 

Et ce fut une réinstallation, un rien pagailleuse, avec défense par chacun de sa couverture, et la récupération des bonnes places (moi, non, je n'aime pas, et surtout j'étais au centre au premier rang) laissées par les assez nombreux partants

et ce furent les plus belles scènes, un retour ballottée par petites rafales, et les photos qui, comme chaque nuit, refusent tout traitement, j'en suis navrée, imaginez.
Et ce fût pondre ces notes, encore trop fatiguée et affamée pour juger, certaine pourtant d'avoir aimé, sans pouvoir donner rang à ce spectacle parmi ce que j'ai vu.
(tout de même, sur billet d'hier 53 contre une moyenne de 154, ce qui pour moi était beau, quasiment inespéré, depuis le 7 juillet moyenne mise à mal déjà peu à peu depuis dimanche, plus fatigue et bataille pour se motiver, je demande indulgence pour ma sottise)

13 commentaires:

Pierre R. Chantelois a dit…

« Sachant que n'arrêterai pas, et tant pis si c'est pour moi seule »

Chère amie. Nous sommes trop fidèles pour abandonner en cours de route. Donc nous continuerons à envahir votre territoire de création dans la joie et avec toute cette belle matière que vous voudrez bien partager avec vos lectrices et lecteurs.

Au cœur de l'été, une moyenne de fréquentation qui est très honorable et qui fait tout de même honneur aux chroniques d'art ponctuées d'humour et d'un grand intérêt humain. (Human Interest, je sais).

Amicalement

JEA a dit…

Quels ne sont pas les blogs qui, en juillet-août, ne connaissent un reflux ? Ce n'est pas le soleil qui fasse s'évaporer les chiffres (du moins dans le Nord...). Mais les ordis délaissés, mis en vacances eux aussi. Certains lecteurs (masc. gram.) mettent en pratique leur cure sans internet. D'autres parcourent en long et en large des lieux sans connexion etc, etc...
Mais personne ne commet de désertion !

│ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ AVIGNON │ˉˉˉˉ│∩│ˉˉˉˉ│ a dit…

"sur billet d'hier 53 contre une moyenne de 154"...
De quoi s'agit-il ?

brigitte celerier a dit…

indication du compteur pour une page premier chiffre ce qui concerne ma tartine finie à 4 heures du matin et le second la moyenne des bons et mauvais billets depuis le 7
cela plus épuisement (vrai malaise rue Joseph Vernet hier) égale envie d'arrêter et garder forces pour la vie avignonnaise

Elizabeth L.C. a dit…

Continue, on est là et c'est passionnant !

arlettart a dit…

Mouette en espérance ...j'aurais aimé

Fidèle soutien à notre envoyée très spéciale et privée

Anonyme a dit…

ne suis qu'une lectrice qui ne connait rien au théâtre ni à la littérature mais je suis passionnément votre blog, qui me fait voir Avignon d'un autre oeil, et avec enchantement.Merci pour vos billets si vivants.

mirae a dit…

bonjour chère Brigitte quelle beauté que je trouve ici. et encore je tiens le coeur du festival dans mes mains a travers ton regard.

alors c'est magnifique que les performances sont dehors.
ah j'étais la pour la lecture syrienne, quelle belle place intime.

Formidable la pièce les mouettes a duré quatre heure tu es fidèle!j
adore les costumes et ton commentaire.haha ils s'habillent en costumes de mouettes.c'est un point frappant. haha.(mignon aussi, mais a dire cela ce n'est pas approprié haha.)
et j'aime beaucoup les photos de la nuit tellement magique.
et je m'attrape sur hier.

je t'embrasse et belle continuation magique!parceque je...... et tu.....chère Brigitte.
avec tes amours des pièces et ta plume élégante il faut que tu écrives une pièce!

czottele a dit…

merci d'avoir renoncé à renoncer, même si fatigue réelle et baisse de fréquentation... les fidèles sont là et quand ils s'absentent (c'est mon cas: pars quelques jours aujourd'hui me demandant si emporte mon ordi...) ils (vous) reviennent tant ils se nourrissent de ce que yeux au bout des mains nous donnent...

mirae a dit…

ce que je voulais dire prend soin de ta santé et belle continuation magique.
ces postes sont débordant de l'énergie créative.

je t'embrasse.

Gérard Méry a dit…

Pas très enchantée par la mouette alors..

brigitte celerier a dit…

si, mais un peu sonnée juste en sortant, vers deux heures du matin, après 4 heures de spectacle et de vent, il se décante et l'aime de plus en plus

Danielle C. a dit…

belle formule de Christine "renoncer à renoncer" et moi aussi heureuse de ça, même si parfois je lis en décalage, quelle importance, mais bien sûr aussi pensez à vous c'est un effort que tout le monde ne réalise pas, écrire tous les jours, c'est du boulot, lire, écouter, observer, photographier, rendre avec sensibilité et humour grands événements et petits accidents, nous en profitons bien, c'est un régal / et hop je me transporte à demain, c'est-à-dire aujourdhui (hier pour vous)